II. aa
dru pie alliance. Il est bon de remarquer ici que cela se passa long-terns auparavant que M. le duc d'Orléans eût signé lui-même ce traité, que Ton disoit alors qu'il ne le signeroit pas, et que l'on croyoit même qu'il étoit question d'un autre projet.
Il est aisé de voir la vérité de ce que je dis , puisque toutes ces réflexions n'étoient que pour engager le roi d'Espagne à se lier avec la France et la Sicile, ce qui auroit été entièrement hors de propos, si la France avoit pour lors signé la quadruple alliance, et si la Sicile eût été attaquée. On ne savoit pas alors de quel côté tourneroit la flotte d'Espagne; du moins l'ambassadeur me dit qu'il lignoroit. L'écrit dont je viens de parler n'étoit ni un libelle , ni un de ces écrits qui se font pour être répandus dans le monde. Je demandai même qu'on priât le roi d'Espagne de n'en faire aucun usage public; ce qui , je crois , a été observé.
Quelque tems après , l'ambassadeur témoigna à M. de Pompadour qu'il seroit bien aise de me revoir. Je lui donnai un deuxième rendez-vous à l'Arsenal, où il se rendit avec M. de Pompadour et M. de Laval.
Le traité de la quadruple alliance venoit d'être signé par la France; l'ambassadeur d Espagne
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 33o,
me dit que le roi son maître étoit plus résolu que jamais de ne le point signer, qu'il avoit fort goûté mon mémoire, et qu'il avoit fait tout ce qui lui avoit été possible pour se lier avec la France, ainsi que je le proposois; mais que les arrangemens que M. le régent avoit pris avec l'empereur et l'Angleterre avoientété un obstacle invincible à ce point. 11 me dit aussi que le roi d'Espagne étoit résolu de ne point faire la guerre à la France, et de mettre tout en usage pour l'éviter.
Toutes ces réflexions, qui furent faites dans cette conversation , tendirent à convenir que le roi d'Espagne devoit manifester ses intentions par quelques écrits qui se répandirent dans le royaume.
L'ambassadeur nous dit quee'étoit l'intention du roi d'Espagne , et qu'en attendant il lui avoit ordonné de dire à tous les François qu'il regardoit toujours l'honneur de la France comme le sien propre, et qu'il verseroit jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le soutenir, et qu'il eroyoit que l'intérêt de sa patrie étoit aussi blessé que le sien propre dans le traité qu'on vouloit l'engager de signer. Voilà à peu près ce que contenoit un extrait dune lettre qu'il me lut, qu'il venoit de recevoir d'Espagne.
Au bout de quelques jours, M. de Pompa-
34o PIÈCES JUSTIFICATIVES.
dour m'apporta à l'Arsenal un mémoire qu'il avoit fait, qui, autant que je m'en puis souvenir, contenoit un récit de tout ce qui se passoit dans le gouvernement présent, et plusieurs réflexions sur l'intérêt que le roi d'Espagne avoit de faire promptement quelques démarches du côté de la France. Je trouvai ce mémoire trèsmal écrit ; mais je n'osai le dire à M. de Pompadour; je lui proposai seulement quelques changemens , ce qu'il fit tant bien que mal.
Je ne me remets pas si ce mémoire a été envoyé ou non; ce que je puis dire, c'est que, voyant M. de Pompadour en train de faire de mauvais écrits , je fus assez malheureuse de me laisser aller au conseil qui me fut donné par M. de Laval , d'employer tout le crédit que j'avois sur d'autres personnages pour les engager à m'aidera faire les autres écrits dont je vais parler.
Nous étions tombés d'accord en raisonnant , M. de Pompadour, M. de Laval et moi , que l'on enverroit au roi d'Espagne, qui étoit résolu de faire un manifeste , un projet pour cela , et aussi celui d'une lettre pour le roi , et une pour le parlement. Javois caché pendant assez longtems au cardinal de Polignac et à Malézieux mes liaisons avec l'ambassadeur, et tout ce qui regardoit l'Espagne ; je leur avois dit seulement
que tout mon commerce avec M. de Laval ne regardoit uniquement que les affaires des rangs des princes légitimés , et jamais ni l'un ni l'autre n'avoient été témoins de mes conversations avec M. de Laval sur ces matières; mais , me voyant en commerce avec M. de Pompadour, ils se doutèrent qu'il s'agissoit d'autres choses, et ils me questionnèrent là-dessus.
