CHAPITRE X
comme Jacques Clément avait offert son poignard à la duchesse de Montpensier , et ramassant partout et à pleines mains les calomnies répandues sur le duc d'Orléans , l'ingrat, à qui ce prince faisait une pension, avait composé contre son bienfaiteur, sous le titre de Philippiques , le plus épouvantable des libelles. Le régent voulut connaître ce livre : Saint-Simon le lui apporta ; «Mais, monsieur, lui dit-il, je prie Votre Altesse de m'excuser si je ne lis pas moimême. — J'aurai ce courage, répondit le prince. » Les premières strophes ne lui firent pas grande impression ; mais arrivé à celle où le poète ( si l'on doit ce nom à un être qui l'a flétri ) prête au duc d'Orléans
le dessein de faire périr le jeune roi, il H. 14
changea de visage , et les larmes aux yeux : « Qui , moi ? s'écria-t-il. Ah ! c'en est trop ; cette horreur est plus forte que moi! Ce livre est d'un monstre ou d'un fou. (i) » Et il sonna , et on amena devant lui un petit homme, gras et lourd, à cheveux plats, à
(i) « Jamais peut-être, dit le cardinal de Beausset, « Louis XIV n'a mieux montré la grandeur de son «caractère que dans les affreux momensoù, seul, « il opposa la conviction de son âme vertueuse aux in- « justes clameurs de la calomnie; il ne changea rien à « son accueil et à sa bonté pour son neveu en pré- « sence de la cour, ni dans l'intérieur de sa société. « Son exemple avertit la cour de se taire, et détrompa « la prévention populaire. La postérité équitable a « confirmé le jugement de Louis XIV. » On pourrait ajouter que c'est Louis XV qui a fait le jugement de la postérité , lorsqu'il a dit : « Ce qui prouve le mieux « l'innocence du duc d'Orléans, c'est que j'existe. »