‹ La Conspiration de CellamareChapitre 56 sur 166 · CHAPITRE VIII. lOD · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. lOD

tant de grâce et d'innocence. Après s'être rendu maître du brevet, en gagnant le commis chargé de l'expédier, il donna ses instructions à la Filhon, qui ne se montra que trop fidèle à les remplir.

Cette femme, douée du génie de l'intrigue et de la corruption , avait établi à côté de son sérail un magasin de modes, et telle était sa réputation parmi les couturières, que les élégantes n'auraient point osé paraître à la cour sans une robe qui sortît de ses ateliers. Mais ce n'était là pour elle qu'un intérêt secondaire : si elle allait glanant dans les familles pauvres pour ramasser les jeunes filles les plus jolies , si elle les attirait par l'appât du travail et du gain, c'était pour les vendre ensuite au poids de l'or.

Tel fut le moyen dont elle se servit auprès de Marianne. Un jour, elle se présente chez elle, et la trouve dans une petite chambre sans meubles et sans feu, au chevet du lit de son père que la misère et le désespoir avaient rendu malade. « J'ai appris , lui dit -elle , que vous n'étiez pas heureuse; le régent, il est vrai, a promis une pension à votre père; mais il y a toujours auprès des princes des gens qui interceptent ou qui retardent leurs bienfaits. Tout s'achète, dans le siècle où nous sommes, et vous n'avez pas d'argent. Je viens vous offrir un moyen honorable d'en gagner. C'est moi qui tiens le grand magasin de modes de la rue Saint - Honoré : venez chez moi, vos journées vous seront

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