Je leur avouai que j'avois fait quelques démarches auprès de l'ambassadeur, pour m'assurer la protection du roi d'Espagne, sans leur dire entièrement le détail de ce que j'avois fait. Je dois dire ici , pour rendre témoignage à la vérité, et je le jure devant Dieu, qu'ils me firent toutes les représentations et même les reproches que la prudence et la probité peuvent suggérer, et que j'aurois évité tous les malheurs qui me sont arrivés si j'avois suivi leurs conseils. J'étois donc très-embarrassée de la proposition que j'avois à leur faire, de m'aider à travailler aux écrits qui avoient été projetés entre MM. de Pompadour, Laval et moi.
Enfin je me déterminai à leur en parler. Le cardinal de Polignac me refusa tout net,etMalézieux me refusa aussi. Mais l'autorité que j'avois sur lui me détermina à continuer mes instances. Cela dura pendant trois jours , sans que Malé-
zieux se voulût rendre. À la fin je lui ordonnai si fortement qu'il ne put se dispenser de m'obéir. Il fit deux malheureux brouillons des lettres pour le roi et pour le parlement dont je lui dis à peu près la substance. Après qu'ils furent faits, il me les laissa, me recommandant fort de n'en faire aucun usage. Je les fis voir le même jour au cardinal de Polignac, et je lui dis que je le priois de changer quelques termes dans une de ces deux lettres, ce qu'il m'accorda enfin par un excès de complaisance, après m'avoir fait les représentations les plus sages et les plus sensées.
A l'égard du projet de manifeste , ni le cardinal de Polignac ni Malézieux n'y voulurent travailler. Je pris moi-même la plume en leur présence , et l'écrivis de ma main. Je les forçai seulement à me donner avis sur quelques phrases que j'avois de la peine à tourner. J'envoyai ensuite chercher M. de Laval ? qui copia de sa main ces trois écrits et les porta à M. de Pompadour, qui devoitles remettre à l'ambassadeur d'Espagne.
Au reste, le projet de manifeste dont je viens de parler n'est aucun de tous ceux qui ont été trouvés dansles paquets queportoit l'abbé Porto- Carero; et ce ne peut être non plus celui qui a paru dans le public, imprimé avec les lettres du roi et du parlement. Je n'ai point vu ce dernier ,
mais par ce qui m'en est revenu, je juge qu'il est impossible que ce soit la même chose.
L'ambassadeur d'Espagne envoya ces premiers écrits par un courrier extraordinaire, et c'est le manifeste dont il parle dans une de ses lettres qui ont été surprises, où, parlant des nouveaux manifestes qu'il envoyoit, il dit : « J'avertis Vo- « tre Eminence qu'à cause des changemens qui « sont arrivés on a jugé à propos de s'éloigner de « celle que j'ai envoyée (c'est-à-dire la minute) « par un exprès, datée du Ier août. »
Il paroît clairement, par cette date, que l'on n'a pu faire usage de ce premier manifeste, qui non-seulement avoit précédé la déclaration de guerre de la France, mais même la descente de la flotte d'Espagne en Sicile, d'autant plus qu'il étoit supposé, dans ce premier manifeste, que le roi d'Espagne et le roi de Sicile étoient d'accord. Peu 'de tems après que ces écrits furent partis, l'affaire du lit de justice arriva, et ce fut alors que le cardinal de Polignac et Malézieux me représentèrent, plus fortement que jamais, que je devois cesser totalement de me mêler d'aucune affaire, et surtout que je devois renoncer au commerce de MM. de Pompadour et de Laval. Depuis ce tems, je leur ai caché avec grand soin la continuation de mon corn-
nierce avec ces messieurs. Ni l'un ni l'autre n'ont jamais reçu aucun écrit de MM. de Laval et Pompadour, sans aucune exception, et ne se sont trouvés à aucune de nos conversations, ni avant, ni après le lit de justice.
Je fus très long-tems sans revoir MM. de Lavalet Pompadour depuis cet événement; cependant je sus que M. de Laval se plaignoit que ma maison lui étoit interdite. Je lui fis dire qu'il pouvoit y venir une après -dînée; mais il ne fit qu'une visite de demi-heure , qui est l'unique fois que je l'ai vu à Sceaux depuis le lit de justice.
