‹ La Conspiration de CellamareChapitre 58 sur 166 · CHAPITRE VI TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI TI

solliciter l'aveu des chagrins dont elle était complice. « Oh ! madame , lui dit Marianne, « c'est vous ? et vous pleurez ! vous ne me « méprisez donc pas, vous plaignez mon « malheur ? De grâce , ne m'abandonnez « pas , je suis innocente; gardez-moi, garce dez-moi chez vous; je ne puis plus retour- « ner chez mon père, mes larmes lui ap~ « prendraient ma honte, et il en mourrait. » La Filhon, dont cette prière ingénue servait la perfidie, ressentit une joie infernale à l'idée que cette belle proie ne lui échapperait plus; mais son visage, loin de trahir la laideur de son âme, n'exprimait que la compassion , et sa voix pleine de douceur consola la pauvre fille, lui promit d'avoir soin de son père et lui offrit un asile.

I ÎO LA COURTISANE.

Depuis cette aventure , Marianne était triste et pensive , et comme si son déshonneur était écrit sur son front, elle restait seule dans sa chambre et ne voulait voir personne. La Filhon essaya, par degrés, sous divers prétextes , de rompre cette solitude et de distraire cette mélancolie ; mais enfin, voyant que Marianne repoussait avec horreur tous les hommages , elle imagina de spéculer sur sa vertu comme elle spéculait sur les vices des autres. La sagesse, qui est chose rare en tous tems , était un phénomène sous la régence; c'est à ce titre qu'on allait voir Marianne. Souper avec elle était un privilège ; et ses refus enrichissaient la Filhon plus que les faiblesses de toutes ses odalisques.

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