‹ La conspiration de MaletChapitre 25 sur 41 · OF · texte numérisé non relu

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l'hôtel de ville 87

Lahorie de son côté ne restait pas inactif.

Après avoir organisé le service à THôtel de Ville, il se rend en personne à la préfecture de Police S accompagné de Boutreux, qui devait prendre la place de préfet, et de Bochéiampe, qui devait, provisoirement, devenir son chef de cabinet. Comme à la préfecture de la Seine, la conspiration n'allait rencontrer aucune résistance à la préfecture de Police. A défaut du dévouement que Tantique Royauté avait emporté dans un pli de son manteau fleurdelisé, la monarchie impériale pouvait compter sur la pusillanimité de tous ses ministres.

Lahorie se fait reconnaître du poste et conduire aux appartements du préfet, le baron Pasquier.

Ancien conseiller au Parlement de Paris, ancien conseiller d'Etat, le baron Pasquier étaitpréfet de police depuis le i4 octobre 1810. C'était un homme aux façons aristocratiques dont tous les Mémoires du temps louent, sinon

* L'hôtel de la préfecture était situé quai des Orfèvres, rue de Jérusalem, b9 7.

les sérieuses habiletés de rhomme d'État, du moins les élégances de rhomme du monde, comme certains collèges de province donnaient autrefois des prix d'exactitude et de politesse aux élèves faibles en thème latin et en discours français*.

Quoi qu'il en soit, à la nouvelle de la mort de l'Empereur, cet homme de nature douce et débonnaire perdit complètement la tète :

un malheureux vertige lui brouilla le jugement. Il avait coutume de se lever de bonne heure et il était déjà dans son cabinet^ Avec une impassibilité déconcertante, sans murmurer, sans la moindre objection, il écoute les explications de Lahorie; puis, il se laisse, avec la plus gracieuse bonhomie, mettre en fiacre; il demande seulement à prendre chez l'apothicaire, qui est auprès de la préfecture,

* Pasquier (Étienne-Denis, baron), né à Paris, 1 767-1 862. A la Restauration, cet homme de bonne composition se montra fanatique de la monarchie légitime ; il fut ministre dans presque tous les cabinets ; ce qui ne l'empêcha pas d'acclamer la Révolution de i83o. Et ce baron de l'Empire finit par se faire nommer chancelier et duc en 1844 par Louis-Philippe.

2 Rovigo, loc. cit., p. a8«

Le baron Pasquier.

des médicaments pouvant le réconforter, et un détachement le conduit à la Force*. Arrivé, il trouve au greffe de la prison % assis sur un banc, pensif et replié sur lui-même, le chef de division de la sûreté de l'Empereur, Desmarest, avec lequel « il échange quelques mots en latin^ », et qui lui apprend, dans la langue de Virgile, l'arrestation du chef de la police.

Lahorie, qui avait hâte de retourner au ministère, laissa à Boutreux la disposition du service de la préfecture, et, sans autre moyen d'intimidation que son écharpe, le soin d'assurer les ordres du nouveau gouvernement.

Et que pensa-t-il ce brave Boutreux, quand, légèrement décontenancé, il se trouva seul dans l'antique et somptueux hôtel, dans ces hauts salons de glace, dont les lambris dorés encadraient l'image sculpturale de l'Empe-

^ « Il réussit cependant au milieu du tumulte à dépêcher un avis au ministre, duc de Rovigo. Mais l'envoyé ne put pénétrer jusqu'à sa personne. Lahorie survint presque aussitôt ». Desmarest, loc. cit , p. 24^.

* Une petite salle, avec une fenêtre qui ouvrait sur la cour d'entrée.

3 Desmarest, loc, cit.^ p. aSo.

reur, en costume de triomphateur romain, et qu'il dût songer à sa mansarde, au plafond bas, avec sa couchette de fer et sa chaise de bois, ainsi qu'au petit bouchon de la rue des Carmes où, la veille encore, pauvre, râpé, besogneux, il mangeait à six sous la portion ? Jamais changement plus subit n'était survenu dans l'existence d'un homme. Boutreux était chez lui.

