‹ La Conspiration de CellamareChapitre 157 sur 166 · EXTRAIT D'UN PLAN DES CONJURES, ENVOYE PAR CELLAMARE A ALRERONI · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UN PLAN DES CONJURES, ENVOYE PAR CELLAMARE A ALRERONI

Rien n'est plus important que de s'assurer des places voisines des Pyrénées et des seigneurs qui font leur résidence dans ces cantons.

Gagner la garnison de Bayonne ou s'en rendre maître.

Le marquis de P.... est gouverneur de D.... on connoît les intentions de ce seigneur. Quand il sera décidé , il doit tripler sa dépense pour attirer la noblesse ; il doit répandre des gratifications.

En Normandie, Carantan est un poste important. Se conduire avec le gouverneur de cette ville comme avec le marquis de P.... Aller plus loin, assurer à ces officiers les récompenses qui leur conviennent.

Agir de même dans toutes les provinces autant qu'il sera prudent et possible.

Pour fournir à cette dépense, on doit compter au moins sur 3oo,ooo livres le premier mois,

et dans la suite sur 100,000 livres par mois, payées exactement.

Cette dépense, qui cessera à la paix , met le roi catholique à même d'agir sûrement en cas de guerre.

L'Espagne ne sera qu'un auxiliaire. L'armée de Philippe V est en France. Une tête d'environ dix mille Espagnols est plus que suffisante avec la présence du roi.

Mais il faut compter d'enlever au moins la moitié de l'armée du duc d Orléans. C'est ici le point décisif. Cela ne peut s'exécuter sans argent : une gratification de 100,000 livres est nécessaire par bataillon et par escadron. Ensuite la solde ordinaire et des récompenses aux commandans.

Vingt bataillons, c'est deux millions; avec cette somme, on forme une armée sûre; on détruit celle de l'ennemi.

Si l'on n'envoie que des troupes étrangères, ne pas se commettre à l'événement d'un combat. Disputer le terrain pied à pied, pour attendre le mouvement des provinces , pour leur donner le tems de se déclarer.

11 est presque certain que les sujets les plus dévoués auroi d Espagne ne seront pas employés flans l'armée qui marchera contre lui. Qu'ils se

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 3.o5

dispersent dans les provinces. Là ils agiront utilement. Les revêtir d'un caractère, s'ils n'en ont pas. Dans ce but, il est nécessaire que Sa Majesté Catholique envoie des ordres en blanc que son ministre à Paris puisse remplir. Ainsi on établira des officiers, tant commandans que subalternes.

Attendu la multiplicité des ordres à donner, il convient que l'ambassadeur ait pouvoir de signer pour le roi d'Espagne.

Il convient encore que Sa Majesté Catholique signe ses ordres comme fils de France et neveu du roi de France : c'est là son titre.

Les officiers doivent être choisis par le ministre de Sa Majesté Catholique de concert avec les chefs.

Faire un fonds pour une armée de 3o,ooo hommes, que Sa Majesté Catholique trouvera formée, aguerrie et disciplinée.

Ce fonds arrivé en France au mois de mars, doit être distribué immédiatement dans les capitales des provinces telles que Nantes, Bayonne.

Ne pas laisser sortir d'Espagne l'ambassadeur de France. Sa personne répondra de la sûreté de ceux qui se déclareront.

( Archives des affaires étrangères. )

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