‹ La conspiration de l'étrangerChapitre 5 sur 75 · I . La phrase est incorrecte dans l'originaK · texte numérisé non relu

I . La phrase est incorrecte dans l'originaK

tion que Fabre d'Eglantine, Tami de Dufourny^ portait vers la même date au Comité de Sûreté générale. L'action des deux hommes était combinée.

Chose curieuse, 1^ loi sur les suspects est à peine vptée que les ennemis de Dufourny, ceux qu'on appellera tout à l'heure ce les agents de l'étranger » ou d'un mot plus exact « les étrangers >), devinent l'emploi qui va en être fait contre eux. Ils essaient de prévenir le coup qui les menace. Ils prennent l'offensive. Ils savent que Sambat, Moenne, Dufourny les détestent. Ils font courir sur leur compte de sourdes rumeurs. Ainsi, le II septembre, Sambat se plaint aux Jacobins d'avoir été dénoncé à Hérault de Séchelles comme un agent des puissances étrangères. Il ne nomme pas celui qui l'a desservi auprès d'Hérault, mais nous devinons qu'il vise Proli, l'intime d'Hérault. Le i5 septembre, Hérault rassure Sambat, déclare que le bruit dont il s'est fait l'écho est faux, qu'il le considère comme un bon patriote. Ce n'est qu'une escarmouche, mais la lutte est désormais engagée. ^

Au lendemain de la plainte de Sambat, le i3 septembre, Dufourny a préparé ses batteries. Il a déploré que le sage décret sur les suspects fût entravé dans son application « par des sollicitations de toute espèce en faveur de tous les détenus ». Il a proposé comme remède de dresser un tableau des détenus et de l'afficher pendant cinq jours consécutifs, (c Quand l'un d'eux, dit-iI^

FABRE D'ÉGLANTII^E 25

viendra à être relâché, il le sera d'une manière authentique. » Autrement dit, le favoritisme né pourra plus s'exercer en cachette. Hérault ne pourra faire relâcher Proli quand Dufourny le fera arrêter. Quelques jours plus tard, Dufourny lançait son placard sur les arrestations*. Il y dénonçait un projet qu'il aurait découvert, d'après lequel les individus arrêtés en vertu de la loi des suspects devaient être égorgés en masse comme en septembre. « Il est vrai que ce projet existe et que l'un des signaux sera le rassemblement aux portes des boulangers... Un projet aussi exécrable ne peut être exécuté lorsqu'il est public. Les magistrats seront à leur poste. Je serai, je le jure, égorgé sur le seuil de la prison, avant qu'aucun prisonnier soit attaqué, avant que la violence en délivre aucun... » Le projet d'un massacre général des détenus en septembre 1798 a-t-il existé ailleurs que dans l'imagination de Dufourny ? C'est possible, car je remarque que c'est dans son numéro du i*' septembre que Leclerc s'était vanté d'avoir conçu le projet, d'accord avec Chalier, disait-il, de faire jeter dans le Rhône en une nuit 6000 aristocrates. Mais si Dufourny, par son placard, voulait prévenir le massacre qu'il redoutait, il voulait aussi, a-t-il avoué, préparer l'opinion à l'arrestation de ses ennemis, à l'arrestation de Proli et de DesBeux.

.- I. Bibl. nat., Lb'^^S 3279..

a6 ÉTUDES ROBESPIERRISTES

Le 33 septembre, un juré au tribunal révolutionnaire, Brochet, avait dénoncé aux Jacobins le danger des sociétés sectionnaires fondées par Proli «t ses amis. Il avait fait voter par le club une tioD qui n'accordait l'alTiliation qu'à celles de sociétés, « dont le comité révolutionnaire de ection, épuré, aurait été le noyau et dont les mbres auraient tous passé au scrutin ».

Veat précisément trois jours après ce vote, qui loignait de la défiance à l'égard des créations de di, que le département de police de la Comne, suus l'inspiration de Durournj'. lançait, le 26 itembre, un mandat d'arrêt contre Proli comme pect en sa qualité d'étranger. Le mandat portait te indication en marge : « Le citoyen Proli, : des Filles-Saint'Thomas, à cAté du passage. Il neure avec Défieux'. » Il s'agissait d'atteindre sfieux en même temps que Proli. Le mandat ne exécuté que le la octobre, Proli fut arrêté et ce provisoirement sous la garde de deux gardes LÎonaux jusqu'au soir avant d'être envoyé a la rce. II s'adressa en toute hâte à son protecteur rault de Séchelles, et celui-ci intervint le jour :me auprès de l'administration de police pour faire relâcher. CoUot d'Herbois, de son côté, ervenait en laveur de Oesfieux arrêté avec Proli. us deux furent remis en liberté*.

. Arch. nat., F\ f,T,i'^.

