‹ La conspiration de l'étrangerChapitre 46 sur 75 · Sur cette lettre, voir notre étude précédente · texte numérisé non relu

Sur cette lettre, voir notre étude précédente

Ulf FAUX RAPPORT DE SAUVT-JVST igS

-s'y est trompé... On croit que cette œuvre d© ténèbres s'est fabriquée dans l'atelier de d'An-

1raip[ues'... »

Il est probable que les soupçons de Jacob et de Paolo Greppi sur la perBonaalité de l'auteur du faux rapport de Saint-Just étaient fondés. Le» papiers d'Antraigues sont aujourd'hui conservés aux archives des Affaires étrangères. Dans le nombre, figure une correspondance de Drake avec d'Antraigues qui comprend cinquante- sept pièces (Affaires étrangères,- France, n' 63a). Cette correspondance commence avec une lettre datée de Livourne, le 34 janvier 1794, et adressée à Venise. Une lettre de Drake, en date du 36 avril, est

■conçue presque dans les mêmes termes que la -dépêche que le même envoyait la veille à lord Grenville pour accompagner le bulletin n° 18 et le pseudo-rapport de Saiot-Just. « Je n'ai encore rien vu de plus intéressant que le discours de Saint-Just, écrivait Drake à d'Antraigues, en guise

-d'accusé de réception... Je crois qu'il sera de la plus grande utilité que ce discours fût imprimé , et rendu public le plus qu'il est possible ; ce sera un moyen d'indisposer peut-être les puissances neutres et de semer entre elles de la défiance 1' "

r; Extrait de la bibliographie de d'Antraigues, dans h édition de la Biographie, par M. Léonce Pingaud, pp. 396-i Je dois i M. Léonce Pingaud, mon éminent prédécesseur Faculté dei lettre* de Besançon, les renseignements et let eii àoédils qui suivent.

MjhTBiEE. .— CoDBpiralïoD. |3

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agents de la Convention... Si vous êtes de mon avis, je prendrai sur moi d'en faire l'impression de manière qu'il ne soit pas possible d'en trouver la source... »

Voilà donc un fait acquis. Le mystérieux fabricateur du soi-disant rapport de Saint-Just n'est autre que le misérable aventurier dont M. Léonce Pingaud a retracé la vie. Cet aventurier était aussi le rédacteur des bulletins où il rendait compte, d'après les notes fournies par ses espions de Paris*, des séances du Comité de Salut public. Il fournissait toutes les chancelleries des puissances coalisées de cette marchandise frelatée. Las Cazas, son ami, la recevait par faveur avant les autres agents diplomatiques*.

D'Antraigues a réussi à tromper des diplomates comme Drake et Las Cazas, qui y mettaient de la bonne volonté. On croit toujours ce que l'on désire. Son faux rapport de Saint-Just a égaré plus

1 . Parmi ces espions, M. Pingaud nomme « Méjean, son compatriote, Madier de Montjau, son ancien collègue, et Gamon, le fils d'un de ses homjoies d'affaires qui siégeait à la .Convention au milieu des Girondins et des Thermidoriens » ÇD*Antraigues» 3* édition, p. ii6).

2. Il existe aux archives des Affaires étrangères, France, 687, 638, 689, i63 lettres de Las Gazas à d'Antraigues, échelonnées du 1 4 juin 1791 au a a juin 1796. Une partie des rapports des correspondants qui, de Paris, informaient d'Antraigues, sont de môme conservés aux Affaires étrangères, France, 629, mais ces rapports sont d'une lecture très difficile. Tous ces dossiers proviennent des papiers de Louis XYIII, qui avait autrefois employé d'Antraigues, quand il séjournait à Vérone, à côté de lui.

tard des historiens professionnels comme Sorel et Sybel, parce que ces messieurs avaient pour les montagnards une telle aversion qu'ils s'étaient mis dans le cas de tout croire à leur endroit.

Chose à noter, le diplomate autrichien Thugut flaira immédiatement la supercherie. Il n'ajoutait aucune foi aux bulletins de d'Antraigues, qu'il jugeait inventés ou puisés k des sources sans valeur ^

Il n'y aurait pas lieu de s'étonner que le dernier publiciste, qui a édité les Œuvres complètes de Saint" Justy ait fait figurer dans sa compilation la pièce apocryphe comme authentique, si ce publiciste n'avait affiché des sentiments robespierristes. Ses sympathies montagnardes auraient pu le mettre en garde. ^RÎais on comprend mal pourquoi il date le morceau des premiers jours de germinal, quand la date que lui a donnée d'Antraigues, son auteur, est du 21 ventôse. Il a cru que le rapport de Saint- Jusf avait motivé l'arrestation de Deforgues qui est du i3 germinal. Il ne doute pas que Saint-Just « eût certainement l'intention de faire imprimer et de publier ce discours, ainsi que le prouve la note écrite au début » et que nous avons reproduite plus haut. Il ne sait pas que le discours fut publié par les soins des gouvernements coalisés en plusieurs

I. M. Pingaud renvoie à ce sujet à une lettre de Thugut à Golloredo du 27 novembre 179A, publiée par Vivenot (D'Antraigaea, 2" édition, p. ia4)«

langues. Il écrit qu'il « parut vraisemblablement pour la première fois dans la Reçue rétrospectwe du 3i octobre i835 », et il ajoute qu'à cette date c le manuscrit original » (sic) faisait partie de la collection de M. Jéramec-Raphaël. Ce collectionneur avait sans doute payé au poids 'de l'or une copie quelconque comme un autographe de Saint- Just. Peut-être n'avait-il jamais vu une ligne authentique de ce dernier. Le détenteur actuel du manuscrit, possédé en i835 par M. Jéramec- Raphaël, rendrait service à l'histoire en permettant aux experts de jeter les yeux sur son écriture.

Habent sua fatd libelli. Les impostures ont la vie dure. ^

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