Il était neuf heures du matin. Fidèle à ses instructions, Lahorie, qui avait fait atteler au carrosse de gala du duc deRovigo, se rendait, rayonnant, épanoui, à l'Hôtel de Ville où, selon les prescriptions de Malet, devait se tenir une assemblée solennelle de notabilités civiles et militaires. Surpris de n'y trouver personne, le général remonta dans son brillant carrosse, et, cocher poudré devant, laquais derrière, il revint majestueusement dans son cabinet attendre de nouveaux ordres V

^ Desmarest, loc. cit., p. :ï5o.

LA PLACE VENDOME EN iSSa (D'après une gravure de l'époque, de Rouargue.)

La première statue, œuvre de Chaudet, qui figura au sommet de la colonne Vendôme, représentait l'Empereur en César olympien, appuyé d'une main sur un glaive et tenant de l'autre une Victoire ailée. La colonne et sa statue avaient coûté 1.4^6.91 1 francs, non compris le bronze qui fut fourni par les vaincus. La statue de Chaudet resta pendant cinq ans sur le faîte de cette colonne ; mais, au mdis d'avril 1814, elle fut impitoyablement brisée et jetée à la fonte pour couler la statue équestre de Henri IV par Lemot qui, depuis 18 17, se trouve sur le terre-plein du Pont-Neuf. Elle fut remplacée par une fleur de lys à quatre faces, haute de 3 pieds, portée par une flèche de 18 pieds d'élévation, à laquelle était adapté un drapeau blanc.

En 1 832, une nouvelle statue de l'Empereur légendaire, de l'Empereur au costume populaire, par Seurre, fut placée au sommet de la colonne, et on reconstruisit en granit de Corse le soubassement et les gradins sur lesquels s'élève le monument. Napoléon III ne trouvant pas à cette statue, à l'accoutrement moderne, un caractère assez dynastique, ordonna que le petit caporal fit de nouveau place à un César en jambes nues, le front ceint d'une couronne de lauriers, la chlamyde sur l'épaule, œuvre de Dumont.

LA PLAGE VENDOME EN 183i

Maîtresse de l'Hôtel de Ville, du ministère de la Police générale et de la préfecture de Police, la conspiration était dans une voie brillante de prodiges et de succès. Il ne s'agissait plus pour triompher que de vaincre l'autorité militaire et de s'emparer de la place*.

C'était là le plus gros morceau. Fier de son importance et sûr de son incomparable virtuosité, Malet, qui était l'homme des coups d'audace et aimait les effets de poigne, se

^ Etat-major de la place, place Vendôme, n° 7. Malet avait très bien vu qu'il n'y a à Paris que deux personnages qui puissent faire un coup de force, le commandant de la Place ou le gouverneur de Paris et le préfet de Police. Ceux-là peuvent faire coffrer tout le monde:

Tétait réservé. La place était alors commandée par un homme peu susceptible de se laisser intimider ou séduire, le général Hulin\ l'ancien directeur de la buanderie de la reine, un des vainqueurs de la Bastille, qui n'avait guère brillé par sa fidélité aux immortels principes en secondant Bonaparte au 18 brumaire, un homme d'une taille colossale, au torse marmoréen et aux biceps athlétiques ^ C'était lui qui avait présidé jadis la commission militaire qui, dans le fossé de Vincennes, fit sauter la cervelle du dernier Condé. A la suite de l'exécution du prince, Bonaparte

^ Uulin — et non Hullin, selon l'orthographe généralement admise — (Pierre-Auguste), général, né en 1768, d'abord garçon de café, puis apprenti horloger, Tun des gardes françaises, vainqueurs de la Bastille, au 14 juillet 1789, devint l'un des chefs de la garde nationale de Paris, et plus tard suivit Bonaparte en Italie^ comme adjudant général. Il concourut au coup d'État du 18 brumaire, fut nommé commandant des grenadiers à pied de la garde des consuls et présida, en 1804, le conseil de guerre qui condamna le duc d'Enghien. Nommé ensuite général de division, grand officier de la Légion d'Honneur, comte de l'Empire, il était, en 181 a, commandant de la place de Paris.

