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De l’âge d’or, ὁ félicité pure !
L'homme ignorant votre luxe fatal Vivait de fruits qu'une avide culture N’arrachait pas encore au sol natal.
Avait-il faim ? dans la forêt prochaine, Après un jour d’abstinence, le chêne Lui fournissait un facile régal.
Le miel jamais dans sa coupe rustique N’avait au vin mêlé ses doux poisons; Jamais de Tyr la pourpre magnifique N'avait de l'Inde imprégné les toisons.
Dans le torrent il puisait son breuvage ; Un large pin lui prêtait son ombrage, Il s’'endormait sur un lit de gazons.
Aucun vaisseau sur une mer profonde N’avait encor sillonné son chemin ; Aucun traitant aux limites du monde N’avait porté l'or et l'amour du gain.
Jamais au bruit des haineuses fanfares N’étincelait entre des mains barbares
Un glaive affreux, rouge de sang humain.
Et pourquoi donc le démon des batailles Eût-il soufflé sur ce peuple naissant ?
Quel est le prix de tant de funérailles ?
Pour vivre heureux faut-il verser le sang ?
Utinam modo nostra redirent In mores tempora priscos!
Sed sævior ignibus Ætnæ Fervens amor ardet habendi.
Heu! primus quis fuit 1116, Auri qui pondera tecti Gemmasque latere volentes,
Pretiosa pericula fodit ?
« Quid autem de dignitatibus potentiaque disseram, quas vos, veræ dignitatis ac potestatis inscii, cœlo exæquatis ? Quæ si in improbissimum quemque ceciderint, quæ incendia, flammis Ætnæ eructantibus, quod diluvium tantas strages dederint ? Certe, uti meminisse te arbitror, consulare imperium, quod libertatis principium fuerat, ob superbiam consulum vestri veteres abolere cupierunt : qui ob eamdem superbiam prius regium de civitate nomen abstulerant. At, si quando, quod perrarum est, probis honores deferantur, quid in eis ahiud, quam probitas utentium, placet ? Ita fit, ut non virtutibus ex dignitate, sed ex virtute dignitatibus honor accedat.
« Quæ vero est ista vestra expetibilis ac præclara
Ah! plût au ciel que le siècle où nous sommes Pût revenir aux mœurs des premiers hommes, Et fût comme eux de tout meurtre innocent !
Mais l’avarice a desséché les âmes !
Tout se flétrit à son souffle mortel :
L'Etna jamais n'a vomi plus de flammes.
Ce fut un fou dangereux et cruel
Qui s’avisa d'arracher à l’abime
La perle et l’or, ces complices du crime, Dans les enfers relégués par le Ciel,
« Que dirai-je des dignités et de la puissance, que, dans votre ignorance de la véritable dignité et de la véritable puissance, vous élevez jusqu’au ciel ? Si elles échoient à un scélérat, quels incendies, quelles éruptions del’Etna, quels déluges peuvent égaler leurs ravages ? Tu t'en souviens sans doute, à cause de l’arrogance des consuls, vos ancêtres voulurent abolir le pouvoir consulaire, qui avait inauguré leur liberté". Déjà, à cause de l’arrogance des rois, ils avaient supprimé dans Rome jusqu'au nom de roi. Et si par aventure, bien rarement, il faut le dire, les dignités sont conférées à des gens de bien, quel titre peut les recommander, sinon la moralité de ceux qui en sont revêtus? D'où 1] faut conclure que ce n'est pas la vertu qui tire son éclat des dignités, mais que ce sont les dignités qui empruntent le leur à la vertu.
