De Trinitate
2 De natura et persona Christi, contra Eutychen ;
3° Brevis christianæ fidei complexio;
&° Utrum Pater et Filius ac Spiritus-Sanctus de divinitate substantialiter prædicentur.
INTRODUCTION. XXII
rien n'est moins certain que l'authenticité de ces ouvrages, et par une critique rapide, mais concluante, Obbarius ἃ démontré qu'ils n'ont rien de commun avec les idées, le style de Boëce, et que, tout au plus, peut-on y noter çà et là de maladroites imitations de quelques passages d’Aristote antérieurement traduits et commentés par notre auteur. Nous ne voudrions pas insister trop longuement sur ce sujet; nous devons dire, cependant, que les ‘raisons données par Obbarius ne sont pas les seules qui doivent faire re- Jeter comme apocryphes les écrits dont il s’agit.
La plus décisive peut-être, c'est qu'ils ne sont pas cités une seule fois par les écrivains ecclésiastiques de l'époque. Cassiodore a dressé lui-même le catalogue de la bibliothèque du monastère de Vivaria, et, dans cette pièce, que nous possédons, l’ancien ministre de Théodoric, en recommandant à ses moines la lecture de tous les ouvrages de Boëce, cite expressément la traduction de l’Zntroduction de Porphyre, célles des Catégories et du traité de l’Znterprétation d’Aristote, le commentaire sur le livre des Syllogismes hypothé- {iques du même auteur, etc.'; quant aux quatre traités théologiques, il n'en parle pas. Il faut convenir qu'un pareil silence est significatif, et ne comporte
4. «.... Isagogen transtulit patricius Boetins, commentaque ejus gemina derelinquens. Categorias idem transtulit patricius Boetius, cujus commenta tribus libris ipse quoque formavit. Περὶ Ἕρμηνείας supra memoratus patricius Boetius transtulit in latinum, cujus commenta ipse duplicia minutissima disputatione tractavit.... Supra memoratus patricius Boëtius de Sy/logismis hypotheticis lucidissime pertractavit, etc... » (Cassion., Dialect., in fine, — Voy.
ΧΧΙΥ INTRODUCTION
qu'une seule explication, à savoir que Cassiodore, l'ami de Boëce, n'avait jamais entendu parler de ces ouvrages. En effet, il faut descendre jusqu’au siècle de Charlemagne pour en trouver une première mention’. Alcuin les cite dans son traité de la procession du Saint-Esprit; après Alcuin, Raban-Maur, Hincmar, Saint-Remy les étudient et les commentent; mais à cette époque, nous l'avons dit, la critique historique n’était pas née; les plus grossières erreurs étaient admises et propagées de bonne foi, et celle que nous refutons ici est peut-être plus facile à comprendre que beaucoup d’autres; Obbarius, du moins, l'explique par une conjecture assez vraisemblable. Selon cet habile critique, les traités en question seraient l’ouvrage d’un des trois ou quatre Severinus dont s’honore à bon droit l’Église catholique, et ce nom, que portait aussi Boëce, aurait occasionné la confusion qui s'est établie par la suite. Cette homonymie paraît avoir eu un résultat plus singulier encore, car il est probable que c’est à cette circonstance fortuite que Boëce doit l'honneur d’être compté, encore aujourd’hui, au nombre des saints de l’Église catholique. A Pavie, à Milan, ἃ Brescia, dans d'autres villes du nord de l'Italie, on célebre chaque année, le 23 octobre, la
pour plus amples détails sur la Bibliothèque de Vivaria, ἐμ Vie de Cassiod., par F. D. de Sainte-Marthe.
1. On a inséré dans les œuvres de Bède le Vénérable un commentaire sur le traité : Utrum pater ct filius, etc., attribué à Boëce ; mais il est prouvé depuis longtemps que ce commentaire luimême est supposé. (Cf. Fabricius, Bibl. med. et inf. latinit.)