^ <( Le général HuUn était un homme de six pieds, et fort en proportion de sa grandeur. Malet était un petit homme quHl aurait facilement terrassé ». Mémoires de M^^ d'Abrantès, Paris, i834, t. XV, p. 97.

D'après une gravure de Bovinet.

avait témoigné sa satisfaction au commandant des grenadiers de la vieille garde, en le nommant successivement général de division, grand officier de la Légion d'Honneur et comte de l'Empire avec une dotation de 25.000 francs.

En quittant la Force, Malet, escorté de son officier d'ordonnance et à la tête de i5o hommes, 4escendit la rue Saint-Antoine et la rue Saint-Honoré et arriva à la place Vendôme\ Là, il arrêta sa cohorte devant l'hôtel, portant aujourd'hui le numéro 22, qu'habitait le commandant de la place. Le général Hulin était encore couché et assoupi aux bruits familiers du matin. Malet ne lui laissa pas le temps de s'habiller. Sous la protection de son habit et de ses épaulettes, il fit irruption dans la

^ c( Le 23 octobre tombait un vendredi, jour de parade pour la garnison de Paris, laquelle parade, depuis l'absence de l'Empereur, avait lieu tous les vendredis sur la place Vendôme. Les troupes du faubourg Saint-Antoine étaient obligées de partir de bonne heure pour s'y rendre, c'est ce qui fit que le spectacle de la 10® cohorte avec armes et bagages ne parut pas étonnant. » Rovigo, loc, cit,, p. 27.

lOO LA CONSPIRATION DE MALET

chambre conjugale, accompagné du capitaine Steenhower^ et de quatre gardes nationaux qui restèrent à la porte.

Hulin se dressa sur son séant, les yeux et l'esprit encore ensommeillés. 11 vit Malet debout devant son lit.

— Général, lui dit celui-ci, je viens vous annoncer une triste nouvelle : TEmpereur est mort. Le Sénat, assemblé hier au soir, a aboli le gouvernement impérial, et je suis chargé de vous remplacer. J'ai même un devoir plus pénible à remplir, c'est de vous mettre provisoirement en état d'arrestation, et d'apposer les scellés sur vos papiers.

Hulin resta ahuri.

Néanmoins, il se leva, endossa une robe de chambre ^ et comme il hésitait encore à répondre et cherchait à pénétrer le mystère de cet incroyable guet-apens, une voix, celle de M™® Hulin, qui était restée blottie sous les

^ Steenhower, Nicolas- Josué, né à Amsterdam en 1 763 , capitaine à la 10® cohorte.

s ^ma d'Abrantès, loc. cit., p. 96.

A LA PLACE VENDOME lOl

couvertures et qui avait tout entendu, sortit tout à coup du fond de l'alcôve : « Mais, mon ami, cria cette voix, si Monsieur doit vous remplacer, il doit avoir des ordres à vous communiquer*. — En efFet, s'écria Hulin, Monsieur, je demande à voir vos ordres. — = Bien volontiers, lui dit Malet, passons dans votre cabinet. » Hulin entra le premier, Malet le suivit en fermant la porte. — « Eh bien!

ces ordres ? reprit Hulin. — Mes ordres, répondit Malet, prêt à la rispote, les voilà. » Et il tira, à bout portant, un coup de pistolet sur le colosse, qui tomba lourdement, la figure fracassée par une balle^

Avec la même tranquillité', sans hâter le pas, impassible comme un exécuteur des hautes œuvres, Malet laissa le comte Hulin

* Voir Albert Duruy, dans son résumé de la conspiration Malet. Bévue des Deux Mondes, i®' février 1879.