« Après tout, en quoi consiste cette puissance humaine,
90 DE CONSOLATIONE PHILOSOPBLEÆ 118, II.
potentia?’ Nonne, o terrena animalia, consideratis quibus præsidere videamini? Nam si inter mures videres unum aliquem jus sibi ac potestatem præ ceteris vindicantem, quanto movereris cachinno ! Quid vero, si corpus spectes, imbecillius homine reperire queas, quos sæpe muscularum quoque vel morsus, vel in secreta quæque reptantium necat introitus? Quo vero quisquam jus aliquod in quempiam, nisi in solum corpus, et quod infra corpus est, fortunam loquor, possit exercere ? Num quidquam unquam libero imperabis animo? Num mentem firma sibi ratione cohærentem de statu propriæ quietis amovebis? Quum liberum quemdam virum suppliciis se tyrannus adacturum putaret, ut adversum se factæ conjurationis conscios proderet, linguam ille momordit atque abscidit, et in os tyranni sævientis abjecit : ita cruciatus, quos putabat tyrannus materiam crudelitatis, vir sapiens fecit esse virtutis. Quid autem est quod in alium facere quisquam potest, quod sustinere ab alio ipse non possit? Busiridem accipimus necare hospites solitum, ab Hercule hospite fuisse mactatum. Regulus plures Pœnorum bello captos in vincula conjecerat : sed mox ipsè victorum catenis manus præbuit. Ullamne igitur ejus hominis potentiam putas, qui, quod ipse in alio potest, ne id in se alter valeat, efficere non possit?
« Ad hæc, si ipsis dignitatibus ac potestatibus inesset aliquid naturalis ac proprii boni, nunquam pessimis provenirent. Neque enim sibi solent adversa sociari. Natura respuit ut contrarla quæque jungantur. Ita quum pessimos plerumque dignitatibus fungi dubium
si désirable et si éclatante à vos yeux? Vous ne regardez donc pas, ὁ vils animaux, à qui vous croyez commander? Si tu voyais une souris s’arroger l'autorité et la puissance sur toutes les autres souris, quels éclats de rire ne pousserais-tu pas ? Or, si tu songes à votre corps, que trouveras-tu de plus faible que l’homme, puisque souvent la piqûre d’une mouche chétive ou l'introduction d'un ver dans quelque organe suffit pour lui donner la mort ? Et quel pouvoir un homme peut-il exercer sur un autre homme, si l’on excepte le corps", et ce qui est moins que le corps, je veux dire les biens? Pourra-t-on jamais commander à une âme libre? Est-il possible d'ébranler la résolution d’un esprit ferme et de troubler sa sérénité ? Un tyran s'était imaginé que par la violence des supplices il contraindrait certain homme libre‘ à dénoncer les complices d’une conspiration tramée contre lui ; mais l’autre se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage du farouche tyran. Ainsi, ces tortures que le tyran regardait comme un instrument de cruauté, furent pour le sage une occasion de vertu. Est-il d’ailleurs un traitement qu’un homme puisse infliger à un autre sans être exposé à le subir à son tour? D’après la tradition, Busiris, qui avait coutume d’immoler ses hôtes, fut mis à mort par Hercule son hôte. Régulus avait jeté dans les fers un grand nombre de Carthaginois pris à la guerre; mais bientôt lui-même tendit les mains aux fers de ceux qu'il avait vaincus. Quelle puissance accordes-tu donc à un homme qui ne saurait faire que, tout ce qu'il peut contre un autre, un autre ne le puisse contre lui ?