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fête de Saint-Séverin, et, selon divers commentateurs anciens et modernes, ce saint Séverin, prenant la place de l’apôtre des Alpes Noriques, dont l'abbé Eugippe a écrit l’histoire, ne serait autre que Boëce. Le pape Sylvestre 11 pourtant ne s’y est pas trompé, et si, dans la belle épitaphe qu'il a composée pour le tombeau de Boëce réédifié en 996 par l’empereur Othon II, il vante en termes pompeux les talents, les vertus civiques, le patriotisme tout romain de l’illustre mort, il se garde bien de faire allusion à ses sentiments chrétiens’. Cette réticence, calculée évidemment, fait bien voir que le savant Gerbert n'était rien moins qu'édifié sur la sainteté de notre philosophe. Le croyait-il paien? Nous ne savons, mais pour nous, le paganisme de Boëce n'est pas douteux.
4. Roma potens dum jura suo declarat in orbe, Tu pater et patriæ lumen, Severine Boethi, Consulis officio rerum disponis habenas, Infundis lumen studiis, et cedere nescis Græcorum ingeniis. Sed mens divina coercet Imperium mundi : gladio bacchante Gothorum Libertas romana perit ; tu, consul et exsul, Insignes titulos præclara morte relinquis.
Nunc decus Imperii, summas qui prægravat artes, Tertius Otho sua dignum te judicat aula, Æternumque tui statuit monumenta laboris,
Et bene promeritum meritis exornat honestis,
(ἀν. P. Bertium, Præ/f. cd Cons. Phil.)
XX VI INTRODUCTION
Ce qu'on remarque surtout dans les ouvrages de Boëce, dans ceux, du moins, qui sont authentiques, c'est l'absence de toute allusion, si lointaine qu’on la suppose, à la religion chrétienne. A n'en juger que par ses écrits, on pourrait croire que cette religion était de la veille seulement apparue sur la terre et que l'enseignement de sa morale et de ses dogmes était encore confiné au fond des ergastules et des catacombes. Encore, s’il n'avait écrit que des ouvrages
‘école, des dissertations sur la musique, des commentaires sur la géométrie d’Euclide ou sur les catégories d’Aristote, on pourrait admettre que l'occasion lui ἃ manqué de produire sa croyance religieuse. Mais c’est dans un traité de morale et de théodicée, écrit à la dernière heure, entre la hache et le billot, pour ainsi dire, c'est dans une exhortation suprême adressée aux malheureux, aux opprimés, à tous ceux qui, du fond de leur misère, tournent un regard désespéré vers la Providence, c’est dans le livre de /a Consolation, en un mot, que Boëce, chrétien et martyr, aurait omis systématiquement le nom de Jésus- Christ, le souverain consolateur! Puis, où prend-il ses exemples toutes les fois qu'il nous parle de malheurs et de supplices supportés avec constance? Ν᾽ ἃt-il jamais entendu parler des persécutions de Dio-
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clétien et de Galère? ne connaît-il aucune des glorieuses victimes de l’amphithéâtre? Ces pieuses et sereines figures, il faut qu’il les ignore ou qu'il les dédaigne, car ses héros à lui, c’est Socrate, c’est Anaxarque, c'est Soranus, martyrs, il est vrai, du patriotisme et de la philosophie, mais non de la foi chrétienne. Boëce lui-même va mourir : de son temps, comme aujourd'hui, les chrétiens se préparaient à la mort par la méditation de l'Évangile; lui, c’est Platon qu'il étudie, c’est le Phédon qu'il commente. Je vois bien là Caton : je cherche saint Cyprien.
Mais Boëce, pourrait-on dire, n'était pas seulement chrétien; 1] était aussi philosophe. Or, la philosophie a la prétention de résoudre aussi bien, et dans le même sens que le christianisme, les redoutables problèmes qui de tout temps ont préoccupé l'homme ; seulement, au lieu d'accepter la vérité toute faite des mains de l'autorité et de la tradition, elle entend se la procurer elle-même par le libre exercice de la raison. Boëèce pouvait choisir entre les deux systèmes ; mais, son choix fait, il devait, sous peine d’inconséquence, maintenir une séparation sévère entre la méthode théologique et la méthode purement rationnelle ; en se déterminant, comme 1l l’a fait, pour la méthode rationnelle, il a usé d’un droit incontestable, que des écrivains trés-orthodoxes, des docteurs même de l'Église, n’ont pas hésité à reconnaitre et même à pratiquer après lui.
