‹ La Conspiration de CellamareChapitre 114 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qu'elle ne raconte pas ? Les j uges qui venaient l'interroger, Le Blanc, d'Argenson, Dubois, quelle appelait Minos, Éaque et Rhadamante , captivés par la grâce de son esprit , se délassaient en l'écoutant de la sévérité de leur ministère, et se surprenaient oubliant auprès d'elle la conspiration pour ne rire que de ses saillies et de ses bons mots (i). Enfin le lieutenant de roi , M. de Maison- Rouge , chargé de la garder , tomba luimême sous le charme, et perdit sa liberté

(i) Dubois dit un jour à mademoiselle Delaunay, que la duchesse du Maine le renvoyait à ses aveux. Elle répondit : « Madame la duchesse du Maine a perdu l'esprit en prison en même teins que son amitié pour moi. Veut-elle que je dise qu'elle est coupable? Je ne dirai pas même qu'elle est innocente.»

2o4 LA BASTILLE.

aux genoux de sa prisonnière. Un soir qu'il avait soupe avec elle , il la pria de chanter;, la fenêtre était ouverte. Elle commença une scène de l'opéra d'Iphigénie. Elle venait d'achever le couplet , lorsque d'une fenêtre voisine , une autre voix fit entendre la réplique d'Oreste : c'était la voix du duc de Richelieu.

Ce brillant étourdi avait entretenu une correspondance coupable avec Albéroni (i). Il s'était engagé à livrer Bayonne aux Espagnols , par la promesse qu'on lui avait faite d'une principauté en Espagne. Cependant

(i) Voir aux pièces justificatives du chapitre X une note officielle sur la correspondance de Richelieu et ses lettres autographes au maréchal Berwick et à Albéroni.

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