‹ La consolation philiosophique de Boèce;Chapitre 2 sur 60 · Introduction au Sic et Non d’Abélard · texte numérisé non relu

Introduction au Sic et Non d’Abélard

‘INTRODUCTION. πὶ

ques détails épars dans ses livres, quelques faits vagues recueillis par une tradition sans autorité, et qui s’altérait de plus en plus en s’éloignant de sa source, voilà à quoi se bornaient les renseignements que l’on possédait sur Boëce. À vrai dire, la curiosité des érudits de ce temps était peu exigeante eu pareille matière : la critique historique n’était pas née encore, et le public lettré, presque aussi naïf que la foule, ne pensait pas à dégager l’histoire de la légende. De là tous les récits merveilleux qui étaient alors imaginés sans scrupule, acceptés sans contrôle, et qui faussaient l’histoire même contemporaine. À peine mort, Charlemagne devenait un héros de roman; la biographie de tout homme un peu célèbre devait payer tribut à ce goût universel pour la fiction. Dans un temps où l’on invoquait Virgile comme un saint, faut-il s'étonner qu on ait honoré Boëèce comme un martyr ? Étrange martyr cependant, si, comme nous le croyons, Boëce a été dans Rome un des derniers: et des plus illustres représentants de la philosophie paienne ‘. ἢ] y a longtemps que cette vérité a été soup-

4. Nous aurons plus d’une fois occasion, dans le cours de cette Étude, d'employer ces mots paganisme où polythéisme pour désigner la religion qui a précédé, dans le monde grec et romain, l'établissement du christianisme. Toutefois, nous ferons remarquer, dès à présent, qu’appliquées à la théodicée des philosophes dignes de ce nom, ces expressions ne doivent pas étre prises au pied de la lettre. Les philosophes de l’antiquité ont généralement admis l’unité de Dieu, et ceux de l’école d’Alexandrie, en particulier, ont poussé jusqu’à l’excès l’idée qu’ils se faisaient de ce premier attribut, ou même, pour parler comme eux, de cet unique attribut

IV INTRODUCTION

connée pour la première fois', mais on s’est abstenu d’aller aux preuves, soit qu'on désespérät d’ébranler un préjugé trop solidement établi, soit qu'on craignit de choquer des susceptibilités ombrageuses. Nous pensons, quant à nous, que l'Église chrétienne est assez riche en héros pour n'avoir pas à s'inquiéter de la révision de son glorieux martyrologe. Nous avons d'ailleurs pour nous l'exemple et l'autorité de plusieurs savants modernes. Dés les premières années de ce siècle, la vie de Boëce a été en Allemagne l'objet d’un examen approfondi ; Heyne, Hand, Baur, d’autres encore, en ont discuté, quelquefois avec passion, les moindres circonstances; mais Obbarius, un des derniers venus dans la lice, peut passer à bon droit pour avoir enfin rendu à l’auteur de la Consolation philosophique son vrai personnage et son vrai caractère. C’est ce savant écrivain que nous avons consulté avec le plus de fruit. Dans les prolégomènes de son édition critique de la Consolation philosophique”, il

de la divinité. Ils n'étaient donc pas polythéistes dans la véritable acception du mot; seulement, par respect pour l’usage, et sans que, pour eux, une telle concession püt tirer à conséquence, ils donnaient le nom de Dieux, soit aux ministres subalternes du Dieu suprême, soit aux forces physiques de la nature. Le polythéisme n’était donc à leurs yeux que la forme symbolique de certaines idées accessoires qui se conciliaient parfaitement avec le dogme fondamental de l'unité de Dieu.

4. Cf. Joh. Sarisheriensis, Polycrat.; Bruno, Comm. in Conso. philos. (coll. Ang. Maï) ; Glareanus, Præf. ad edit. Basil., 1570; Hug. Grotius, Præf. ad hist. Gothor., Vandal, et Longob.; Brucker, Hist. crit. philos.

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