« Mais il y a plus : si les dignités et la puissance possédaient naturellement et en propre quelque chose de bon, elles ne tomberaient jamais en partage aux méchants. Il n'est pas de règle en effet que les contraires se recherchent. La nature répugne à une pareille alliance. Or, comme il est incontestable que d'ordinaire les dignités sont entre
non sit, illud etiam liquet, natura sui bona non esse, quæ se pessimis hærere patiantur. Quod quidem de cunctis Fortunæ muneribus dignius existimari potest, quæ ad improbissimum quemque uberiora proveniunt. De quibus illud etiam considerandum puto, quod nemo dubitat esse fortem, cui fortitudinem inesse conspexerit : et cuicumque velocitas adest, manifestum est esse velocem. Sic musica quidem musicos, medicina medicos, rhetorica rhetores facit. Agit enim cujusque rei natura quod proprium est, nec contrariarum rerum miscelur effectibus, et ultro, quæ sunt adversa, depellit. Atqui nec opes inexpletam restinguere avaritiam queunt; nec potestas sui compotem fecerit, quem vitiosæ libidines insolubilibus adstrictum retinent catenis; et collata improbis dignitas, non modo non efficit dignos, sed prodit potius, et ostentat indignos. Cur ita provenit? Gaudetis enim res sese aliter habentes falsis compellare nominibus, quæ facile ipsarum rerum redarguuntur effectu : itaque nec illæ divitiæ, nec illa potentia, nec hæc dignitas jure appellari potest. Postremo idem de tota concludere fortuna licet, in qua nihil expetendum, nihil nativæ bonitatis inesse manifestum est, quæ nec se bonis semper adjungit, et bonos, quibus fuerit adjuncta,
non efficit.
les mains des méchants, il est évident aussi que par ellesmêmes elles ne sont pas des biens, puisqu'elles peuvent se combiner avec ce qu’il y a de pire. Il faut conclure de même et à plus forte raison à l'égard de tous les dons de la Fortune, puisque c'est sur les plus malhonnêtes gens qu'ils se répandent avec le plus de profusion. Et à ce sujet, voyez encore : personne ne doute du courage de l’homme qui a fait publiquement preuve de bravoure, et celui qui s'est distingué à la course passe sans conteste pour un bon coureur. Par la même raison, la musique fait les musiciens, la médecine les médecins, la rhétorique les rhéteurs. Toute cause agit conformément à sa nature, et, loin de confondre ses effets avec ceux des causes contraires, élimine par sa propre énergie tout ce qui lui est antipathique. Or, ni les richesses ne peuvent assouvir l’insatiabilité de l’avarice, ni la puissance assurer la possession de soi-même à l'homme que de honteuses passions retiennent dans des liens indissolubles ; j'ajoute que les honneurs conférés aux pervers, nonseulement ne font pas qu’ils en soient dignes, mais trahissent plutôt et font éclater au grand jour leur indignité. Pourquoi cela? C'est qu'on se plaît à donner abusivement aux choses des noms qui ne leur conviennent nullement et que la réalité dément bientôt. C'est ainsi que ni ces richesses, ni cette puissance, ni ces dignités, ne méritent leurs noms. En résumé, on peut en dire autant de tous les biens de la fortune, puisqu'il est manifeste qu'ils n’ont rien de désirable, rien de bon naturellement; qu’ils n'échoient pas toujours aux honnêtes gens, et qu'ils ne rendent pas meilleurs ceux qui les possèdent.
Novimus quantas dederit ruinas,.
Urbe flammata Patribusque cæsis, Fratre qui quondam ferus interempto, Matris effuso maduit cruore.
Corpus et visu gelidum pererrans, Ora non tinxit lacrimis, sed esse Censor exstincti potuit decoris.
Hic tamen sceptro populos regebat, Quos videt condens radios sub undas Phœbus, extremo veniens ab ortu; Quos premunt septem gelidi triones; Quos Notus sicco violentus æstu Torret, ardentes recoquens arenas.
Celsa num tandem valuit potestas Vertere insani rabiem Neronis?
Heu gravem sortem, quoties iniquus
Additur sævo gladius veneno! »
On le connaît le César assassin Qui, bourreau du Sénat romain, Brüla la ville, empoisonna son frère, Et sans pâlir, dans le sang de sa mère Trempa sa parricide main.
Elle était là, nue, un poignard au flanc"; Lui, d’un air calme et nonchalant
La contemplait, et, l'œil vide de larmes,
En connaisseur il critiquait les charmes De ce corpslivide et sanglant.
