CHAPITRE XL
sance ! — Et vous aussi \ duc ? — Je ne sais ce que ferait le pays; mais pour moi, je vous le confesse à vous tout seul, moi qui n'ai jamais connu le roi d'Espagne que pour avoir joué aux barres avec lui; moi qui suis à vous dès l'enfance, qui vous aime, qui ai tout à attendre de vous; je vous confesse, dis-je, que si les choses venaient à ce point, je prendrais congé de vous avec larmes ; j'irais trouver le roi d'Espagne, je le tiendrais pour le vrai régent ; et si moi , monsieur , tel que je suis pour vous , je' pense et suis de la sorte, qu'espéreriezvous de tous les autres vrais Français ? — Ce langage et m'étonne et m'afflige. Ainsi , c'est le duc de Saint-Simon , l'homme le
plus exact , le plus scrupuleux , le plus fi- II. i5
dèle à tous ses devoirs qui regarde comme nulles et la bonne foi des traités et la sainteté des sermens ! C'est lui qui me blâme d'avoir fait casser un testament injuste pour me saisir d'une régence qui m'appartenait, qui n'appartient qu'à moi! C'est lui, enfin, c'est mon ami qui trouve tout naturel que l'on conspire contre mon autorité, contre mes jours, contre la dignité de la France , et qui ne veut pas que je venge tant d'injures et tant d'affronts! Je rends justice, comme vous, aux vertus de Philippe V, mais écoute-t-il sa parole, sa justice, sa religion? C'est son ministre seul qu'il écoute, et dans son aveuglement, il autorise de son nom ses coupables manœuvres. Quoi ! pour prix des trésors et du sang