CHAPITRE X
valet de chambre, des livres, un trictrac, une basse , en un mot tout ce qui pouvait adoucir les ennuis de la solitude. Quelque fois aussi sa prison se transformait en boudoir, et les Grâces et l'Amour quittaient mystérieusement les palais (1) pour s'y donner rendez-vous. Un triomphe plus solennel l'attendait encore. Dès que la nouvelle se répandit dans Paris qu'il avait obtenu la permission de prendre l'air sur l'esplanade de la Bastille , la rue Saint-Antoine devint la promenade à la mode; on s'y rendait par ton ou par esprit d'opposition. C'était une file perpétuelle de voitures, d'où sortaient
(i) Mademoiselle de Charolois fit, dit -on, plus d'une visite au jeune prisonnier.
de petites mains blanches agitant des mouchoirs ; c'était un échange amoureux de signaux entre le prisonnier et cette foule d'élégantes qui, pour mieux l'apercevoir et surtout pour en être reconnues, montaient jusque sur le siège de leurs [carrosses ; et le soir, dans les salons, on se demandait avec une tendre curiosité : « Avez -vous vu Richelieu ? » et on daignait à peine saluer la femme qui ne pouvait pas répondre : « J'ai vu Richelieu! »
Une scène d'un caractère plus grave se passait au Palais- Royal. Un de ces misérables qui, pour un peu d'or, trempent leurs écrits dans la boue et dans le poison, s'était mis aux gages de la duchesse du Maine. 11 lui avait offert sa plume