2 « Il ne le tua pas : la balle entra au milieu de la joue et resta dans la tête du général, sans qu'on pût lui faire sortir. » Rovigo, loc, cit., p. 35. Par suite de sa blessure à la mâchoire, Hulin reçut du peuple de Paris le petit sobriquet de Bouffe la Balle.

' Bourienne, loc. cit., p. lag.

loa LA CONSPIRATION DE MALET

étendu par terre, la bouche ouverte et crachant le sang, avec sa femme affolée, deminue, poussant des cris, jetée en sursaut du calme sommeil au cinquième acte d'une sanglante tragédie. Il redescendit l'escalier, et, traversant la place, se dirigea vers la porte de rÉtat-major*. Là, Tencombrement était effroyable*. Les soldats fraternisaient avec les gardes nationaux de la lo® cohorte. Sur la place, la foule s'était amassée, curieuse, avec le pressentiment d'un grand drame. Malet traversa les groupes bruyants des soldats, toujours aussi calme et nullement démonté, comme ces oiseaux des tempêtes, d'autant plus tranquilles sur la pointe des vagues que les vagues sont plus furieuses et plus agitées. La première personne que Malet rencontra fut le commandant Laborde, dont il avait par

^ L'hôtel de rancien siège de l'État-major, portant aujourd'hui le n<> 7, est occupé actuellement par les ateliers de l'importe maison de couture de M. Béer.

^ « Plus de trois mille personnes étaient rassemblées ce matin sur la place Vendôme par cet événement » Lettre de M, de Lucay à sa femme^ rapportée par M. Frédéric Masson : L'Impératrice Marie-Louise. Ollendorf, Paris, 190a, p. 410.

A LA PLACE .VENDOME Io3

précaution ordonné l'arrestation. Il lisait avec le colonel Doucet le dossier que ce dernier venait de recevoir*, contenant la nouvelle de la mort de TEmpereur, l'acte du Sénat, une nomination de général de brigade et un bon de cent mille francs, et l'ordre de mettre aux arrêts son commandant . — « Eh quoi 1 dit Malet, Monsieur Laborde ici ! Comment n'êtes* vous pas aux arrêts^ ? — Pour me rendre aux arrêts, répond Laborde, il faut que je sorte, ce n'est pas ici ma chambre. » Et, prenant de l'humeur, il soutient à Malet qu'il n'est pas le général Lamotte, « qu'il est prisonnier d'Etat, et point du tout commandant de Paris^ ». Malet était adossé contre la cheminée de l'èntre-soloù la scène se passait. Se voyant perdu, il met la main à un pistolet qu'il avait

^ C'était « Prévost, ofOcier de la lo® cohorte, qui avait porté le paquet de Malet au général (alors colonel) Doucet ». Pro^ cès-verbal de la séance du Conseil privé tenu par Sa Majesté le ai décembre 1812. Arch. nat. F'6499.

' Malet avait écrit à Fadjudant général Doucet une lettre où il lui annonçait les événements, sa nomination de général, et Tordre d*arrèter le commandant Laborde, d se méGant sans doute de son activité ». Rovigo, loc. cit,., p. 3a.

3 Dcsmarest, loc. cit. y p. aSi.

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dans la poche de son habit ; mais une glace, placée par hasard derrière Malet, laisse apercevoir par Doucet le pistolet dont il va s'armer*, il se jette sur lui et pare le coup. Au même moment, Laborde le prend à bras le corps, en criant : « Aux armes ! ». On accourt. Quatre dragons de garde se jettent sur lui; en un instant, il est terrassé, garrotté. On le traîne, les mains liées, le regard fixe, bravant la haine et Tinsulte, au balcon de l'hôtel, d'où le colonel Doucet, s'adressant aux troupes, leur crie : a Soldats, votre Empereur n'est pas mort. Vous êtes dupes d'une fable ridicule.