Eh bien! ce monstre, effroi de l'univers, Régnait sur les peuples divers
Que le soleil éclaire dans sa course ;
On l’adorait des champs glacés de l'Ourse Aux sables brûlants des déserts.
À ces hauteurs, est-ce que la raison Calma la rage de Néron ?
Malheur à vous, ὁ peuples qu'on opprime, Lorsque le fer aiguisé par le crime Achève l’œuvre du poison! »
96 DE CONSOLATIONE PHILOSOPBTE LIB. II.
XTII
Tum ego : « Scis, Inquam, ipsa minimum nobis ambitionem mortalium rerum fuisse dominatam; sed materiam gerendis rebus optavimus, quo ne virtus tacita consenesceret. » Et illa : « Atqui hoc unum est, quod præstantes quidem natura mentes, sed nondum ad extremam manum virtutum perfectione perductas allicere possit, gloriæ scilicet cupido, et optimorum in rempublicam fama meritorum; quæ quam sit exilis, et totius vacua ponderis, sic considera : Omnem terræ ambitum, sicuti astrologicis demonstrationibus accepisti, ad cœli spatium, puncti constat obtinere rationem : id est, ut si ad cœlestis globi magnitudinem conferatur, nihil spatiü prorsus habere judicetur. Hujus igitur tam exiguæ in mundo regionis quarta fere portio est, sicut Ptolemæo probante didicisti, quæ ἃ nobis cognitis animantibus incolatur. Huic quartæ, si quantum maria, paludesque premunt, quantumque siti vasta regio distenditur, cogitatione subtraxeris, vix angustissima inhabitandi hominibus area relinquetur. In hoc igitur minimo puncti quodam puncto circumsepti, atque conclusi, de pervulganda fama, de proferendo nomine cogitatis? At quid habet amplum magnificumque gloria, tam angustis exiguisque limi-
Je pris alors la parole et lui dis : « Tu sais que je n’ai jamais été dominé par une ambition vulgaire, et que si j'ai recherché l’occasion d’agir, c'était afin que ma vertu ne vieillit pas dans une obscure oisiveté. » Mais elle: « En effet, le seul motif capable de séduire des âmes d’une nature supérieure, à la vérité, mais qui n’ont pas encore atteint à l'extrême perfection de la vertu, c’est l’amour de la gloire et de la renommée que procurent de grands services rendus à l'État. Mais examine avec moi combien un pareil mobile est petit et dépourvu de poids. La masse arrondie de la terre, comme tu l’as vu par les démonstrations des astronomes, comparée à l'étendue du ciel, ne peut être considérée que comme un point; c’est-à-dire que si on la compare à la grandeur du globe céleste, elle ne tient, à proprement parler, aucune place dans l’espace. Or, de cette partie déjà si exiguë du monde, le quart tout au plus, comme Ptolémée te l’a appris et prouvé, est habité par des animaux à nous connus. Maintenant, si par la pensée tu supprimes de ce quart tout l’espace occupé par les mers et par les marais, ainsi que les vastes régions vouées à ia soif, à peine restera-t-il une petite place pour l'habitation des hommes. Et c'est dans ce point imperceptible d’un point qu'’isolés et emprisonnés .comme vous l’êtes, vous songez à propager le bruit et la gloire de votre nom! La grande, la magnifique chose en effet que la gloire, resserrée et comme étranglée dans de si étroites limites ! Ajoute à cela que
tibus arctata? Adde quod hoc ipsum brevis habitaculi septum plures incolunt nationes, lingua, moribus, totius vitæ ratione distantes : ad quas tum difficultate itinerum, tum loquendi diversitate, tum commercii insolentia, non modo fama hominum singulorum, sed ne urbium quidem pervenire queat. Ætate denique Marci Tulliüi, sicut ipse quodam loco significat, nondum Caucasum montem Romanæ reipublicæ fama transcenderat, et erat tunc adulta, Parthis etiam ceterisque id locorum gentibus formidolosa. Videsne igitur quam sit angusta, quam compressa gloria, quam propagare ac dilatare laboratis? An ubi Romani uominis transire gloria nequit, Romani hominis gloria progredietur ? Quid, quod diversarum gentium mores inter se, atque instituta discordant, ut quod apud alios laude, apud alios supplicio dignum judicetur? Quo fit, ut si quem famæ prædicatio delectat, huic, in plurimos populos nomen proferre, nullo modo conducat. Erit igitur pervagata inter suos gloria quisque contentus, et intra unius gentis terminos præclara illa famæ immortalitas coarctabitur.
