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LE COMTE FROCHOT

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législatif, et, au mois de mars 1800, Bonaparte l'appelait à administrer le département de la Seine.

Particularité curieuse et peut-être oubliée de son administration : c'est lui qui eut l'idée de rendre l'aspect des Catacombes moins lugubre, en faisant avec les crânes, les fémurs et les tibias des décorations architecturales, presque sacrilèges, qui ont transformé ces gouffres en une sorte de palais de la Mort ^

Mais revenons à notre sujet.

Le préfet était donc absent. Il avait l'habitude d'aller tous les soirs à Nogent-sur-Marne, dans sa maison de campagne, et il n'était pas arrivé.

Sans perdre de temps, le colonel Soulier donne connaissance aux employés du sénatusconsulte et de la proclamation, et personne ne doute un seul instant de Tauthenticité de ces pièces. La mort de l'Empereur semble une

^ et On suppose que huit à dix miUions de squelettes, composant presque toute la population de Paris depuis Clovis, ont été ainsi transférés dans les Catacombes ». Th. Lavallée, loc, cit. p. 35 1.

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chose si naturelle, tous y croient si bien, qu'un ami et un confident de M. le Préfet, le chef de la première division, M. Villemsens*, lui envoie un exprès, le sieur Francard, un homme d'écurie, porteur d'une dépèche avec ces simples mots au crayon : Fuit imperator^ l'Empereur n'est plus.

Le brave Francard rencontra le comte Frochot dans le haut du faubourg Saint-Antoine.

Le préfet était à cheval et cheminait lentement, tout doucettement. Il prit le billet et lut : On attend M* le Préfet.

Au-dessous étaient trois mots dont le premier paraissait barbouillé ou effacé, les deux autres lui parurent être ceux-ci : Fecit imperator^ ce qui ne lui sembla pas avoir un sens bien clair. Il hâta, cependant, sa marche, revenant toujours à ce chiffon de papier et à son énervante énigme. Il avait renoncé à

* Tous les détails qui vont suivre sont empruntés, sans grande modification du texte, au rapport même du comte Frochot : Déclarations de ceux des faits qui se sont passés à l'Hôtel de Ville dans la matinée du a3 octobre i8ia, qui sont à ma connaissance personnelle .

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déchiffrer ce rébus ; le billet lui était même échappé des mains ; il le fit ramasser, et Texaminant à nouveau, il lut enfin : Fuit imperator.

On s'imagine son saisissement et son effroi : il pique son cheval et arrive bientôt à la préfecture. En mettant le pied à terre, il se heurte à M. Villemsens, pâle et consterné, et il trouve dans la loge du portier le brave colonel Soulier qui, sans façon, enfoncé dans un fauteuil et les pieds devant Tâtre, attendait son arrivée ^ D'un bond, il monte chez lui, ovi le colonel, après un échange de politesses et de révérences, lui confirme la fatale nouvelle, et lui expose qu'il est chargé de faire disposer une des principales salles de l'Hôtel de Ville pour le gouvernement provisoire, et un emplacement pour l'état-major du général Malet,

Et c'est alors que la naïve confiance du préfet fut invraisemblable : après avoir quelque peu gémi sur les déplorables circonstances dans les bras du colonel, il s'empressa

* Interrogatoire de Soulier; Procès-verbal du Jugement.

de donner les ordres nécessaires pour que la salle et remplacement fussent prêts le plus tôt possible. « Il fit avertir l'économe » et appeler « tous les garçons de service*», pour dresser un bureau et apporter des fauteuillâ ; il se consacra tout entier aux préparatifs, et son activité, comme sa confiance, dépassa les bornes de la vraisemblance.

Et ce dut être un spectacle peu banal, digne du crayon de Daumier plutôt que du burin de l'austère Histoire, que la vue de cet homme d'Etat, grand dignitaire du premier Empire du monde, se sentant petit devant le brave Soulier, comme monsieur Perrichon devant le Mont-Blanc, assistant sans émotion, sans curiosité même, à cet écroulement de l'Empire, allant, venant, avec une grâce degentilhomme, donnant partout des ordres pour que tout soit prêt à neuf heures précises, à l'arrivée du nouveau gouvernement.

Rapport déjà cité du^\ octobre 181a.

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