CHAPITRE VIII
Le prince de Cellamare, d'abord si réservé, prenant pour l'expression de l'opinion publique les clameurs de l'esprit de parti , crut que le moment était favorable pour faire trêve à la circonspection : ce n'était plus ce correspondant mystérieux qui écrivait au cardinal Albéroni : « Je continue de cul- « tiver notre vigne, mais je ne veux point « étendre la main pour cueillir des fruits « qui ne sont pas mûrs (i). » Ce n'était plus
gorge. « Messieurs, dit-il aux alguazils qui l'avaient arrêté, je vois que je serai écartelé. — Mon ami, lui répondit un de ces messieurs, c'est la première vérité qui sort de ta bouche. »
(i) Cellamare à Albéroni :
Août 17 18.
«Je continue de cultiver notre vigne, mais je ne
veux point étendre la main pour cueillir des fruits
qui ne sont pas mûrs. »
Sl[ LA COURTISANE.
ce prudent architecte qui « craignait d'ex- « poser ses ouvriers à l'ardeur du soleil » ( i ), ni ce joaillier timide qui « gardait sous deux « clefs les perles de la reine (2); » sa corres-
(1) Cellamare à Albéroni :
7 7brc 17 18.
« Je fais en sorte de ne pas écarter nos ouvriers du travail qu'ils ont entre les mains , mais je prétends qu'ils ne s'exposent point à l'ardeur du soleil; qu'ils attendent la belle saison pour travailler avec vigueur.»
(a) Cellamare à Albéroni :
26 7bre 1718.
« J'ai fait voir les perles que la reine (*) m'a envoyées à dessein de les vendre avantageusement à une personne qui prétend les acheter; mais elles ne sont point sorties et ne sortiront point de mes mains qu'après que la vente en aura été faite avec les formalités convenables; je les garde sous deux clefs. »
(*) Il désignait ainsi les lettres de Philippe V.