CHAPITRE X
an n'avait encore que des soupçons , lorsque, sur la fin du mois de mars, Albéroni chargea un lieutenant des gardes wallones de lui remettre ce billet, écrit de sa main : «Monsieur le duc de Richelieu aura la « bonté d'ajouter foi au porteur du présent, « et pourra s'y fier entièrement sur ce quil « voudra le charger, — Signé , cardinal « Albéroni. » L'officier, par un sentiment d'honneur , crut devoir communiquer ce billet au régent, qui, après en avoir pris connaissance, lui ordonna de le porter à Richelieu, en lui recommandant la plus grande discrétion. Le prince espérait encore que le duc, revenu à des sentimens plus français, lui épargnerait un acte de rigueur; mais loin d'avoir renoncé à ses ambitieuses
espérances, Richelieu protesta à l'officier des gardes wallones de son dévouement à Philippe V, et renouvela l'offre de son épée et de son régiment. Instruit de cette réponse , le régent le fit conduire à la Bastille.
Sa captivité fut mise au rang des calamités publiques par toutes les dames de la cour, et mademoiselle de Valois en pleurs demandasa grâce. « Ma fille , répondit le régent , c'est impossible; si M. de Richelieu avait quatre têtes, j'ai dans ma poche de quoi les lui faire couper, (i) » Mais par égard pour de si hautes sollicitations , on lui accorda un
(1) Allusion aux lettres de Richelieu à Berwick et à Albéroni.