‹ La consolation philiosophique de Boèce;Chapitre 50 sur 60 · NT · texte numérisé non relu

NT

Heureux qui du bien suprême Peut dans le sein de Dieu même Voir les splendides clartés,

Et s'affranchir des entraves

Où languissent les esclaves

Des terrestres voluptés!

Le jour qu'Furydice expire, Orphée arrache à sa lyre De mélodieux sanglots ;

Les forêts suivent sa trace, Et des fleuves de la Thrace Ses chants arrêtent les flots.

Le cerf, du lion sauvage Affronte le voisinage,

Et le lièvre rassure

Voit le molosse farouche

Qui, dompté, rampe et se couche Aux pieds du chantre inspiré.

Le poëte chante encore ; Mais sa douleur le dévore, Et les merveilleux accents Dont le charme salutaire Donne la paix à la terre, Ne peuvent calmer ses sens.

Immites superos querens, Infernas adiit domos.

lilic blanda sonantibus Chordis carmina temperans, Quidquid præcipuis deæ Matris fontibus hauserat, Quod luctus dabat impotens, Quod luctum geminans amor, Deflet, Tænara commovens, Et dulci veniam prece Umbrarum dominos rogat.

Stupet tergeminus novo Captus carmine janitor.

Quæ sontes agitant metu Ultrices scelerum deæ,

Jam moœæstæ lacrimis madent.

Non Ixionium caput

Velox præcipitat rota,

Et longa site perditus Spernit flumina Tantalus.

Vultur, dum satur est modis,

Non traxit Tilyi Jecur.

Dans sa navrante folie, Accusant la barbarie

Des dieux qui règnent au ciel, Des enfers il prend la route, Espérant trouver sans doute Leur souverain moins cruel”.

Là, dans sa tristesse amère, De la déesse sa mère

I] évoque les leçons ;

Aux doux accords de la lyre Sa voix s’unit et soupire

Ses plus touchantes chansons.

Il dit la mort d'Eurydice,

Sa terreur, son long supplice, Et ses adieux déchirants ; Franchissant le noir Ténare, Sa voix émeut du Tartare Les impassibles tyrans.

Cerbère aux pieds du poëte Incline sa triple tête,

Et les Fantômes vengeurs,

Les implacables Furies,

De leurs yeux, sources taries, Sentent couler quelques pleurs.

Là, sur la roue infernale, Ixion dort, et Tantale Dédaigne le flot moqueur; Plus loin, gorgé d'harmonie, L’affreux vautour de Titye Cesse de ronger le cœur.

Tandem : « Vincimur, arbiter Umbrarum miserans ait :

Donamus comitem viro Emptam carmine conjugem :

Sed lex dona coerceat,

Ne, dum Tartara liquerit, Fas sit lumima flectere. »

Quis legem det amantibus ?

Major lex amor est sibi.

Heu! noctis prope terminos | Orpheus Eurydicen suam Vidit, perdidit, occidit.

Vos hæc fabula respicit, Quicumque in superum diem Mentem ducere quæritis.

Nam qui tartareum in specns Victus lumina flexerit, Quidquid præcipuum trahit,

Perdit, dum videt inferos.

Enfin : — « Ta douleur me touche, Dit d’une voix moins farouche

Le sombre roi des enfers;

Que ton désir s’accomplisse !

Je te rends ton Eurydice

En échange de tes vers.

« Mais je t’impose une épreuve :

Avant de franchir le fleuve

Qui neuf fois étreint ces lieux, Dans ton ivresse hâtive,

Sur ta femme encor captive

Ne détourne pas les yeux. »

Vainement Pluton ordonne :

L'Amour n'écoute personne.

Orphée, aux confins du jour, Vers sa compagne éperdue.….….

Il la voit, la perd, la tue,

Et cette fois sans retour! -

Méditez bien cette histoire,

O vous qui briguez la gloire De guider votre âme aux cieux :

Des yeux sonder le Tartare, C’est livrer au gouffre avare Son bien le plus précieux.

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