L'homme que nous venons d'arrêter n'est qu'un imposteur. » Ce fut une acclamation formidable de Vwe l'Empereur ! Vwe V Empereur ! poussée subitement, comme une lave qui s'échappe d'un volcan d'enthousiasme.

Il était neuf heures du matin.

A ce moment, un homme, qui eut lieu d'être stupéfait, fut M. Pâques, inspecteur général

^ Rovigo, loc. cit., p. 34.

A LA PLACE VENDOME Io5

du ministère de la Police, qui « venait par hasard à l'État-major, pour s'entendre sur le transfè rement du général Guidai à Toulon* )). On s'imagine sa surprise d'y trouver un de ses prisonniers d'Etat, qu'il a visité la veille dans la maison de santé du faubourg Saint- Antoine. Laborde lui confie immédiatement Malet, lié de cordes, avec ordre de le conduire au ministère de la Police ^ Il lui apprend, en même temps, que la Révolution est dans Paris, que Lahorie s'est échappé de la Force, et que le détenu en question, également évadé de sa prison, doit occuper en ce moment, au

^ Desmarest, loc, cit,y p. aSa.

^ Malet y passa Taprès-midi et la nuit tout entière. « Comme je traversais la salle où dinait le général Malet, le général se plaignit de l'enlèvement de son couteau par le gendarme de garde ; je lui fis rendre à l'instant ; il parut touché de ma confiance... J'exprimai alors mes doutes au général sur le succès de sa hazardeuse entreprise... Le général me dit : « J'avais déjà pour moi les régiments que j'avais soulevés. Bientôt seraient accourus ceux qui, fatigués du joug de Napoléon, voulaient un nouvel ordre de chose ; d'ailleurs, pour en finir avec ses partisans et donner aux miens une garantie de mes résolutions, j'aurais fait fusiller Napoléon à Mayence, car vainqueur ou vaincu, je ne doutais pas de la précipitation de son retour^ en apprenant la conspiration qui, au surplus, n'a échoué que par la lâcheté des généraux Lahorie et Guidai. » Saulnier, loc. cit., pp. 4o-4i-

ministère de la Guerre, la place du duc de Feltre.

Malet arrêté, c'était la fin de la conspiration. Tous ses affiliés, conspirateurs sans le savoir, n'étaient plus que des marionnettes dont le fil est brisé, des mannequins, revêtus d'oripeaux de théâtre, dont les ressorts et les articulations factices cessaient de fonctionner.

Quelques instants après l'arrestation de l'intrépide général, l'énergique commandant Laborde, l'inspecteur Pâques et le secrétaire général du ministère de la Police, Saulnier, se présentaient, suivis d'un nombreux détachement, au ministère de la Police. Ils y trouvèrent Lahorie, confortablement assis dans le fauteuil du duc de Rovigo, calme, serein, occupé à signer tranquillement des pièces destinées aux départements, avec la placidité béate d'un homme en possession d'une bonne place, et aussi à l'aise dans ce cabinet, tapissé d'or et de soie, que s'il en eût été l'hôte depuis

longtemps. Déjà un des courriers était parti pour le Midi*. Tout autour de lui, par terre, s'étalait la garde-robe du duc de Rovigo, Tépée de nacre, les bicornes à plumes, les culottes de couleur tendre, les habits à grandes basques, qu'il s'était fait apporter pour se choisir un costume. On se serait cru àï essayage A^ l'Ambigu. Il avait même mandé Sandoz, le tailleur du ministère ^ Le général reçut Laborde et les deux policiers — c'est Tun d'eux qui le raconte — avec une grande aisance de manières et une grâce de gentilhomme : il s'informa de l'objet de leur visite ^

* « L'expédition, pour le Midi, d'un courrier arrêté à Orléans est le seul acte de son ministère. » Lafon, loc. cit.^^, 76

* Desmarest, loc. cit,, p. 25o. Cf. Bourienne : « J'étais allé à Courbevoie; j'en revenais ce jour-là pour déjeuner chez le ministre de la Police. On peut juger de ma surprise, lorsque le portier m'annonça et l'arrestation du duc de Rovigo et sa translation dans la prison de la Force. Je pénétrai dans les appartements, et l'on m'informa, à mon grand étonnement, que le nouveau ministre éphémère était occupé à se faire prendre mesure de son nouvel habit. » Mémoires y t. IX, p. 11']. Cf. Lettre de Rœderer au comte Beugnot, du a5 octobre i8ia : u II se faisait prendre mesure d'un habit de ministre par Sandoz » Voir Y Intermédiaire du 20 avril 1906.