Après lui, si l’on veut, mais longtemps après lui,’ car au quinzième et au seizième siècle, cette distinc-
XXVIIT INTRODUCTION.
tion entre la: foi et la raison etait encore regardée comme un crime que Pierre Ramus, Giordano Bruno, Campanella, Vanini, et tant d'autres ont payé de leur vie’. Aussi n'est-il pas possible d'admettre qu'aux
4. Cette lutte si longue, si déplorable, et quelquefois si sanglante, de l'autorité et de la raison, a été racontée par M. Victor Cousin ; nous ne résistons pas au plaisir de détacher quelques ligaes de son éloquent récit : |
« Puisque la religion et la philosophie représentent dans l’histoire deux moments distincts et successifs de la même pensée, il semble qu’elles pourraient se distinguer l’une de l’autre, et se succéder l’une à l’autre dans l’histoire aussi paisiblement que dans la pensée. Par exemple, il semble que la religion, comme une bonne mère, devrait consentir de bonne grâce à l'émancipation de la philosophie, quand celle-ci ἃ atteint l’âge de la majorité ; et que, de son côté, la philosophie, en fille reconnaissante, tout en revendiquant ses droits, et en en faisant usage, devrait être, pour ainsi dire, en recherche de vénération et de déférence envers la religion. Il n’en va point ainsi. L'histoire atteste que tout ce qui est distinct dans la pensée se manifeste, sur ce théâtre du temps et du mouvement, par une opposition qui elle-même éclate par des déchirements. Ce n’est pas moi qui fais cette loi ; je la recueille de toutes les expériences de l’histoire. En effet, partout vous voyez la religion essayer de prolonger l'enfance de la philosophie et de la retenir en tutelle; et partout aussi vous voyez la philosophie se mettre en révolte contre la religion, et déchirer le sein qui l’a nourrie, Dans l’âme du vrai philosophe, la religion et la philoso- phie s’unissent sans se confondre et se distinguent sans s’exclure, comme les deux moments de la même pensée. Mais dans lhistoire tout est combat, tout est guerre : rien ne naît, rien ne commence à paraître qu’au milieu des orages, du sang et des larmes. Toujours la religion enfante la philosophie, mais elle ne l’enfante que dans la douleur; toujours la philosophie succède à la religion, mais elle lui succède dans une crise plus ou moins longue, plus ou moins violente, de laquelle les lois éternelles du développement de la pensée ont voulu que la philosophie sortit constamment victorieuse, » (Histoire de la philosophie au dix-huitième siècle.)
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premiers temps de l’Église triomphante, an milieu des ferveurs et des vivacités de la polémique la plus ardente qui ait jamais passionne les esprits, les défenseurs du christianisme, c’est-à-dire du principe d'autorité, aient professé une tolérance qu aux époques les plus calmes ils ont toujours répudiée, et qu'ils aient reconnu les droits de la raison qu'ils avaient précisément pour objet de combattre. On voit, au contraire, qu'ils n'avaient pas pour elle assez de sarcasmes et de mépris"; ils ne la dénigraient pas seulement, ils la niaient. « Il n’y ἃ pas de gagne-denier chrétien, s'écrie Tertullien , qui n'eu sache plus long sur Dieu, et qui ne soit plus capable d'enseigner aux autres ce qu’il a trouvé, que Thalès et que Platon luimême *. » À la suite de Tertullien , tous les écrivains ecclésiastiques de l’époque, s'autorisant du dédaigneux anathème fulminé par saint Paul”, s'accordent à déclarer que la raison sans la foi n’est qu’un guide trompeur, et que ses prétendues découvertes doivent être rejetées sans examen, pour peu qu'elles soient en désaccord avec les conclusions de l'enseignement
4. « Jamais jusque-là aucune religion n'avait aspiré au même point à la domination des esprits ; jamais la liberté de penser n'avait été si sérieusement menacée, » (J. Simon, Hist. de l'école d'Alexandrie.)
2. « Quid enim Thales, ille princeps physicorum, sciscitanti Crœso de divinitate certum renuntiavit... ὃ Deum quihibet opifex christianus et invenit et ostendit, et exinde totum quod in Deo quæritur, licet Plato affirmet factitatorem universitatis, neque inveniri facilem, et inventum enarrari in omnes difficilem. » (4pologet., 6. LxvI.)