J'allai à Paris après la Sainte-Martin, où M. de Pompadour demanda à me voir, ce que je lui refusai pendant long-tems. Enfin il me fit dire qu'il avoit quelque chose d'important à me communiquer. Je lui mandai de venir un matin sur les onze heures. Il y vint. Il me dit que l'affaire qu'il avoit à moi étoit de me montrer deux écrits qu'il avoit faits nouvellement. Il me les lut tête à tête. Ces deux mémoires étoient extrêmement longs. L'un contenoit un nouveau projet de manifeste pour le roi d'Espagne, absolument différent de celui que j'avois fait, et dont j'ai parlé ci-dessus. L'autre écrit contenoit une espèce de censure du gouvernement, et plusieurs propositions que l'on faisoit au roi d'Espagne pour
agir du côté de la France. Il me seroit impossible d'en dire d'autres détails, parce que je n'ai vu ces deux écrits que cette unique fois. Ils n'ont pas été un moment entre mes mains. M. de Pompadour me les lut lui-même et les remit tout de suite dans sa poche. Je ne fis pas la moindre correction et ne donnai aucun consei* à M. de Pompadour. Je lui dis uniquement que j'étois fâchée qu'il eût fait mention du lit de justice dans l'un de ces écrits, parce que cela feroit croire que j'y avois quelque part. Il me répondit qu'il avoit cité ce fait historiquement, à la suite de plusieurs autres. Je n'avois pas prié M. de Pompadour de faire ces écrits; j'ignorois qu'il y travaillât. Outre l'expérience que j'avois faite de son style, qui ne me donnoit pas envie d'en faire usage , on m'a voit si fort recommandé de ne plus me mêler de ces sortes d'affaires que j'étois très-éloignée d'exciter personne à faire des mémoires. M. de Pompadour me dit qu'il comptoit d'envoyer ces écrits par une personne qui partoit incessamment pour aller en Espagne, et me nomma l'abbé Porto-Carrero que je n'ai jamais vu, et dont je n'avois jamais ouï parler. Je lui représentai autant qu'il me fut possible le danger qu'il y avoit à risquer une pareille chose. Il me répondit qu'il étoit sûr de son
fait, et que c'étoit son affaire. Il me quitia ensuite, et je ne l'ai pas revu depuis.
Quelques jours après, M. de Laval, qui n'osoit venir chez moi, m'envoya un mémoire de sa façon, et me manda , en me l'envoyant, qu'il étoit porté par l'abbé Porto-Carrero. Voilà ce qui m'apprit son départ. Il me seroit très-impossible d'expliquer ce mémoire de M. de Laval, quoique je l'aie entre mes mains, parce que je n'ai de ma vie vu un plus parfait galimatias tant pour les choses que pour le style. Je crois que je n'aurois pu mempêcher de le témoigner à M. de Laval, s'il me l'eût apporté lui-même. On voit bien que je n'ai pas eu plus de part à cet ouvrage qu'à ceux de M. de Pompadour, puisque la copie ne m'en fut envoyée que deux jours après que l'original fut parti. Tout ce que j'ai pu comprendre, c'est qu'il contenoit quelques détails de ce qui se passoit dans le gouvernement et quelque projet pour le roi d'Espagne. Je n'avois pas chargé M. de Laval de faire aucun écrit, et je n'avois pas meilleure opinion de sa plume que de celle de M. de Pompadour. Je lui renvoyai son mémoire sans lui dire la moindre chose. Voilà, dans l'exacte vérité, tout ce qui m'est connu de ce qui a été envoyé par l'abbé Porto-Carrero.
On ne ma jamais parlé d'aucun autre écrit, et je n'en ai pas la moindre connoissance. L'ambassadeur d'Espagne fait mention, dans une de ses lettres, de deux minutes de manifeste, et je n'en ai vu qu'une, qui est celle du manifeste de M. de Ponipadour. La lettre de l'ambassadeur fait encore mention d'un écrit qui contient un abrégé de différentes choses arrivées dans le teins d autres minorités. Je ne l'ai ni vu, ni n'en ai entendu parler. Elle fait, outre cela, mention d'un autre écrit dans lequel il dit, « qu'on fait paroître la force et le prix des deux différentes minutes de manifeste. » Je n'en ai jamais entendu parler, et n'en ai nulle espèce de connoissance. J'ai relu bien exactement les deux lettres imprimées de l'ambassadeur , afin de me mettre au fait de toutes choses et d'en pouvoir parler positivement.
