‹ La consolation philiosophique de Boèce;Chapitre 27 sur 60 · Consol., p · texte numérisé non relu

Consol., p

INTRODUCTION. LIT

plus un, s’il est reconnu que Dieu et le souverain bien ne sont que les deux termes d’une équation métaphysique, car, dans ce cas, aspirer au souverain bien, c'est aspirer à Dieu, et il estévident que l’homme ne peut se réunir à Dieu qu'en s’appropriant, en tant que la faiblesse humaine le comporte, les attributs mêmes de la divinité. Or, ceux de ces attributs qui ne sont pas inaccessibles à l'homme sont les vertus morales, la tempérance, la chasteté, la justice, la constance, etc. Parvenus à ce degré de perfection, les hommes échangent aussitôt toutes les qualités con tingentes de l'humanité contre les qualités absolues .de la nature divine; et par là ils se transforment en dieux, ou plutôt ils deviennent Dieu ‘. Ainsi, sur ce point encore, Boëce a dépassé Platon; le fondateur de l’Académie avait dit que par la pratique constante de toutes les vertus l’homme peut se rendre semblable à Dieu’; mais entre la ressemblance et l'identité, il y a un abîme.

Qu'advient-il pourtant de ceux à qui la force ou la volonté a manqué pour suivre jusqu'au bout la route, peu attrayante en apparence, qui mène au souverain bien? Ceux-là évidemment ne se réuniront pas à Dieu, puisque Dieu et le souverain bien ne font qu'un; mais ils souffriront, loin de leur auteur, des tourments proportionnés à la gravité de leurs fautes. Boëce se prononce clairement à cet égard ὃ; et si inconsé-

1, Consol., p. 169.

2, Voy. la note 33 du livre I, p. 343.

3, Consol., p. 235.

LIV INTRODUCTION

quente que soit son opinion, puisqu'en définitive les méchants, selon lui, sont inspirés comme les bons par des âmes émanées de la substance divine, il faut lui savoir gré d’une contradiction qui atténue en partie les dangers de son système.

En déclarant ainsi que les hommes sont responsables de leurs actions, Boèce admet par le fait le dogme fondamental de la liberté '. Et comment ne l'eût-il pas admis? L'homme sent qu'il est libre, donc il l’est; tous les sophismes du monde ne sauraient infirmer le témoignage de la conscience. A la rigueur, l’auteur de la Consolation n'avait donc pas à s’inquiéter des difficultés que rencontre la démonstration rationnglle de cette grande vérité morale; dès qu’un fait est constant, la preuve manquät-elle, il est bien certain que c'est l’objection qui a tort. Boèce cependant n’a pas voulu laisser l'objection sans réponse, et c’est dans cette intention qu'il s’est efforcé de concilier le libre arbitre de l'homme avec la prescience divine. Il croyait tenir la solution de ce redoutable problème; bien d’autres, avant et après lui, se sont flattés de la même illusion; on ferait une bibliothèque des traités qui ont été écrits sur cette matière, et pourtant, après Chrysippe, après Proclus, après saint Augustin, après Bossuet, la question est encore pendante *.

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