‹ La conspiration de MaletChapitre 2 sur 41 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

de vapeurs sombres et qu'au loin des grondements sourds annoncent un orage.

Aussi, quand on apprit Tincendie de Moscou et le retour lugubre de cette grande armée, qui allait fournir à l'histoire des guerres impériales ses pages les plus funèbres, il n'y eut dans tous les esprits qu'un sentiment de consternation et de stupeur. Paris était triste, morne, angoissé : on devinait que l'acte de folie inconcevable de l'ambitieux Empereur, qui n'avait su ni supputer les jours, ni prévoir l'efifet des climats, coûterait le plus pur sang de la patrie déjà épuisée par tant de victoires et dépeuplée par tant de conquêtes. Le brillant soldat, qui avait donné l'empire du monde à la France, devint tout à coup suspect ; il fit peur. Et pour la première fois l'on pensa que les éblouissements de l'épopée napoléonienne pourraient finir par quelque épouvantable catastrophe.

Un homme audacieux, plein de feu, d'imagination et de sève, à l'âme ardente et exal-

tée, mesura d'un coup d'oeil le parti qu'il pouvait tirer de cet état des esprits, de l'apprépréhension universelle, du manque de nouvelles, pour tenter seul le renversement de la formidable puissance qui écrasait le mond«.

Tout son plan, aussi nouveau que fragile, reposait sur cette phrase magique, jetée avec éclat au milieu de Paris : l'Empereur est mort^ !

Cet homme qui, du fond d'une prison, ne voyant personne, sans un sou vaillant, dénué de tous moyens et sans complices, entreprit de faire une révolution à lui seul, de renverser, en un tour de main, l'homme que tous les rois coalisés de l'Europe ne pouvaient abattre, s'appelait Malet ^ Il était né à Dole,

* « Il supposa l'Empereur mort le 8 octobre sous les murs de Moscou ; il ne pouvait prendre un autre jour, sans se trouver contredit pur re.stafette qui pouvait arriver, comme cela avait lieu chaque jour. » Mémoires du duc de Rovigo^ Bossange, Paris, 1828, t. VI, p. 20.

2 L'usage s'est établi de l'appeler Malet tout court: il s'appelait réellement de Malet, Claude-François. « Le général était d'une taille élevée, son regard avait habituellement une sombre expression». Eclaircissements historiques sur la conspirationdu général Malet, en octobre 1812, par M. Saulnier, ancien secrétaire général du ministère de la Police* Dondey-Dupré, Paris, i834, p. 7.

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