On voit par là qu'on a fait plusieurs manèges sans ma participation. Quant à la liste quelambassadeur mande qu'il envoie, je jure devant Dieu que non seulement je n'en ai jamais ouï parler que dans l'imprimé qui contient les lettres de l'ambassadeur , mais que ni M. de Laval ni M. de Pompadour ne m'avoient jamais dit que personne eût offert ses services au roi d Espagne, et je fus très surprise lorsque je vis qu'il
envoyoit une liste de gens qui s'étoient offerts à lui pour entrer dans le service du roi d'Espagne.
A l'égard du comte Dédi , je n'ai appris qu'il étoit en commerce avec l'ambassadeur que par la suite. Je crois l'avoir vu deux fois en ma vie : l'une, au milieu de trente personnes qui étoient chez moi un soir dans les Tuileries. J'étois occupée au jeu , et ne lui adressai pas la parole. L'autre a été à Sceaux, après le lit de justice, où il vint avec plusieurs personnes. Il demeura environ un quart d'heure dans ma chambre. Je ne lui parlai pas, et Von m'a même dit qu'il s'étoit plaint de ce que je ne lui avois fait aucune honnêteté.
Pour M. de Saint-Geniez , quoique j'eusse pu savoir son nom, je ne l'ai cependant ouï nommer que lorsqu'on me dit qu'il étoit en prison. Je dirai la même chose de M. de Mesnil. Je pense qu'on croira facilement que je n'ai pas admis M. de Magny dans ma confidence, et passé les visites des ambassadeurs, je ne l'ai jamais fréquenté , et j'ai été aussi surprise que le public, lorsque je l'ai ouï nommer à l'occasion de l'affaire dont il s'agit.
A l'égard de quelques autres personnes que l'on mit en prison pendant que j'étois encore à
Paris, leurs noms me sont aussi inconnus que leurs personnes; et si on en doute, il me sera facile de prouver que je ne les ai jamais vues ni connues ; je ne sais si MM. de Laval et Pompadour en ont su plus que moi là-dessus ; mais je jure qu'ils ne m'en ont donné aucune connoissance, et je les crois trop honnêtes gens pour dire le contraire.
Je crois que je dois présentement expliquer la manière dont j'ai connu l'abbé Brigault, et l'espèce de liaison que j'ai eue avec lui. Quelque tems après que le livre de Fitz-Moritz fut répandu dans le monde, M. dePompadour, avec lequel je commençois à être en commerce , me vint voir une après-dînée , et me dit qu'il m'apportoit un ouvrage qui commençoit à se débiter dans le public, que c'était une réponse au livre de Fitz-Moritz, et qu'il m'en alloit faire la lecture; il me la fit en effet; je lui demandai quel en étoit l'auteur. Après avoir fait quelques difficultés de me le dire, il me nomma l'abbé Brigault, que je n'avois jamais ni vu ni ouï nommer auparavant, Je ne fis pas une grande attention à cet ouvrage, qui ne me paroît pas aussi bon à beaucoup près que M. de Pompadour me l'avoit annoncé. Je ne fus pas tentée d'y faire la moindre correction , loin d'y avoir travaillé ou fait
travailler, comme on l'a cru dans le monde pendant quelque tems.
Jetais tête à tête avec M. de Pompadour quand il m'en fit la lecture, et depuis je n'ai pas lu cet ouvrage avec aucune des personnes que l'on a accusées de l'avoir composé. J'appris dans le même tems que cet ouvrage couroit dans le public; il me fut même montré par plusieurs personnes qui l'avoient dans leurs poches.
Je fus très-affligée et très-surprise d'entendre dire, dans le monde, que l'on m'accusoit d'avoir fait composer cet ouvrage chez moi , et que le cardinal de Polignac et Malézieux en étoient les auteurs. Ni l'un ni l'autre n'avoient lu le livre de Fitz-Moritz, et jamais nous n'avions eu, ni les uns ni les autres, la moindre tentation de faire une réponse. Nous nous en justifiâmes le mieux qu'il nous fut possible; mais cependant je ne crus pas devoir nommer l'auteur, ni révéler le secret qui m'avoit été confié.
