De gestis Romanorum
Nous ne pouvons considérer comme un témoignage quasi contemporain en faveur du christianisme de Syÿmmaque un passage singulier d’un des dialogues publies sous le nom de saint Grégoire le Grand (et non de Grégoire de Tours, comme l’a cru Obbarius), parce que l’authenticité de ces dialogues est problématique, et que, vraisemblablement, ils ont été composés bien longtemps après la mort du saint pontife. Il est dit dans ce passage que des voyageurs ayant abordé à l’île de Lipari pour réparer quelques avaries, un pieux solitaire leur apprit, entre autres choses, que Théodoric était mort, attendu que la veille, à la neuvième heure, il avait vu ce prince dépouillé de ses vêtements et de sa chaussure, les mains liées derrière le dos, entre le pape Jean et le patrice Symmaque, qui l’entraïnaient, pour l’y précipiter, vers un gouffre que l’auteur appelle /{« chaudiere de Vulcain, Les voya-
xx INTRODUCTION.
N'est-il pas plus vraisemblable qu'ici encore la légende a pris la place de l'histoire? Selon la tradition, Boëce était mort en confessant le Christ; son beaupère Symmaque, immolé avec lui, avait dû nécessairement périr pour la même cause. C'était, comme on le voit, un raisonnement semblable à celui que nous attaquons : du christianisme de Boëce on concluait le christianisme de Symmaque; plus tard, c’est du christianisme de Symmaque qu’on a conclu celui de Boëce. On pourrait tourner indéfiniment dans ce cercle vicieux.
Jlest cependant un fait qui, prouvé, couperait court à toute discussion : selon l'opinion commune, Boëce aurait composé quatre petits traités théologiques, lesquels sont parvenus jusqu'à nous'; mais
geurs, à leur arrivée en Italie, apprirent qu’en effet Théodoric avait rendu l’âme à l'heure exacte qui leur avait été marquée: par le solitaire.
« Quos vir Domini quum vidisset, eis inter alia colloquens dixit : « Scitis quia rex Theodoricus mortuus est? » Cui illi protinus responderunt : « Absit; nos eum viventem dimisimus, et « nihil tale ad nos de eo nunc usque perlatum est. » Quibus Dei famulus addidit, dicens : « Etiam mortuus est ; nam hesterno die, « hora nona, inter Johannemet Sÿmmachum patricium discinctus « atque discalceatus, et vinctis manibus deductus, in hanc vicinam « Vulcani ollam jactatus est. » Quod illi audientes, sollicite conscripserunt diem, atque in Italiam reversi, eo die Theosdoricum regem invenerunt fuisse mortuum , quo de ejus exitu atque supplicio famulo fuerat ostensum. (Divi Gregorit Dialog., lib. IV, C. xxx.)