« Sed quam multos clarissimos suis temporibus viros scriptorum inops delevit oblivio ! Quanquam quid ipsa scripta proficiant, quæ cum suis auctoribus premit longlor atque obscura vetustas? Vos autem immortalitatem vobis propagare videmini, quum futuri famam temporis cogitatis ? Quod si ad æternitatis infinita spatia pertractes, quid habes, quod de tui nominis diuturnitate læteris” Unius etenim mora momenti, si decem millibus conferatur annis, quoniam utrumque spatium definitum
dans l’enceinte si bornée de ce pauvre réduit habitent nombre de nations séparées les unes des autres par le langage, par les mœurs, par toutes les habitudes de la vie, et que la difficulté des routes, la diversité des idiomes, la rareté des communications, mettent obstacle à ce que la renommée, je ne dis pas d’un homme, mais des cités même, puisse se répandre au loin. Du temps de Cicéron, comme il le dit expressément quelque part", le nom de la république romaine n’avait pas encore franchi le mont Caucase; et pourtant elle était alors dans toute sa force, et déjà elle s'était rendue redoutable aux Parthes et aux autres peuples de ces régions. Comprends-tu maintenant combien est bornée, combien est étouffée la gloire que vous avez tant à cœur de propager et d'étendre ? Où s'est arrêtée la renommée du peuple romain, comment pourrait pénétrer le non d’un citoyen de Rome? Que dire encore si les mœurs et les institutions des peuples sont à ce point différentes, que ce qui est un titre de gloire chez les uns, soit, au jugement des autres, un crime digne du dernier supplice? 1] suit de Ià que l’homme amoureux de la renommée ue trouve aucun profit à répandre son nom chez un grand nombre de peuples. Donc chacun devra se contenter de la gloire qu'il aura acquise ‘parmi les siens, et ainsi les frontières d’une seule nation emprisonneront cette immortalité si bruyante.
« Mais encore, combien d'hommes, illustres de leur vivant, qu’a dévorés l'oubli, faute d’écrits qui racontent leur gloire“! Et d’ailleurs, à quoi bon les écrits, puisqu'ils sont condamnés ainsi que leurs auteurs à se perdre un jour dans l’obscurité des siècles? Vous vous croyez assurés de l’immortalité en pensant que votre nom vivra dans l'avenir? Mais si tu réfléchis à la durée infinie de l'éternité, comment peux-tu te réjouir de la longévité de ton nom? L’espace d'un moment et le cours de dix mille aupées peuvent être mis en regard, car chacune de ces