Au bout de quelque tems, M. de Pompadour vint me revoir, et me dit qu'il m'apportoit un second ouvrage du même auteur, qu'il me lut lui-même comme il avoit fait du premier. Je ne me souviens pas en termes précis du titre. Mais cet écrit étoit une requête <\i> la nation
francoise au roi d'Espagne, dans laquelle la nation faisoit plusieurs plaintes du gouvernement présent, et sollicitoit le roi d'Espagne de la secourir. Cet ouvrage me fut lu tête à tête comme le premier. Je n'y fis ni remarque ni correction • «t loin qu'il ait été fait par mon ordre, je dis à M. de Pompadour qu'il falloit bien se garder de faire courir cet écrit, qui ne pouvoit produire que de très méchans effets, et j'ai empêché qu'on ne le répandît dans le public. Non contente d'avoir fait cette représentation à M. de Pompadour, j'exigeai de lui qu'il tireroit parole de l'ambassadeur d'Espagne de ne le point répandre dans le monde.
Le cardinal de Polignac et Malézieux n'ont jamais vu cet écrit; ils n'en ont jamais entendu parler. Je ne l'ai jamais eu entre mes mains, et M. de Pompadour le remit dans sa poche après me l'avoir lu. Ce sont des faits dont il ne peut disconvenir; je n'ai su que cet écrit avoit été envoyé en Espagne que par la lettre imprimée de l'ambassadeur, qui fait mention d'un écrit qu'il a envoyé , qui contient les instances de la nation francoise , ce qui m'a persuadée qu'il falloit que ce fût cet ouvrage.
Toutes ces choses se sont passées avant que j'eusse jamais vu l'abbé Brigault. Quelque teins
35l PIÈCES JUSTIFICATIVES.
après que M. de Pompadour m'eut fait voir les ouvrages dont je viens déparier, il médit beaucoup de bien de cet homme, et me pria de lui permettre de l'amener chez moi ; j'y consentis. Cette visite se passa entre nous trois , et dura environ une demi-heure. Je lui parlai des deux ouvrages qu'il avoit composés, qui sont la réponse à Fitz-Moritz , et la requête des états-généraux; après quoi on raisonna sur les affaires d'Espagne. M. de Pompadour me dit que jepouvois prendre une pleine confiance dans l'abbé Brigault, et m'engagea à lui lire les minutes des lettres au roi et au parlement, et du projet de manifeste dont j'ai déjà parlé. Voilà la seule et unique fois que j'aie vu l'abbé Brigault, qui depuis cette visite n'a pas mis le pied chez moi, et je ne l'ai vu en aucun autre lieu ; mais j'ai su par M. de Pompadour qu'il étoit très souvent chez l'ambassadeur d'Espagne.
J'oubliois de citer un écrit de trois ou quatre pages que j'ai fait , et qui contenoit le récit de plusieurs conversations que j'avois eues avec MM. de Pompadour et de Laval sur les démarches que le roi d'Espagne pourroit faire en cas que la guerre se déclarât; comme de dire par un écrit les raisons qui lempêchoient d'accepter le traité, de déclarer ses prétentions sur la
France, et de demander au roi l'assemblée des états généraux, selon les différens événemens. Je remis cet écrit à M. de Pompadour. Je ne crois pas qu'il ait été envoyé, car il a été fait depuis le grand mémoire dont j'ai parlé, qui contenoit plusieurs projets qui n'étoient pas dans le petit écrit que je viens de citer. Voilà la pure vérité de tout ce que je sais sur les différens écrits qui ont été composés. J'ai tâché de l'expliquer tout le plus nettement qu'il m'a été possible.
Il faut parler maintenant de ce qui regarde les provinces. J'ai déjà dit tout ce que je sais du premier voyage de M. de Laval, qui n'avoit aucun rapport à l'Espagne. J'ai vu de tems en tems quelques écrits de sa façon , dont il m'est impossible de faire le détail. Il me souvient qu'ils ne contenoient rien qui regardât l'Espagne. C'étaient quelques espèces de critiques sur le gouvernement présent, qui pouvoient aliéner les esprits, et des réflexions sur le parti qu'on auroit à prendre en cas d'événement. Il a donné de ses écrits à quelques-uns de ses amis, pour les porter dans les provinces.
J'ai su que M. de Laval a fait un second voyage dans les provinces depuis le lit de justice. Je l'ai absolument ignoré , et il ne me l'a dit qu'à son retour; il me manda même, lorsqu'il