‹ La Conspiration de CellamareChapitre 156 sur 166 · TTRE DU ROI D ESPAGNE AUX PARLEMENS DE FRANCE · texte numérisé non relu

TTRE DU ROI D ESPAGNE AUX PARLEMENS DE FRANCE

« Très-chers et bien -aimez, etc. La nécessité « présente des affaires nous ayant obligé d'écrire « au roi très-chrétien , nôtre très-cher frère et « neveu, nous avons crû devoir en même tems « vous envoyer copie de la lettre que nous lui « avons adressée. Comme elle n'a pour objet que « le bien public, nous vous connoissons assez « pour être persuadé que le grand motif qui a « été toujours l'âme de vos actions vous déter- « minera à concourir avec nous dans le dessein « que nous avons de remédier aux désordres « présens, et d'en prévenir, s'il se peut, encore « de plus funestes. Vous verrez dans nôtre let- « tre la juste douleur dont nous sommes saisi « dans la seule idée d'une division prochaine « entre deux rois si étroitement liez par le sang,

« entre deux peuples que la sagesse et les con- « seils du roi nôtre ayeul sembloient avoir unis « pour jamais.

« Vous êtes trop éclairez pour ne pas voir les « suites malheureuses de nôtre division, et pour « ne pas sentir que le traité de la quadruple al- « liance est directement contraire aux intérêts « du roi nôtre très-cher frère et neveu, et à ceux « de tous nos sujets.

«. On veut que la noblesse françoise prenne « les armes pour attaquer un roi qu'elle a main- « tenu sur le trône, après Dieu, souverain ar- « bitre des couronnes. On veut épuiser les peu- « pies, pour fournir aux frais dune guerre, qui « n'a d'autre but que de traverser nos justes « entreprises, pour nous contraindre à sacrifier « tous nos droits , pour augmenter la puissance « de l'ancien ennemi de nôtre Maison , et de « nous forcer à lui céder pour jamais la Sicile, « d'où s'ensuivroit absolument la perte de votre « considération dans la Méditerranée.

« Enfin, nos très-chers et bien aimez, vous « voyez aussi bien que nous les autres consé- « quences encore plus dangereuses de ce traité. « C'est ce qui nous fait espérer, que vous « employerez tous vos soins, pour obtenir du « roi votre souverain le seul remède à tant de

« maux : e est l'assemblée des états-généraux, « qui certainement ne furent jamais si néces- « saires à la France qu'ils le sont aujourd'hui, «c Nous nous adressons à vous pour procurer sa « conservation , préférant, cette voix paisible et « tranquille à toutes les autres auxquelles nous « serions obligé de recourir, si l'autorité du ré- « gent nous faisoit refuser cette justice.

« Souvenez-vous donc en cette occasion que « vous êtes cet illustre parlement que les rois « ont pris plusieurs fois pour arbitre, qui n'a « jamais rien appréhendé, quand il a fallu tra- «■ vailler pour l'Etat, et qui donne tous les jours « des marques d'une fermeté si digne de sa ré- « putation. Nous attendons tout de votre équité « naturelle et du zèle que vous avez pour votre « patrie. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, « très-ehers et bien aimez, en sa sainte et digne « garde. Donné au monastère royal de Saiut- « Laurent, le quatre septembre 1718.

« Signé Philippe. »

PIECES JUSTIFICATIVES. MJ,

pretendue requete des etats a s. m. c,

« Sire ,

« Tous les ordres du royaume- de -France vien- « nent se jeter aux pieds de Vôtre Majesté pour « implorer son secours dans l'état où les réduit « le gouvernement présent : elle n'ignore pas « leurs malheurs, mais elle ne les connoît pa? « encore dans toute leur étendue.

« Le respect qu'ils ont pour l'autorité royale « dans quelque main qu'elle se trouve et de « quelque manière qu'on en use, ne leur permet « pas d'envisager d'autre moyen d'en sortir que « par les secours qu ils ont droit d'attendre des « bontez de Vôtre Majesté.

« Cette couronne est le patrimoine de vos <« pères; celui qui la porte tient à vous, Sire, « par les liens les plus forts ; la nation regarde « toujours Vôtre Majesté comme l'héritier pré- « somptif.

« Dans cette vue, elle se flatte de trouver dans « vôtre cœur les mêmes sentimens qu'elle auroit « trouvez dans le cœur de feu Monseigneur,

'aq6 pièces justificatives.

