PROLOGUE
le prince royal de Suède allait débarquer dans le Nord et couperait la retraite à l'Empereur ; qu'aussitôt qu'on apprendrait que Sa Majesté aurait succombé, tout était prêt pour l'établissement d'un nouveau gouvernementi » ; qu'il allait être lui-même chargé d'un rôle important dans le futur régime. Tout cela dit d'un ton qui semblait trop familier et trop bonhomme pour se prêter au mensonge. Boutreux fut conquis. Le soir, il s'endormit gaiement au souvenir de cette causerie amicale qui avait semé de bons rêves sous son oreiller, et il s'apprêta à accepter un rôle actif dans le nouveau gouvernement, où Malet avait fait miroiter à ses yeux naïfs une excellente place de commissaire de police.
Malet avait un local et un siège pour sa conspiration ; il pouvait compter sur Boutreux pour représenter l'homme de loi ; il lui fallait maintenant un aide de camp.
* Exposé des faits et circonstances gui ont précédé, accompagné et suivi la conspiration. Arch, nat. F'èSoi.
3o L\ CONSPIRATION DE MALET
L'occasion ne se fit pas attendre. Il se trouva qu'un caporal de la garde de Paris* venait souvent voir, à la maison de santé, un de ses parents. Un jour, par un de ces temps pacifiques du mois de septembre, où le ciel brille d'une sérénité particulière aux derniers beaux jours de Tannée, Malet se promenait avec ce parent du caporal dans les allées du jardin. Le soleil jetait des teintes jaunes et rousses à travers le feuillage encore respecté par l'automne ; la température était douce, le ciel bleu, et les oiseaux chantaient. — « Ah ! Monsieur Malet, lui disait le brave homme, si par vos relations vous pouviez procurer à mon jeune parent un peu d'avancement, vous me rendriez un grand service ^. » Ce fut pour le général un coup d'inspiration subite.
Râteau avait vingt-huit ans, tout comme Boutreux ; il était fils d'un liquoriste de Bor-
* Râteau, Jean-Auguste, caporal au régiment d'infanterie de la garde de Paris.
^Procès-verbal du jugement. Arch. nat. F'65oi.