. Lei cilojooa Jacquin et Cornet, mcmbrM du comité révo-

L'affaire eut son épilogue aux Jacobins. Le Q du deuxième mois (28 octobre 1793), Desfieux accusa Dufourny d'être l'auteur de son arresta-^ tion : « C'est lui, dit-il, qui m'a dénoncé au Comité de Sûreté générale, à Tadministration de police, c'est de sa main que j'ai vu écrit sur un bout de papier avec un crayon : Arrêtez DéfieuXy il est de la faction girondine, » Dufourny expliqua qu'il avait donné Tordre d'arrêter Proli en vertu de la loi sur les étrangers. Il ignorait, à l'en croire, qu'on eût arrêté Desfieux. Puis il se répandit en menaces : « Toutes les inculpations qu'on m'a faites sont fausses. J'avertis de nouveau que le jour des révélations arrivera. » Collot d'Herbois s'écria que Dufourny avait menti à lui-même en disant qu'il n'avait point eu connaissance de l'arrestation de Desfieux. C'était certainement lui qui l'avait provoquée. Il en avait même annoncé la nouvelle à Pache. Collot engagea Dufourny à réserver aux aristocrates la passion qu'il avait mise à faire arrêter certains patriotes. Dufourny voulut répondre, mais les jacobins fermèrent la discussion.

Ils durent la rouvrir le lendemain 3 brumaire.

lutionnaîro do la section de 179a, levèrent les scellés chez Desfieux, rue des Filles-Saint-ïhomas, le i'"' jour du a* mois (a a octobre), etaitestr'rent qu'ils n'avaient trouvé chez ce citoyen « que tous papiers dans le sens de la Révolution et toutes notes concernant le bonheur de la République » (Ârch. nat., F^ aA78).

28 ÉTUDES ROBESPIEBRISTES

Collot d'Herbois se plaignît au début dé celte séance que SambatetMoenne venaient de le provoquer à sa place pour avoir pris la défense de Desfieux : a Deux fois Ton m'a répété : Desfieux, pour qui vous avez parlé hier, est un coquin et vous en êtes un plus grand encore de l'avoir défendu... » Il ajouta que c'était à la suite des intrigues d'une femme qui parcourait les comités des Jacobins, désignant ainsi M"* 'Violette. Tour à tourMoenne et Sambat s'expliquèrent. Moenne déclara tenir de Tachereau que Desfieux était un intrigant qui avait établi chez lui un bureau d'affaires pour trafiquer des places et qui abusait de son influence auprès de Collot d'Herbois.

Sambat attaqua Proli, un Autrichien, un conspirateur. L'hébertiste Brichet, n'osant défendre Proli, voulut du moins le renvoyer dos à dos avec M"** Viollette : « Proli est un Autrichien. La femme dont il est question est anglaise. Il faut les traiter de même. La loi a prononcé sur eux. » Desfieux timidement plaida pour Proli qu'il avait connu bon patriote dès le début de la Révolution, qui avait le premier dénoncé Dumouriez. Mais, voyant que ses paroles étaient mal accueillies, il Jermina platement en ces termes : a Je nie d'ailleurs avoir eu d'autres liaisons avec lui que celles de personnes qui demeurent dans la même maison. Je ne me constitue point son défenseur. » Que retiendrons-nous de ces faits ? C'est que la campagne de Dufourny est parallèle à celle de

Fable d'Églantine, qu'elle vise en même temps les mêmes hommes et par les mêmes moyens.

Quand Proli fut arrêté pour la seconde fois, il ne se trompa pas sur la main d'où venait le coup. « Ne sais-tu pas aussi bien que moi, écrivait-il à Bentabole, le 3 ventôse, que les persécutions que j'essuie sont dues aux préventions que l'infâme Fabre d'Eglantine, Camille (Desmoulins) et Dufourny ont donné contre moi et contre mes compagnons d'infortune à Danton et à Robespierre*? » Et, dans son interrogatoire, Proli précisera les raisons de la haine que Fabre lui portait : « Fabre craignait que les patriotes purs, qu'il désignait sous le nom de factieux, ne portassent un œil vigilant et sévère sur ses friponneries et dilapidations. » Il désignera un banquier lyonnais, Levieu, comme l'intermédiaire entre la Compagnie des Indes et Fabre d'Eglantine dans l'affaire du chantage exercé contre cette Compagnie*. Fabre et Proli avaient été longtemps amis et s'étaient assis à la même table '.

Proli et Des&eux avaient été arrêtés tous les deux le 12 octobre. A la même date, Fabre s'acharnait contre d'autres hébertistes, contre d'autres ennemis de Danton. Dès le 10 octobre, Louis Comte qui avait révélé les relations de Danton avec les fédéralistes du Calvados , était mis en arres-

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