LA SOIREE CHEZ L ABBE CAJAMANO
serva ses vêtements civils, sur lesquels il passa une écharpe tricolore, achetée le jour même au Palais-Royal. Il s'occupait avec Cajamano et Lafon à dater les sénatus-consultes et les proclamations destinées aux différents chefs de corps et à mettre sur chacune des pièces l'adresse de l'officier auquel elle était destinée.
« 11 était une heure du matin quand les préparatifs furent terminés. Malet ouvrit la fenêtre et regarda dans la rue ; le cul-de-sac et ce qu'on apercevait de la rue Saint-Pierre étaient entièrement déserts : bien certainement les fugitifs n'avaient pas été sSuivis ; mais il pleuvait à torrents; il fallait attendre. On soupa, on but du vin de Mâcon et Ton fit du punch ; preuve que Cajamano, peu coutumier de pareilles bombances, s'était, à l'avance, muni de provisions. Et ce dut être une scène assez émouvante que la réunion de ces trois hommes s'apprêtant à renverser l'Empire, et de ces deux prêtres, leurs complices, buvant, fumant, parlant bas, instinctivement 4 comme s'ils
eussent craint de troubler le sommeil de la ville endormie qui, à Taube prochaine, se réveillera angoissée et tremblante de la tragédie qu'ils vont lui jouer ^ »
L'heure avançait . Malet , regardant sa montre, jugea que le moment était venu de quitter la coulisse pour entrer en scène.
L'abbé Lafon resta bravement avec Gajamano, qu'il quitta au lever du jour. La police ne put retrouver sa trace ^ : dès le début du drame, ce simple figurant disparut dans les trappes du théâtre.
* G. Lenotre, loc. cit.
^ Lafon, après Taffaire Malet, se cacha sous un faux nom à Louhans, où il devint plus tard le régent du collège. Notons ici que Lafon publia, en i8i4> une histoire de la conspiration, sans grand intérêt, par suite du peu de renseignements qu'il avait à sa disposition. Le dossier Malet n'a pu être consulté aux Archives que depuis 1872.