‹ La conspiration de MaletChapitre 15 sur 41 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Comme l'ont consigné la plupart des historiens, Malet fut-il un de ces républicains farouches, impatient de combattre le tyran ^ prêt à tout oser, prêt à tout immoler pour défendre et venger la liberté * ? Il suffît d'oùvrir le dossier des Archives pour reconnaître que ce « jacobin par principe ^ » n'eut rien de la magnanimité pieuse de ces héros martyrs de leur foi. Homme d'une essence particulière, pour qui l'immobilité était un supplice, ce conspirateur audacieux fut, par excellence, l'homme des consciences successives. Nul doute qu'il ne fut, au début, un passionné lutteur de la Révolution. Il devait son grade de général à la République, il se servait, dans ses proclamations, de la grammaire des démocrates en manifestant comme eux la haine du tyran : assurément, ses premiers complots sont franchement républicains. Sa lettre laconique à Lacépède, grand chancelier de la

^ C'est la thèse soutenue par Ernest Uamel dans son ouvrage sur Les deux conspirations de Malet, Paris, 1873.

2 Ch. Nodier. Souvenirs de la Révolution et de l'Empire, t. II, Paris, 187a.

Légion d'Honneur, qui lui annonçait sa nomination de commandeur deTOrdre, ne contient pas un mot flatteur qui ait rapport au fondateur de l'institution * et laisse supposer une fermeté républicaine inébranlable. Mais le jacobinisme de Malet n'est pas d'une constitution bien robuste. Quelques mois après cette lettre à Lacépède, le i3 janvier i8o5, « il écrit à Brisson, maire de Fontenay, pour lui mander qu'il sera chanté le lendemain, à trois heures moins le quart, dans l'église de Notre-Dame de Fontenay, un Te Deum « en actions de grâces du couronnement de l'Empereur », et il ajoute : ce Pour donner à cette cérémonie religieuse l'éclat dont elle est susceptible, j'ai l'honneur de vous prier... de vouloir bien vous réunir à mon domicile...

qui sera le point de départ de toutes les auto-

* c( Citoyen, j'ai reçu la lettre par laquelle vous m^annoncez la marque de conGance que m'a donnée le grand conseil de la Légion d'Honneur. C^est un encouragement à me rendre de plus en plus digne d'une association fondée sur l'amour de la patrie et de la liberté. Je souscris de cœur et d^âme au serment exigé.

(i il nivôse an XII ».

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