100 DE CONSOLATIONE PHILOSOPHLÆE LIB. 1].
est, minimau licet, habet tamen aliquam portionem. At hic ipse numerus annorum, ejusque quantumlibet multiplex, ad interminabilem diuturnitatem ne comparari quidem potest. Etenim finitis ad se invicem fuerit quædam, infiniti vero atque finiti nulla unquam poterit esse collatio. Ita fit, ut quamlibet prolixi temporis fama, si cum inexhausta æternitate cogitetur, non parva, sed plane nulla esse videatur. Vos autem, nisi ad populares auras, inanesque rumores, recte facere nescitis, et relicta conscientiæ virtutisque præstantia, de alienis præmia sermunculis postulatis. Accipe in hujusmodi arrogantiæ levitate quam festive aliquis illuserit. Nam quum quidam adortus esset hominem contumeliis, qui non ad veræ virtutis usum, sed ad superbam gloriam falsum sibi philosophinomen induerat, adjecissetque jam se sciturum an 1116 philosophus esset, si quidem illatas injurias leniter patienterque tolerasset : ille patientiam paulisper assumpsit, acceptaque contumelia velut insultans : « Jam tandem, «inquit, intelligis me esse philosophum ἢ» Tum ille nimium mordaciter : « Intellexeram, inquit, si tacuisses.» « Quid autem est, quod ad præcipuos viros (de his enim sermo est) qui virtute gloriam petunt; quid inquam, est, quod ad hos de fama post resolutum morte suprema corpus attineat ? Nam si, quod nostræ rationes
credi vetant, toti moriuntur homines, nulla est om-
deux fractions de temps a sa durée déterminée, et si le moment lui-même n'est presque rien, encore est-ce une quantité appréciable. Mais ce nombre de dix mille années, multiplié autant de fois qu'on le voudra, ne peut pas même être mis en comparaison avec une durée qui ne doit jamais finir. Car si l'on peut comparer les choses finies entre elles, il n'y a pas de rapprochement possible entre ce qui est fini et ce qui ne l'est point. Il suit de là que la durée d’un nom, prolongée aussi longtemps qu'on voudra, si on réfléchit au gouffre inépuisable de l'éternité, paraîtra, non pas mesquine, mais absolument nulle. Et cependant les applaudissements du peuple, de vaines rumeurs, voilà le but unique de vos belles actions, et sans nul souci de l'approbation bien autrement précieuse de la conscience et de la vertu, c’est aux misérables discours de la foule que vous demandez votre récompense. Apprends comment cette ridicule vanité fut un jour l’objet d'une plaisante raillerie. Un quidam, ayant insolemment apostrophé un personnage qui, beaucoup moins pour s’obliger à la vertu que pour satisfaire une vaine gloriole, s'était, sans aucun droit, affublé du nom de philosophe, avait ajouté qu'on verrait bien s’il était philosophe à la douceur et à la patience qu'il opposerait aux injures. Le faux sage fit pendant quelque temps bonne contenance, puis, comme tout fier des outrages qu'il avait reçus : « A cette heure, dit-il, recon- «nais-tu que je suis philosophe? » Alors l’autre le mordant plus serré : « Je l’aurais reconnu, dit-il, si tu avais con- « tinué à te taire, »
« Au demeurant, qu'importe aux hommes d'élite (caril s'agit d'eux uniquement) qui recherchent la gloire par la vertu, que leur importe, dis-je, si la renommée s’occupe d'eux lorsque leur corps a été dissous par la mort? Si en effet (ce que nos principes défendent de croire) les hommes meurent tout entiers, la gloire n’est plus
nino gloria, quum is, cujus ea esse dicitur, non exstet omnino. Sin vero bene mens sibi conscia, terrena carcere resoluta, cœlum libera petit, nonne omne terrenum negotium spernet, quæ se, cœlo fruens, terrenis gaudet exemptam ?
Quicumque solam mente præcipiti petit, Summumque credit gloriam,
Late patentes ætheris cernat plagas, Arctumque terrarum situm :
Brevem replere non valentis ambitum Pudebit aucti nominis.
Quid o superbi colla mortali jugo Frustra levare gestiunt ?
Licet remotos fama per populos means Diffusa, linguas explicet,
Et magna titulis fulgeat claris domus, Mors spernit altam gloriam,
Involvit humile pariter, et celsum caput, Æquatque summis infima,
Ubi nunc fidelis ossa Fabricit jacent ?
Quid Brutus, aut rigidus Cato”?
