IDÉE DE L'ACTE HUMAIN. + A
fou. On l'a dit avec vérité : toute passion violente est
une folie. En effet, l’objet de la passion devient une véritable idée fixe. On ne voit plus que ce qui s'y rapporte, on ne vit plus que pour elle, Tout le reste devient indifférent, comme s’il n'existait pas, et on est prêt à tout sacrifier pour se satisfaire. Sans doute, quand on perd à ce point l’usage de la raison, on cesse jusqu’à un certain point d’être responsable de ses actes; mais ne l’oublions pas, à la condition de n’avoir point provoqué ou nourri la passion ; autrement les suites en sont imputables. Si elles ont été voulues, ne füt-ce que d’une manière implicite, confuse, elles refluent jusqu'à la volonté comme vers leur cause. Aussi est-ce chose dangereuse de ne pas réprimer la passion dès le début, et quand elle n’a pas échappé encore aux rênes de la raison. Voyez la colère; elle s’enflamme tout à coup au dedans; on le sent, et il serait facile encore de la contenir et de l’éteindre. La laisse-t-on quelque temps bouillonner en soi, c’en est fait, on n’en est plus le maitre, Qu'est-ce alors ? Que devient l’homme en proie à la colère ? Est-ce encore un homme ? non, car il n’a plus ni raison, ni liberté. Il est possédé par une force terrible, aveugle, fatale, qui le subjugue, et le pousse à des actes souvent féroces, à des crimes abominables, que sa raison et son cœur détesteraient profondément, s'ilétait de sang-froid ; car dans un accès de colère on est capable de tout. L'homme, comme on dit, est emporté hors de lui; sa personnalité asservie n’existe plus qu’en puissance. Il ne fait donc plus alors que les actes de l'homme animal, des actes instinctifs et non des actes vraiment humains. |
Ainsi il n'y a d'actions véritablement humaines que celles provenant de la volonté et de la raison dans leur
50 rare CHAPITRE il.
libre exercice. C'est ce qu’exprime fort bien cet axiome ei théologique : Z{læ actiones humanæ dicuntur quæ ex voluntate deliberata procedunt. La volonté et la raison
sont donc les deux causes efficientes de l’acte humain;
car quand il y a raison et volonté, il y a aussi conscience et liberté. Par la conscience l'homme peut reconnaître la loi, et apprécier le rapport de confor- . -mité ou de non-conformité de ses actes avec elle, et par sa liberté il est capable de l'observer ou de la violer.
Mais l’acte humain renferme deux choses qu'il est important de distinguer : l'acte interne qui le constitue essentiellement, et en outre, souvent du moins, le mouvement extérieur, l’action physique ou matérielle, qui en est l'enveloppe ou l'écorce. C’est pourquoi il arrive que des actes, qui par le dehors ont la plus grande ressemblance, différent du tout au tout par le fond. Car la partie physique des actions humaines n’a de sens et de valeur qu’en raison de l'influence de la liberte et de la conscience. Comme dans l'homme c’est l’âme qui pénètre et soutient le corps; ainsi dans l’acte humain c’est l'intention morale qui donne du sens et de la vie à l’action extérieure, c’est le mouvement moral seul qui Ja qualifie. C’est pourquoi il ya un ordre moral dans l’ordre physique, et au milieu des événements de ce monde. Un homme dans un emportement coupable commet un homicide. La partie extérieure de son acte est un meurtre; mais le fond de cet acte, ce qui en fait la gravité, c’est la violation de la loi de justice qui défend de tuer l’innocent. Aussi les sentiments, que cet acte inspire à ceux qui en sont les témoins, sont-ils des sentiments de haine, d'indignation contre l'assassin, et de commisération pour la victime.
à CIDÉE DE L'ACTE HUMAIN.
“Au dairaire, à quelques pas de là ; je vois s’avancer nd ohte cortège. C’est un criminel qu'on mène à J’échafaud. Loin de se détourner indignée à la vue du bourreau, loin de fuir avec horreur un tel spectacle, la
. multitude s’y précipite! Qu’y a-t-il donc de si attrayant à voir couler le sang de son semblable? C’est que là va s’accomplir un acte de haute morale, c'est que là, comme
- ondit, sera satisfaite la justice de Dieu et des hommes,
Je ne prétends ici ni justifier ni attaquer la peine de mort, j'indique seulement dans ce meurtre légal lidée morale, qui change la nature d’un acte physique et l’expiique. |
À la guerre, sur les champs de bataille, voilà des milliers d'hommes qui, sans se connaître, sans inimitié personnelle, ennemis seulement par leur uniforme et par leur drapeau, s’acharnent les uns contre les autres, cherchant avec rage tous les moyens de s’entre-détruire de près ou de loin. Leur gloire est de tuer des hommes qui ne leur ont point fait de mal, et ils se réjouissent de verser un sang innocent ! Ne semble-t-il pas que ce soit quelque chose d’exécrable, et peut-on assez déplorer, que des hommes qu’on ne peut former, instruire et élever qu’au prix de tant d'années et de soins, périssent en un instant et d’une manière si cruelle? C’est le fait extérieur ; mais au dedans il y a quelque chose de beau, de noble, de grand. Les soldats accomplissent un devoir aux dépens de leur vie, et par conséquent ils ne sont pas les bourreaux de leurs semblables, mais les instruments dévoués de la justice de Dieu et de la patrie. Ils sont des héros, quand ils sont les martyrs du devoir. Il y a donc là une idée sublime qui transfigure et glorifie leur violence et leur mort. Il y à dans leur
dévouement, si terrible qu’il soit, quelque chose de