L' ‘INTENTION. A
bi. Soit, tout le monde a dit cela et y a visé. Mais la fin de toutes ces fins, la fin dernière ? Il faudra mourir, comment mourra-t-on ? Où ira-t-on après la mort? Quand on en parle aux hommes du monde, ils répondent comme les Athéniens à saint Paul : Je n'ai pas le temps de vous écouter aujourd’hui. J'ai des aflaires qui pressent ; j'ai ma fortune à arrondir, une maison à construire, des filles à marier; quand tout cela sera fait, je vous écouterai et me donnerai tout entier à Dieu et au soin de mon âme. Quand le diable devint vieux il se fit ermite, dit un dicton populaire. Malheureusement le diable dans le monde n’a pas toujours le temps de vieillir pour se faire ermite, et même, quand le temps lui est donné, il en perd facilement la pensée. Ainsi beaucoup sont enlevés par la mort, avant de s’êtré occupés sérieusement de la fin dernière de leur vie. Il n’y a rien de plus déplorable, de plus affligeant, que de voir des êtres humains vivre de la sorte, sans savoir où ils vont, vieillissant sans reconnaître la destination de leur existence, ne comprenant pas le but de la vie, ne voulant pas même le comprendre ; et la mort arrive sans qu'ils aient même soupçonné pourquoi ils ont été - mis au monde. Alors s'applique cette parole foudroyante de saint Paul : En vérité, il est horrible de tomber ainsi entre les mains du Dieu vivant !
C’est pourquoi la morale chrétienne ordonne de tout faire pour Dieu, qui est le souverain bien, et ainsi de rapporter toutes ses actions à la vérité, à l’ordre, à la justice, à la vertu. Car Dieu est la vérité nee la suprême justice, le bien infini, l’éternelle vie, donc la fin dernière de toutes choses.
Maintenant appliquons ce qui vient d’être posé. De la fin qu’on se propose, ou de l'intention, dépend la
bonté ou la malice de l acte, non pas de l'acte en général ou abstrait, mais de l'acte concret, actuel. Done
pour juger votre action, pour apprécier si elle est bonne ou mauvaise, il faut connaître votre intention. Qu’avezvous voulu faire? Avez-vous voulu accomplir la loi?
Ouen faisant une action, qui paraît bonne, n’aviez-vous.
pas un autre but, votre intérêt propre ? C’est le sens de
cette parole de Jésus-Christ dans le sermon sur la mon-
tagne, et tous les saints Pères l’ont interprétée ainsi : « Lucerna corporis tui est oculus tuus. Si oculus tuus fuerit simplex, totum corpus tuum lucidum erit. » L’œil est la lumière de votre corps, si votre œil est simple, tout votre corps sera lumineux ; mais si votre œil est mauvais, Votre corps entier sera ténébreux : « Si oculus tuus fuerit nequam, totum corpus tenebrosum
erit. » Saint Augustin dit : L’œil c’est l'intention, car …
Poil regarde le terme, il darde son rayon vers le but pour le fixer, et le corps c’est l’action. Si donc l’in-
tention est bonne, votre action sera bonne. Si votre
intention est mauvaise, toute votre conduite sera ténébreuse. Donc c’est lintention qui détermine la bonté ou la malice de l'acte.
Il suit de là que la fin peut qualifier diversement la
même action extérieure. Ainsi, par exemple, le jeûne
est une œuvre commandée par l’ "Éclise, eten outre elle a pour résultat principal de maintenir les appétits, de brider la concupiscence, de mater le corps, de le réduire en ser-
vitude, et par conséquent d'élever l'esprit et la volonté en
les mettant au-dessus des entraînements de la chair. Si donc vous jeûnez par esprit de pénitence, pour obéir à
l'Église, l’œuvre est bonne; mais si vous le faites par.
oStentation, si, comme il ce dit dans l Évangile, Yous
exterminez votre figure, exterminant facies suas, pour
L INTENTION. Ft AU ” montrer : à tous que vous êtes un homme mortifié, un … fidèle observateur de la règle, l'intention est mauvaise, et le jeùne, qui en soi est une bonne action, devient un acte mauvais. Îl en est ainsi de tout autre acte de region, de la prière par exemple. Dans le sermon sur la montagne, il est dit aussi de la prière : Quand vous priez, ne faites pas comme les hypocrites qui se mettent en évidence dans le temple et sur les places publiques, pour que tout le monde les voie. La prière est une excellente chose, mais avec de telles dispositions ce m'est plus la prière, c’est de l'hypocrisie. Donc la fin peut changer la qualité intrinsèque de l’action bonne ou mauvaise.
En second lieu, la fin communique sa bonté ou sa malice à des actions indifférentes.
Qu’y a-t-il de plus indifférent que de se promener P Voltaire disait : C’est le plus insipide des plaisirs. Je ne suis pas de son avis, j'y trouve beaucoup de jouissance; mais à chacun son goût. Constatons seulement qu’en soi c’est un acte indifiérent sous le rapport moral. Quand après dîner on fait une promenade, ce n’est pas indifférent physiquement, physiologiquement, puisque le mouvement aide à la digestion, mais 1l n’y a aucune importance morale. Cependant, si un jeune homme va se promener du côté du Luxembourg ou des Tuileries dans l’espérance d’y rencontrer telle personne, il est évident que la promenade n’est plus indifférente, et si c’est avec un désir criminel, dont la femme d’un autre soit l’objet, la promenade peut mener à l’adultère, et elle en devient un moyen. Tousser, cracher, sont des choses sans valeur morale. Cependant, il peut arriver qu'un toussement ou un crachement prenne un sens, une qualité morale, si c’est un signal donné. La fin bu
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