« qu'elle pleure encore tous les jours. Dans cette « vue elle vient exposer à vos yeux tous ses « malheurs et implorer vôtre assistance. La reli- « gion a toujours été le plus ferme appui des « monarchies. Vôtre Majesté n'ignore pas le zèle « de Loùis-le-Grand pour la conserver dans « toute sa pureté : il semble que le premier soin * du duc d'Orléans ait été de se faire hon- « neur de l'irréligion. Cette irréligion l'a plongé « dans des excez de licence , dont les siècles les « plus corrompus n'ont point eu d'exemple, et « qui, en lui attirant le mépris et l'indignation « des peuples, nous fait craindre à tout moment « pour le royaume les châtimens les plus terri- « blés de la vengeance divine, Ce premier pas « semble avoir jeté, comme une juste punition, « l'esprit d'aveuglement sur toute sa conduite : « on forme des traitez ; on achète des alliances « avec les ennemis de la religion , avec les en- «. nemis de Votre Majesté.

« Les enfans qui commencent à ouvrir les « yeux, en pénètrent le motif; il n'en est point « qui ne voie, que l'on sacrifie le véritable in- « térêt de la nation à une espérance que l'on ne « peut supposer sans crime, et qu'on ne peut « envisager sans horreur ! C'est cependant cette « cruelle supposition, qui est l'âme de tous les

« conseils, et le premier mobile de ces funestes « traitez. C'est là ce qui dicte ces arrêts qui ren- « versent toutes les fortunes; c'est là l'idole à la- « quelle l'on sacrifie le repos de l'Etat. A la lettre , « Sire, on ne paie plus que le seul prest des « soldats , et les rentes sur la ville, pour des « raisons qu'il est aisé de pénétrer. Mais pour les « appointemens des officiers, de quelque ordre « qu'ils soient, pour les pensions, acquises au « prix du sang, il n'en est plus question.

« Le public n'a ressenti aucun fruit, ni de « l'augmentation des monnoies, ni de la taxe « des gens d'affaires. On exige cependant les « mêmes tributs que le feu roi a exigez pendant « le fort des plus longues guerres. Mais dans le « tems que le roi tiroit dune main , il répandoit « de l'autre, et cette circulation faisoit subsister « les grands et les peuples.

« Aujourd'hui les étrangers, qui savent flatter « la passion dominante, consument tout le pa- « trimoine de nos enfans.

« L'unique compagnie du royaume qui ait la « liberté de parler, a porté ses remontrances « respectueuses au pied du trône. Cette compa- «gnie,à laquelle on a reconnu le pouvoir de « décerner la régence, à qui l'on s'est adressé « pour la recevoir, avec laquelle on a stipulé en

« la recevant de ses mains, à laquelle on a pro- « mis publiquement et avec serment que Ion « ne vouloit être maître que des seules grâces, « et que pour la résolution des affaires, elle se- « roit prise à la pluralité des voix dans les conseils «de régence, non -seulement on ne l'écoute « pas dans ses plus sages remontrances, mais « on exclut des conseils les sujets les plus dignes « d'abord qu'ils représentent la vérité; non-seulement on ne l'écoute pas, mais la pudeur « empêche de répéter à Votre Majesté les termes « également honteux et injurieux, dans lesquels « on a répondu, lorsqu'on a parlé aux gens du «■ roi en particulier. Les registres du parlement « eh feront loi jusqu'à la postérité la plus reculée.

«. Les Etats de Bretagne, légitimement convo- « quez, ont demandé qu'il leur fût permis de « faire rendre compte à un trésorier très-sus- « pect, afin de mettre ordre à l'administration « de leurs finances. On leur en a fait un crime « d'Etat, on a fait marcher des troupes comme « on les fait marcher contre des rebelles.

« Enfin, Sire, on ne connoît plus de loix. Ces <i édits qui consacrent encore aujourd'hui la « mémoire des rois vos aïeuls, ces édits rendus « avec tant de sagesse pour conserver la sainteté « des mariages, et l'état de toutes les familles ,

« on s'en joue ; une lettre de cachet les ren- « verse. Quelles suites une telle conduite ne « fait-elle pas envisager? que ne fait-elle pas « craindre? Nous ne nous flatterons pas vaine- « ment, Sire, en nous persuadant que nous en- « tendrons de vôtre bouche ces paroles de con- « solation : Je sens vos maux, mais quel remède « y puis-je apporter?

« Il est entre les mains de Votre Majesté. Quoi-

« que revêtu d'une couronne, elle n'en est pas

« moins Fils de France, et ses droits sont encore

« mieux établis par le respect et l'attachement

« des peuples, qu'ils ne le sont par la loi du sang.

