CHA.PITRE VIII. II
tendre celui qui a éveillé son cœur, celui qui lui a appris ce que c'était qu'attendre et regretter ; et lui , heureux de l'impression qu'il avait produite sur cette âme dédaigneuse, se plaisait à lui consacrer, tous les instans que ne réclamaient pas les affaires de l'ambassade.
Cependant son assiduité n'avait pu triompher des scrupules ou plutôt des terreurs de Marianne; s'il implorait une faveur plus intime : « Que me demandez-vous ? répon- « dait Marianne avec effroi ; vous voulez « donc que je ne vous aime plus? et pource tant je ne puis vivre sans vous aimer. »
C'est qu'à ses yeux, encore épouvantés d'un affreux souvenir, cette grâce apparaissait comme le déshonneur; et, dans son II. 8
1 l4 LA COURTISANE.
ignorance, elle craignait d'éprouver pour celui qu'elle chérissait la même aversion que pour celui qui l'avait outragée. Mais un jour qu'il était à ses genoux, que sa voix était plus tendre, et que des larmes roulaient dans ses yeux supplians, son courage l'abandonna. Efle avait cru faire un sacrifice , elle apprit le bonheur ; et , persuadée que lui seul en avait le secret , elle Taima de toute la reconnaissance d'une âme jeune et passionnée; et c'est encore une des bizarreries de ce tems que l'amour^ proscrit des palais et des boudoirs , fut verni se réfugier dans un lieu de débauche !
Un soir, c'était le i*' décembre, Marianne attendait son amant à souper. La nuit s'avance , et il ne vient pas ! L'inquiétude , la