^ « Le général nous reçut avec une grande aisance de manières; il s'informa de Tobjet de notre visite ». Saulnier, loc. cit.^ p. 3o.

io8 LA CONSPIRATION DE MALET

En apprenant que la mort de l'Empereur était une fable, que le sénatus-consulte était une invention, Lahorie, devenu à Timproviste de prisonnier d'Etat, ministre, de ministre, conspirateur sans s'en douter, ne put proférer que ces mots : « Quoi ! Malet n'était donc pas *...?» La réponse l'accabla de confusion et d'horreur^.

Quant à Guidai, on le trouva, la fourchette à la main, savourant un rosbif garni et les charmes d'une liberté inespérée, dans un restaurant où il était allé déjeuner^, après avoir conduit Rovigo à la Force*. A la faveur du

* Desmarest, loc. cit., p. aSS.

'^ « Sur l'avis qui nous en vint au Ministère, Lahorie fut mis à Técart quelques moments, de peur qu'une irruption ne vint le délivrer. » Desmarest. loc. cit.^ p. aSS.

3 « Avec des amis » s'il faut croire Dourille, Histoire de la conspiration du général Malet, Paris, 1840, p. 55. Cette plaquette de Dourille a été écrite avec l'ignorance des pièces du. dossier, mais avec les souvenirs intéressants des contemporains.

^ Lahorie avait cru avoir « besoin du secours du détachement confié à Guidai, pour agir avec plus de sûreté et de succès contre le ministre de la Police, le duc de Rovigo. Ainsi cette circonstance seule du besoin de la petite troupe au quai Malaquais empêcha le ministre de la Guerre d'aller faire un tour à la Force, comme son collègue». Bourienne, loc» ci^., p. 128.

désordre, Guidai eut le talent de s'esquiver, et il échappa jusqu'au soir aux plus fins limiers de la police*.

Le général Lahorie fut ramené en prison, par les mêmes soldats qui l'avaient délivré, pendant que le duc de Rovigo, le baron Pasquier et le chef de haute police Desmarest étaient remis en liberté, tout confus de s'être laissé si burlesquement mettre en prison par des hommes qui, la veille encore, étaient leurs prisonniers.

Le public, toujours facétieux, n'épargna pas les bons mots au sujet de l'aventure. On disait du ministre et du préfet de police qu'ils avaient fait, ce jour-là, un fameux tour de force ; et se souvenant que Madame de Rovigo, lors de l'arrestation de son mari, était sortie de sa chambre, en pleine nuit, effrayée du bruit et en chemise de nuit, on se plaisait à rappeler que « dans toute l'affaire, la per-

* « Guidai et Bochéîampe furent pris à huit heures du soir, dans une maison où ils s'étaient cachés. » Rapport déjà cité du^i octobre 18124

sonne qui s'était la mieux montrée, c'était assurément la femme du ministre de la police ».

La cohorte, éclairée sur sa fâcheuse méprise, se laissa renvoyer à la caserne, oc en faisant retentir des cris de Vwe F Empereur^ ! » ces mêmes rues qu'elle remplissait le matin du bruit de sa mort.

Ce qui fut plus difficile, ce fut a de ramener à Tordre des pelotons épars qui persistaient à obstruer les barrières. Ils ne comprenaient rien à ces contre-ordres, précisément parce qu'ils étaient officiels ; cette fois , ils se croyaient joués ^ ».

