Prem. Ép. aux Corinth., ch. à, v. 29, sq
XXX INTRODUCTION
théologique. La science purement laïque n'existe pas, et ne peut exister, car, en dehors de la tradition et de l'autorité, il n’y ἃ qu’erreur et mensonge, et la philosophie, considérée dans son point de départ, aussi bien que dans sa méthode et dans ses résultats, n'est qu'une invention impie ou dangereuse dont ne sauraient trop se défier les serviteurs du vrai Dieu. On ne peut s'étonner, après cela, que dans le langage du temps, les mots philosophe et paien soient devenus à peu pres synonymes. Tertullien dit encore : « Qu’'y a-t-il de commun entre un philosophe et un chrétien, entre un disciple de la Grèce et un disciple du ciel? le premier travaille pour une vaine gloire, le second pour la vie éternelle; l’un n’est qu'un artisan de phrases, l’autre ést un artisan de faits; l'un élève, l'autre détruit; celui-là altère la vérité, celui-ci la rétablit; celui-là en est le larron, l'autre en est le plus vigilant gardien, si je ne me trompe"? » Saint Jérôme allait plus loin encore, et il avait, pour distinguer les fidèles des incrédules, un moyen qu'il regardait comme infaillible : le nom de Jésus-Christ énoncé ou omis dans un ouvrage, même étranger aux spéculations théologiques, suffisait à l’édifier sur la religion professée par l’auteur. Hermogène avait cité, comme étant de saint Sixte, un livre de Xyste le phi-
1. « Quid adeo simile philosophus et christianus, Græciæ discipulus et cœli, famæ negotiator et vitæ, verborum et factorum operator, rerum ædificator et destructor, veritatis interpretator et integrator, furator ejus et custos antiquior omnibus, ni fallor ? » (Apologet., c, xLvi.)
INTRODUCTION. XXXI
losophe; voici avec quelle rudesse saint Jérôme lui reproche cette erreur : « Comment qualifier comme elle le mérite la légèreté, je dirai plus, la démence d'un écrivain qui va se tromper sur les noms, et attribuer un livre de Xyste, d'un pythagoricien, d’un homme à qui la foi manquait, d'un païen, à Sixte le martyr, l’évêque de l'Église romaine? un livre dans lequel, à côté des dogmes de Pythagore, qui font de l'homme un être égal à Dieu, formé de la même substance, on trouve un grand nombre de maximes excellentes, de telle sorte que ceux qui ignorent qu'il a été écrit par un philosophe, abusés par le nom d’un martyr, s’abreuvent au calice d'or de Babylone; un livre enfin dans lequel il n’est fait mention ni dés Prophètes, ni des Patriarches, ni des Apôtres, ni du Christ, en sorte qu'un évêque, un confesseur de Jésus-Christ n'aurait été qu'un incrédule ‘?»
Il n'est pas besoin, après cela, de demander ce qu'eût pensé saint Jérôme du christianisme de Boëce. Non-seulement, en effet, le traité de /a Consolation ne mentionne ni les Prophètes, ni les Patriarches, ni les
1. « Illam autem temeritatem, imo insaniam ejus quis digno possit explicare sermone, quod librum Xysti Pythagorici, hominis absque Christo, atque ethnici, immutato nomine, Sixti martyris et romanæ ecclesiæ episcopi prænotavit; in quo, juxta dogmata Pythagoricorum, qui hominem exæquant Deo, et de ejus dicunt esse substañtia, multa de perfectione dicuntur, ut, qui volumen philosophi nesciunt, sub martyris nomine de aureo calice Babylonis bibunt; denique in ipso volumine nulla Prophetarum, nulla Patriarcharurm, nulla Apostolorum, nulla Christi fit mentio, ut episcopum et martyrem Christi sine fide fuisse contendat ? » (Hrs- RONYM., ad Ctesiph.)
ΧΧΧΙΙ INTRODUCTION
Apôtres, ni le Christ, mais on y trouve, comme dans le livre de Xyste, l'exposition complaisante des dogmes de Pythagore, et notamment l'identité de nature qui fait de l’homme un être égal et semblable à Dieu!. Quant à la création, Boece n'est pas plus orthodoxe ; ses idées à cet égard sont celles de Xénophanes, Parménide, Zénon d'Élée, Empédocle, Anaxagore, Démocrite et Platon lui-même. Se fondant sur l’axiome : Rien ne se fait de rien, 11 admet l'éternité de la matière * ; Dieu ne l'a point créée; il n’a pu que débrouiller le chaos dans lequel les éléments étaient confondus et donner à l’ensemble des choses la forme plus parfaite dont il possédait en lui-même le type éternel. Or, Tertullien accuse formellement Hermogène d’avoir abjuré le christianisme par cela seul qu’il admettait comme possible l'éternité de la matière‘ et une pareille opinion, ajoute Origène, ne pouvait être professée que par des païens .
Il est clair que cette théorie de la création, qui n’est autre que celle du panthéisme, ne pouvait, au sixième siècle de l’Église, être publiquement professée par un
1. Passim et particulièrement dans la seconde moitié du 1115 livre.