Signat superstes fama tenuis pauculis
Inane nomen litteris.
n, puisque celui à qui on l'attribuait n'est plus rien -même. Si au contraire une âme, pure et sans reche, est affranchie enfin de ses liens terrestres, et ance libre vers le firmament, ne méprisera-t-elle pas tes les choses de la terre, elle qui, dans les délices du |, se réjouit d'en être délivrée?
3 héros immortels tu veux suivre la trace!
La gloire est le premier des biens!
t! compare la terre et son étroit espace Aux vastes champs aériens |
nom le plus fameux, du céleste royaume A-t-il jamais franchi le seuil ?
’emplit même pas votre globe, — un atome!
C’est peu de bruit pour tant d'orgueil !
p de fierté sied mal à la misère humaine :
En vain indigné de tes fers
frémis sous le joug, il faut porter ta chaîne ! Je veux que par tout l'univers
1 nom retentissant vole de bouche en bouche, Que les plus éclatants honneurs
istrent ta maison : dans son dédain farouche La mort se rit de vosgrandeurs.
main nivelle tout, et [6 même naufrage Attend le pâtre et le héros.
ble Fabricius, qui sait sur quel rivage Reposent aujourd’hui tes os?
Brutus, et Caton, que devient leur mémoire?
Quelques lignes d’un sens douteux,
\ nom sur une pierre... est-ce donc là la gloire ?
Sed quod decora novimus vocabula, Num scire consumptos datur?
Jacetis ergo prorsus ignorabiles, Nec fama notos efficit.
Quod si putatis longius vitam trahi Mortalis aura nominis,
Quum sera vobis rapiet hoc etiam dies, Jam vos secunda mors manet.
« Sed ne me inexorabile contra Fortunam gerere bel— lum putes, est aliquando, quum de hominibus fallax— 114 nonnihil bene mereatur; tümscilicet, quuin se ape— rit, quum frontem detegit moresque profitetur. Non—— dum forte quid loquar, intelligis. Mirum est, quod di—— cere gestio, eoque sententiam verbis explicare vi=æ"* queo. Etenim plus hominibus reor adversam, ques” prosperam prodesse fortunam. Illa enim semper spe==cie felicitatis, quum videtur blanda, mentitur: bæc sens per vera est, quum se instabilem mutatione demo strat. 111 fallit : hæc instruit ; illa mendacium spec= 16 bonorum, mentes fruentium ligat : hæc cognitio æ 16 fragilis felicitatis absolvit. Itaque illam videas vent osam, fluentem, suique semper ignaram : hanc sobria rm,
succinctamque, et ipsius adversitatis exercitatione pru-
Eh ! que me fait un nom pompeux,
Si l’homme, une fois mort, n’est que cendre et fumée? Sous votre épitaphe étendus,
Pour grand que soit l'éclat de votre renommée, Vous restez pourtant inconnus.
Mais des mortels fameux peut-être que la vie Par delà le tombeau s'étend ?
Qu'importe ? puisqu'il faut qu’un jour on vous oublie, Un second trépas vous attend.
« Cependant, comme tu pourrais me reprocher de faire à la Fortune une guerre à outrance, je veux bien avouer que de temps à autre cette perfide divinité rend quelques services aux hommes; c’est lorsqu'elle se montre telle qu’elle est, et qu’elle découvre son visage naturel. Peutêtre ne me comprends-tu pas encore. Ce que je vais dire est si extraordinaire, que je puis à peine trouver des mots pour expliquer ma pensée, Je soutiens que la mauvaise fortune est plus profitable aux hommes que la bonne. Celle-ci, en effet, n'a que l'apparence du bonheur, et quand elle paraît sourire, elle ment : l'autre, au contraire, est toujours sincère , lorsque par ses caprices elle prouve son instabilité. L'une trompe, l’autre instruit; l'une, par l’appât des biens trompeurs qu’elle leur procure, asservit les âmes : en leur faisant connaître la fragilité du bonheur, l’autre les affranchit. C’est pourquoi la première paraît fantasque, capricieuse, ne sachant jamais ce qu'elle veut : la seconde est sobre, prête à l’action, et rendue avisée par les leçons mêmes qu’elle donne. Enfin,
dentem. Postremo felix a vero bono devios blanditiis trahit : adversa plerumque ad vera bona reduces unco retrahit. An hoc inter minima æstimandum putas, quod amicorum tibi fidelium mentes hæc aspera, hæc horribilis fortuna detexit : hæc tibi certos sodahum vultus, ambiguosque secrevit; discedens, suas abstulit, tuos reliquit ? Quanti hoc integer, et, ut videbaris tibi, fortunatus, emisses? Desine nunc et amissas opes quærere ; quod pretiosissimum divitiarum ge-
nus est, amicos invenisti.
