CHAPITRE VII
depuis le Danube jusqu'au Tage, qui couvrait l'Italie et donnait des lois à un autre monde, fut ramenée dans de justes bornes. En cela, Louis XIV eut une grande pensée lorsqu'il établit Philippe V sur le trône d'Espagne. Mais le traité d'Utrecht n'a été qu'une halte, il n'a fait que suspendre la lutte sanglante élevée par la succession de Charles II; si les deux souverains qui se sont partagé cette royale dépouille ont posé les armes, ils étaient sans cesse à la veille de les reprendre et d'allumer encore une fois une guerre générale en Europe. J'ai dû chercher à prévenir ce nouveau choc ; il fallait déterminer l'empereur à faire pour l'Espagne une renonciation non moins solennelle que celle de Philippe V: l'empereur y con-
sent; l'Angleterre nous prête son appui, la Hollande reste fidèle aux engagemens de la triple alliance, et j'avais lieu d'espérer l'adhésion de Sa Majesté Catholique. J'ai tout tenté pour éclairer sa religion trompée par son ministre; j'ai envoyé tour à tour à Madrid et le marquis de Louville, et le duc de Saint-Aignan, et le marquis de Nancré : mais vous connaissez l'insolente réponse d'Albéroni (i) : c'est lui, c'est ce prêtre ambitieux qui immole les intérêts de son maître à son extravagance ; il viole les traités ,
(i) « Nous avons tout fait pour remettre le régent dans le chemin de la justice , et Dieu sait ma peine à contenir la juste indignation du roi d'Espagne. Je suis las de parler modération : LL. MM. CC. commencent à s'ennuyer de cette chanson.»