PRISON DE LA FORCK
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paux détenus, les généraux Lahorie et Guidai. Le brave Bault, une lanterne à la main, va d'abord réveiller Guidai, tout surpris d'entendre frapper à sa porte, à pareille heure. Il se dresse sur son lit, les yeux et Tesprit encore ensommeillés, et, à la vue du geôlier, « croit qu'on vient le prendre pour le mener au conseil de guerre à Toulon * ». Néanmoins, il s'habille pendantque le concierge va également réveiller en sursaut Lahorie. A la hâte les deux anciens compagnons d'armes et de captivité de Malet, sans rien comprendre à ce qui se passe, tout interdits, descendent l'escalier. En apercevant Malet, ils tombent attendris dans les bras du conspirateur qui les embrasse avec des débordements d'enthousiasme, leur
* « Guidai, réveillé en sursaut, croit qu'on vient le prendre pour le mener au conseil de guerre à Toulon... Depuis longtemps, il faisait retarder ce voyage sous des prétextes de maladie ». Desmarest, loc, cit., p. 24? • — Cf. Déposition du /)' Jacquemin, médecin de la Force, de laquelle il résulte que Guidai « avait beaucoup d'échauffement dans le ventre », qu'il « avait besoin de raffraîchissements », et qu' « un délai de huit jours était nécessaire avant son départ à Aix ». Interrogatoire du 23 octobre 1812^ Préfecture de police, Arch. nat. F^65oo.
annonce la grande nouvelle, la mort du tyran, et leur remet à chacun un exemplaire du sénatus-consulte et de la proclamation. Voulant faire profiter de cette bonne aubaine un de ses compagnons de captivité, un corse, Bochéiampe *, Guidai obtient facilement de Malet l'ordre de le mettre en liberté. C'était donner un affidé de plus à la conspiration. Que disonsnous ? (( Il est nommé sur place préfet de la Seine ^ » C'était son arrêt de mort qu'il recevait. En même temps, Malet remettait à Lahorie une liasse de papiers où il pouvait voir sa nomination au ministère de la Police.
— « Il n'y a pas une minute à perdre, dit Malet aux deux généraux ; voilà vos instructions ; prenez cette troupe pour les exécuter ; je n'ai besoin que d'une demi-compagnie pour aller m'emparer du gouvernement, où j 'attends de vos nouvelles. Ensuite, nous nous réuni-
^ Bochéiampe (Joseph-Louis), ancien soldat des armées républicaines, arrêté en i8o3 à Parme et emprisonné pour espionnage et relations avec la reine d'Etrurie. Depuis le mois d'octobre, il était incarcéré à la prison de la Force.
2 Dcsmarest, loc. cit,y p. 247.
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rons àTHôtel de Ville* » Et ils partirent tous deux, chacun à la tête de deux compagnies, prendre le ministre et le préfet dans leurs hôtels. La consigne donnée, c'était de faire sauter la cervelle à quiconque refuserait d'obtempérer aux ordres du Sénat.
En ce moment, un événement se passait rue de Babylone, n° 23, au premier régiment delà garde impériale que commandait le colonel Rabbe, un des juges qui avait figuré au procès du duc d'Enghien. Le colonel voyait accourir tout essoufflé un de ses adjudants :
— Mon colonel, lui dit ce dernier, j'ai une nouvelle extraordinaire à vous annoncer : l'E mpereur est mort !
— Allons donc? Est-ce que c'est possible?
— Mon colonel, la chose est sûre, et, chose
* Rovigo, loc cit.f p, 28. Cette scène, selon toute vraisemblance, dut se passer dans le corps de garde assez spacieux dont la porte s'ouvrait à gauche de l'entrée.
plus étrange, le Gouvernement impérial n'existe plus.
En effet, à la porte mêmede la prison, Malet (( avait expédié simplement un soldat en ordonnance à la caserne dite de Bahylone^ avec un paquet à l'adresse de Messieurs les sousoffîciers d'un régiment qui y était en quartier. C'étaient tous les actes du jour, et, en outre, certains ordres distincts de porteries détachements au palais du Sénat, au Trésor, à la Banque et aux barrières pour les fermer ^ »
Rabbe fait consigner immédiatement toute la caserne : on délibère ; on prend les armes ; et le régiment tout entier se distribue par peloton à tous les postes que Malet a assignés.
^ Desmarest, loc. cit., p. 248. « En sorte que dans les villes du voisinage, d'où on aurait pu avoir du secours, si l'on en avait eu besoin, on aurait rien su de ce qui se passait à Paris. » Rovigo, loc. cit., p. 3o.
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LE MINISTÈRE DE LA POLICE GÉNÉRALE ET LA PRÉFECTURE DE POLICE SONT AU POUVOIR DE LA CONSPIRATION
Pendant que ces événements se déroulaient dans plusieurs coins de la capitale, il y avait, au ministère de la Police et de sûreté de l'Empereur \ un homme qui dormait paisiblement : c'était Savary*, celui qui, huit ans auparavant, avait été l'ordonnateur de la tragédie de Vincennes, de la sanglante exécution du dernier descendant du vainqueur de Rocroy et aussi du dernier conscrit del'ancienne France.
^ Hôtel de Juigné, quai Malaquais, lo, presque au coin de la rue des Saints-Pères.
* Aimé-Jean-Marie-René Savary, duc de Rovigo (1774i833), général de division en i8o5, créé duc en i8o8, ministre de la Police générale en 1810^
Savary dormait donc paisiblement, quandles troupes de Laliorie arrivèrent à Thôtel du ministère. Réveillé en sursaut au bruit des armes, le duc de Rovigo crut rêver, et il se refourra intrépidement sous sa couverture. Mais laissons plutôt la parole au duc lui-même, qui va nous arborer, en même temps, la couleur de son style. « J'étais très fatigué et m'efforçais de rester endormi, lorsque j'entendis, de mon lit, les panneaux de boiseries des portes de mon cabinet qui tombaient sur le plancher. La première idée qui me vint, fut que le feu était dans la maison, et que, m'étant enfermé, on faisait tout ce vacarme pour m'éveiller ; je me lève en toute hâte, et dans l'obscurité de ma chambre à coucher, je cherche la porte qui conduisait où j'entendais du bruit. En ouvrant la porte qui communiquait à mon cabinet, que les contrevents fermés tenaient dans l'obscurité, je ne voyais la lumière que par les fractures faites à la porte principale, au travers desquelles je distinguais des soldats en armes, qui non seulement remplissaient
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