CHAPITRE X
clans une voiture avec Favancourt, brigadier des mousquetaires , destiné à le garder dans sa prison. Depuis Sceaux jusqu'à Dourlens il ne lui échappa ni plainte, ni discours , mais force soupirs. A chaque église devant laquelle il passait, il joignait les mains, s'inclinait, faisait le signe de la croix et marmottait des prières. Pâle et tremblant, il croyait marcher à la mort, et dans son orgueilleuse frayeur , le pauvre homme redoutait le trépas du duc de Guise. La duchesse avait reçu plusieurs avis de sa prochaine arrestation , mais elle répondait toujours en parodiant le mot du Balafré : «Ils n'oseraient! » Un soir, mademoiselle Delaunay lui annonça, de ia part
de la marquise de Lambert, que l'ordre II. r3
était donné : la princesse retint dans sa chambre ses amis et les gens de sa maison initiés à ses mystères, et plaisanta sur la catastrophe qui la menaçait. Mademoiselle Delaunay lui ayant offert les Décades de Machiavel, qui se trouvaient par hasard marquées au chapitre des Conjurations, — « Otez vite cet indice, lui dit -elle en riant, ce serait un des plus forts contre nous. »
Mais si cette nuit d'alarmes se passa gaîment, la scène changea trois ou quatre jours après. Le marquis d'Ancenis reçut ordre d'arrêter la duchesse du Maine à six heures du matin ; la mission était piquante pour lui; il avait soupe tète à tète avec la duchesse dans sa petite maison de la rue