CHAPITRE VIII. Io
« enfant, mets ta robe neuve, je veux que « tu sois jolie, tu viendras avec moi. »
Un peu de toilette ne gâte rien , même à quinze ans , et le désir de plaire à son père est une si heureuse excuse pour la coquetterie ! Marianne se met donc devant son miroir, elle poudre ses longs cheveux noirs et les relève sous une cornette blanche attachée par des nœuds de rubans roses; une croix d'or, le seul bien que sa mère lui ait laissé en mourant , tombe sur sa poitrine qu'entrevoile v i fichu de linon ; un corset de taffetas gris k manches courtes, dessinait comme à plaisir l'élégance de sa taille et laissait voir la blancheur de ses bras; sa jupe n'était pas assez longue pour ne point trahir la finesse de sa jambe, et de
Io4 LA COURTISANE.
petites mules à talons rouges emprisonnaient sans peine ses jolis pieds.
Le régent les reçut avec cette politesse de souvenirs qui plaît tant aux vieux soldats; il rappela au sergent le jour où il était monté à l'assaut, donna ordre d'expédier sur-le-champ le brevet de sa pension et promit de doter Marianne sur sa cassette. Leur joie fut vive , mais de courte durée; le brevet n'arrivait pas. C'est que parmi les courtisans qui assistaient à l'audience du Palais -Royal , un duc, vieilli dans la débauche, n'avait pu remarquer dans la jeune fille, sans une coupable émotion, et ce teint de roses , et ces longs yeux noirs , et ce front virginal; il avait à l'instant même tendu le piège où devait tomber