D'un autre côté, à la préfecture de Police, le baron Pasquier recevait un accueil inattendu : ce fut une scène sur laquelle le théâtre du Palais-Royal eût pu réclamer des droits d'auteur. Là, toute la troupe avait appris avec enthousiasme la mort de l'Empereur et la destruction du régime impérial.

* Desmarest, loc. cit,y p. aSa.

2 Le même y loc, cit., p. 253.

A LA PLACE VENDOME Ml

Reconnu parles soldats qui l'avaient arrêté, le préfet de police causa un tumulte parmi eux. Ils coururent aux armes, voulant arrêter de nouveau le malheureux préfet qu'ils croyaient échappé de la prison, et qui n'eut que le temps de se réfugier dans l'officine d'un pharmacien*, qui triait placidement ses herbes, au milieu des mortiers de marbre et des bocaux d'élixirs, où les soldats le poursuivirent la baïonnette en avant. Rovigoet Laborde, qui avaient vu la scène, étaient accourus pour éclairer la troupe sur sa fatale méprise. Mais, reconnu à son tour par les mêmes soldats, le ministre de la Police faillit se faire embrocher. Sans l'intervention du colonel Rabbe qui arrivait en ce moment, le baron Pasquier et le duc de Rovigo allaient être massacrés ; et il fallut tous les remontants du maître apothicaire Sillan pour ranimer le pauvre préfet qui resta une demiheure avant de se remettre les esprits ^

* Rue de Jérusalem.

* « Pasquier fut poursuivi à coups de crosse et obligé de se réfugier chez l'apothicaire Sillan où il se fit administrer des

lia LA CONSPIRATION DE MALET

Ici se place une anecdote, rapportée par M. Décembre -Alonier, que rien n'égale en fait de comique, et dont aucun document ne contredit la vraisemblance, ni l'authenticité. (( Sur le point d'être saisi, M. Pasquierse réfugia dans la boutique du pharmacien dans le comptoir duquel trônait la pharmacienne, petite boulotte très coquette, qui tâchait de dissimuler ses cheveux rouges sous une perruque blonde, frisée à la titus. Les soldats gardaient toujours la porte de la préfecture où M. Pasquier voulait rentrer à tout prix.

« De grâce, trouvez-moi un déguisement, dit-il au pharmacien ».

« Ce dernier regarda autour de lui, saisit la perruque de sa femme dont il coiffe le préfet, puis il lui met une couche de safran sur le visage, lui jette son carrick sur les épaules et dit :

(( — Maintenant, monsieur le Préfet, vous êtes méconnaissable. »

caïmans. On voulut aussi embrocher Savary et Laborde luimême. » Dourille, loc. cit,, p. 56, d'après le rapport de l'inspecteur de police Veyratk

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Le baron Pasquier chez l'apothicaire Sillan.

A LA PLACE VENDOME Il5

« C'était vrai, M. Pasquier passa cette fois, sans être reconnu, et put pénétrer dans ses appartements où s'étaient réunis à la hâte les commissaires de police et les officiers de paix. Il eut fallu être de pierre pour ne pas rire. Le préfet seul ne rit pas. Il saisit la perruque et la jeta dans le feu, puis il courut dans son cabinet de toilette, et put bientôt reparaître en costume convenable devant ses subordonnés.

ce Tout n'était pas fini. La pharmacienne voulait que le préfet lui rendit en personne sa perruque, non qu'elle tînt à celle-là plus qu'à une autre ; mais elle tenait à montrer à M. Pasquier que, s'il avait vu de faux cheveux, ce n'était pas qu'elle n'en eût de naturels, qui seulement étaient d'une autre couleur. S'étant présentée dix fois chez le préfet sans pouvoir parvenir jusqu'à lui, elle lui écrivit et menaça de s'adresser à la justice. Ne sachant comment sortir de cette ridicule affaire, M. Pasquier chargea M. Piis, la vaudevilliste qui était alors secrétaire général de la préfecture de Police,

Il6 LA CONSPIRATION DE MALET

de faire entendre raison à la terrible pharmacienne.

