CHAPITRE VIU
Une femme , célèbre dans l'art de séduire l'innocence, de corrompre la jeunesse, la Filhon, était la grande maîtresse des voluptés de la cour et de la ville , et sa maison était le rendez-vous de tous les hommes à la mode.
Au nombre des odalisques renfermées dans son harem, la jeune Marianne se faisait distinguer par 1 éclat de sa beauté, mais plus encore par un caractère entière* ment étranger au séjour quelle habitait; les circonstances qui l'y avaient attirée sei> vaient à expliquer cette bizarrerie.
Marianne était la fille unique d'un vieux
petits soupers où l'Olympe était représenté dans toute ];\ simplicité des tems antiques.
sergent qui avait faitla guerre d'Espagne sous le duc d'Orléans. Ce n'était pas un titre aux yeux des ministres de madame de Maintenon ; aussi n'avait-il pas même obtenu pour prix de ses blessures une pension de retraite. Mais lea jour où le duc d'Orléans fut proclamé régent du royaume : « Marianne , « dit-il à sa fille , prends dans l'armoire mon « uniforme blanc à retroussis bleus, ma lon- « gue épée et mon petit chapeau ; je veux «aller au Palais -Royal oui, au Palaisce Royal. Tu ne sais donc pas ? mon général « est devenu aussi puissant que le roi de « France ; il n'oubliera pas son ancien comte pagnon d'armes , celui qui , devant Lérida , « a paré avec son épaule une balle qui allait «droit à sa poitrine; et toi, ma chère