Quod mundus stabili fide Concordes variat vices :
Quod pugnantia semina Fœdus perpetuum tenent ; Quod Phœæbus roseum diem Curru provehit aureo,
Ut quas duxerit Hesperus Phœbe noctibus imperet ; Ut fluctus avidum mare Certo fine coerceat,
Ne terris liceat vagis
Latos tendere terminos :
ses caresses, la bonne fortune éloigne les lommes vrai bonheur : la mauvaise d'ordinaire les y ramène es y traine avec le croc". D'ailleurs (et comptes-tu | pour un mince avantage ?) n'est-ce pas cette terrible sse qui, par ses rigueurs même, te découvre les sentiits de ceux qui t’aiment véritablement; sépare tes rpagnons fidèles des amis douteux; et, en se retirant, nène les siens, tandis que les tiens te restent ? Au ps où tu te croyais riche et heureux, de quel prix isses-tu pas payé un pareil service ἢ Cesse donc, même urd’'hui, de regretter les biens que tu as perdus, que tu as trouvé le plus précieux de tous les trésors, amis.
Si le monde toujours varie Sans éprouver de changements, Si la lutte des éléments
N’en peut détruire l'harmonie ;
Si le char doré de Phébus
Dans la pourpre du soir se baigne, Afin qu’à son tour Phébé règne Sur les Nuits, filles d'Hespérus ;
Si la falaise du rivage
S’arrête au bord du gouffre amer, Et si le courroux de la mer Expire impuissant sur la plage ;
Hanc rerum seriem ligat, Terras, ac pelagus regens, Et cœlo imperitans amor.
Hic si frena remiserit, Quidquid nunc amat invicem, Bellum continuo geret :
Et quam nunc socia fide Pulchris motibus incitant, Certent solvere machinam.
Hic sancto populos quoque Junctos fœdere continet :
Hic et conjugii sacrum Castis nectit amoribus :
Hic fidis etiam sua
Dictat jura sodalibus.
O felix hominum genus,
Si vestros animos amor,
Quo cæœlum regitur, regat. »
JT,
LA CONSOLATION PHILOSOPHIQUE, LIV. Il. 109
Mortels, c'est que depuis le jour Où l'Éternel créa le monde, .
Le firmament, la terre et l’onde Sont les esclaves de l’amour *.
Que sa vigilance sommeille, Entre les éléments divers Dont se compose l'univers Aussitôt la guerre s'éveille.
Du jeu savant de mille lois Résultaient l’ordre et l'harmonie :
La masse, une fois désunie, Croulerait sous son propre poids. .
L'amour ! c’est l'amour qui supprime Les haines, les divisions,
Et qui maintient les nations
Dans les liens d’un pacte intime.
L'amour ! il enseigne aux époux
La chasteté dans la tendresse ;
Il prend, pour charmer la jeunesse, De l’amitié le noin si doux.
Sainte union ! touchantes flammes!
Mortels, que vous seriez heureux,
Si l'amour, ce maître des cieux, Régnait aussi bien dans vos âmes ! »