CHAPITRE Xf
que la France a prodigués pour l'Espagne , il a voulu soulever la France contre la France , souffler la guerre civile dans le sein de nos provinces^ faire éclater enfin cette mine qui , selon les expressions de son ambassadeur, devait servir de prélude à l'incendie? Et moi, indigne dépositaire du pouvoir royal et de l'honneur du pays, je subirais tranquillement de pareils outrages? Non, non, monsieur; libre à vous de saluer Philippe V du nom de régent , mais ne croyez pas que beaucoup de Français vous imitent. Toute la France demande vengeance et accuse déjà ma lenteur : la France hait avant tout la domination étrangère, et Philippe V parjure, Philippe V conspirateur n'est plus le petit-fils de Louis XIV ;
pour la France et pour moi , il n'est qu'un étranger et qu'un ennemi. »
La guerre fut déclarée; des deux côtés on publia des manifestes (i), politesses armées où chaque souverain proteste , l'épée à la main, de son amour pour la paix et prend le ciel à témoin de la justice de sa cause. Notre armée des Pyrénées était forte de quarante mille hommes ; on leva vingt-
(i) Dubois fit rédiger le manifeste français par Fontenelle, dont il employait souvent la plume élégante et facile , et dont la reconnaissance allait jusqu'à l'adulation. C'est ainsi qu'en parlant de la nomination de Dubois au cardinalat, Fontenelle disait : « Qu'il avait paru un prélat de tous les États catholiques et un ministre de toutes les cours. »