CHAPITRE VIH. IO
bien payées, et du moins, grâce à votre travail , le respectable vieillard que vous aimez si tendrement pourra recevoir tous les secours que réclament son âge et ses blessures. J'ai d'ailleurs quelques protections , et je serai charmée de les employer à vous faire obtenir le brevet que vous attendez. » Trop pure encore pour soupçonner une mauvaise pensée sous des paroles si bienveillantes, Marianne, dans l'espoir de rendre la santé à son père , accepta cette proposition avec une naïve reconnaissance.
Chaque matin elle se rendait au magasin de la rue Saint-Honoré , et chaque soir elle rapportait pieusement au vieux soldat le prix de son travail. Un jour, elle ne revint pas. La pauvre enfant avait payé cher sa
Io8 LA COURTISANE.
crédulité ! le duc qui l'avait remarquée chez le régent, lui avait été présenté comme le plus puissant des protecteurs, et Marianne, touchée de ses manières affectueuses et polies , avait placé en lui toute sa confiance. Aussi n'hésita-t-elle pas à se rendre seule à son hôtel pour recevoir de ses mains le brevet tant désiré. Le misérable ! son bienfait cachait un crime : il fut sans pitié pour l'innocence , il méprisa ses pleurs et l'abreuva d'outrages.
Lorsqu'elle revint de la longue léthargie où elle était tombée, elle se retrouva chez la Filhon ; le duc l'avait fait reconduire évanouie dans une voiture ; et là, cette femme, assise à ses côtés, affectant une douleur hypocrite, semblait attendre son réveil pour