« Comme oncle du roi pupille, qui peut dispu-

« ter à Vôtre Majesté le pouvoir de convoquer

« les Etats, pour aviser aux moyens de rétablir

« l'ordre, la tutelle et la régence? N'appartenoit-

« elle pas de droit à Votre Majesté? Il n'est pas

« sans exemple qu'un prince étranger ait été

« tuteur d'un roi pupille. Sans sortir hors de chez

« nous, Baudouin, comte de Flandre, na-t-il

« pas eu l'administration du royaume de France,

« et la tutelle de Philippe premier, fils de Henri

« premier? Votre Majesté n'auroit pas manqué

« de raisons, si elle avoit voulu attaquer la pré-

« tention du duc d'Orléans ; aussi toute la France

a-t-elle senti que Vôtre Majesté , loin de con-

3ûO PIÈCES JUSTIFICATIVES.

« sulter ses droits, n'a envisagé que le repos de « l'Etat, dans la confiance d'une sage adminis- « tration, et toute la France a reconnu dans « cette conduite le cœur d'un véritable père.

« Vôtre Majesté peut s'assurer de son côté, « que tous les cœurs voleroient au-devant d'elle, « quand elle paroîtroit avec sa seule maison. « Elle peut compter qu'il n'y a point de citoyen « qui ne lui servît de garde. Mais, quand on « supposera que, pour plus grande sûreté, elle « paroîtroit à la tête d'une armée de dix mille « hommes , quand on supposera que le duc « d'Orléans paroîtroit à la tête d'une armée de « 60 mille hommes, Vôtre Majesté peut s'assurer «< que cette armée, sur laquelle il auroit compté, « et qui ne servira qu'à le séduire, sera la pre- « mière à prendre vos ordres.

« S il n'y a pas un officier qui ne gémisse , il « n'y a pas un soldat qui ne sente l'iniquité et la « perversité du gouvernement, il n'y en a pas un « qui ne vous regardât comme son libérateur. « Tous s'empresseroient d'aller reconnoître, d'al- « 1er admirer en vous le fils de ce prince si cher, « qui règne toujours dans les cœurs. Que pou- « vez-vous jamais craindre, ou du peuple, ou de « la noblesse, quand vous viendrez mettre leur « fortune en sûreté. Vôtre armée est donc toute

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3oï

« portée en France , et Vôtre Majesté peut s'aS- « surer d'y être aussi puissant que fut jamais « Louis XIV. Vous aurez la consolation de vous « voir accepter dune commune voix pour ad^ « ministrateur et régent, tel que vôtre sagesse « jugera plus convenable, ou de voir rétablir « avec honneur le testament du feu roi vôtre « auguste aïeul.

«Par là, vous verrez, Sire, cette union, si « nécessaire aux deux couronnes, se rétablir « d'une manière qui les rendroit l'une et l'autre « inébranlables à leurs ennemis. Par là, vous « rétablirez le repos d'un peuple, qui vous re- « garde comme son père, et qui ne peut vous « être indifférent. Par là, vous préviendrez les « malheurs qu'on n'ose seulement envisager, et « que l'on nous force de prévoir. Quels repro- « ches Vôtre Majesté ne se feroit-elle pas à elle- « même, si ce que nous avons tant de sujet de « craindre venoit à arriver ?

« Quelles larmes ne verseroit-elle pas , pour « n'avoir point répondu aux vœux de la nation , « qui se jette à ses pieds, et qui implore son se- « cours? Nous souhaitons nous tromper, mais « l'on nous force à craindre. Du moins nos crain- « tes prouvent nôtre zèle pour un roi qui nous «■ est cher.

3o2 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

« Si Votre Majesté, dont nous reconnoissons les vues très-supérieures, ne trouve pas à propos de répondre à nos vœux , au moins pourroit-elle se servir de nôtre requête pour rappeler à lui-même, et pour faire rentrer dans c les véritables intérêts de la France un prince qui se laisse aveugler, quoique l'on soit forcé « de vous représenter que l'on ne peut s'en rien « promettre.

« Le ministre de Votre Majesté dans cette « cour, peut l'assurer que l'on n'avance rien ici « qu'il n'ait lu dans tous les cœurs. Ainsi, Votre « Majesté n'a rien à craindre dune nation qui « lui est toute dévoilée , et doit tout se promet- « tre de la noblesse francoise. »

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