« Piis n'était plus jeune ; mais il avait conservé sa réputation de coureur de ruelles. Il offrit d'abord le prix, puis trois fois, puis dix fois le prix de la perruque sans pouvoir obtenir une transaction.

« La pharmacienne, charmée qu'on la vît en conférence avec un fonctionnaire décoré, ne voulait pas céder si promptement, afin de faire durer le plaisir. Les visites se multiplièrent; le pharmacien s'en alarma, et peu s*en fallut que cela finit par un procès en adultère \.. »

A l'Hôtel de Ville, quand Laborde arriva, il trouva le comte Frochot qui, avec une grâce charmante, achevait de donner les ordres

* Les merveilles du nouveau Parisy p. 117. Bernardin- Bechet, Paris, 1867. Cf. Biographie des députés de Paris, 1820, p. ao9 : «Un membre de la grave confrérie des apothicaires se souvient d*avoir prêté la main pour sa délivrance. » Voir l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, d9 du aS juillet i878,XI, 4a5.

nécessaires pourl'installation du nouveau gouvernement.

Le plus difficile à désabuser fut le colonel Soulier. Les uns affirmaient que l'Empereur était mort, les autres que l'Empereur était toujours vivant. C'était à n'y rien comprendre. En vain, tout abasourdi, il sortait de sa poche sa lettre de service. Il fallut les explications de Laborde et de Doucet pour lui faire comprendre qu'il avait été victime d'une mystification et malheureusement aussi la cheville ouvrière d'un mouvement qui avait été sur le point de jeter l'Empire dans Tabîme. Il faillit en mourir de saisissement et d'horreur*.

Boutreux était resté peu de temps à la préfecture, et il n'avait usé de son pouvoir éphémère et de son heure d'enivrement que pour

* « La journée et toute la nuit furent employées à instruire l'affaire par MM. les conseillers d'Etat et les chefs de division ; et le lendemain, les prévenus au nombre de vingt et un, interrogés et confrontés, furent enyoyés à TAbbaye. » Rapport déjà cité du 3i octobre 181 a.

Il8 LA CONSPIRATION DE MALET

donner quelques ordres sans importance.

Il était même sorti. A peine eut-il mis le pied dehors, qu'il ne tarda pas à voir le succès de la conspiration compromis ; et, mettant son écharpe eji poche, il courut à toutes jambes jusqu'à la diligence de Courcelles, où il se glissa le long des maisons jusqu'à la porte de M. de Bories * qui lui donna généreusement un refuge.

Trouvant sans doute que son nom avait un aspect un peu lourd et un parfum trop désastreusement roturier, Boutreux avait cru faire meilleure figure, en s'installantà la préfecture sous le nom pittoresque de Balancié ^ Toujours est-il que cela déconcerta pour un temps la police. Les plus fins limiers firent partout des battues inutiles. Boutreux était bien caché.

Quand à l'autre préfet, Bochéïampe, on

* « Il sortit de l'hôtel, et il se rendit sur le Pont-Neuf. Peu après il vit des mouvements de troupes, et des personnes du peuple qui se dirigeaient vers la grève, il les suivit. Le soir, il fit retenir sa place pour aller à Courcelles. » Interrogatoire de Boutreux du 26 octobre. Arch. nat. F^65oi,

^ Note de police du 4 novembre 1811. Arch. nat. F"65oi»

savait fort peu de chose sur son rôle au cours des événements * ; mais tout récemment, M. Maurice Dumoulin, appuyé sur des documents inédits et des pièces originales, a rempli cette lacune dans l'histoire de la conspiration :

et Pendant que le colonel Soulier marchait sur l'Hôtel de Ville et obtenait avec une surprenante facilité du préfet Frochot les salles nécessaires aux séances du nouveau gouvernement, Bochéïampe recevait, en attendant sa préfecture, le commandement d'une cohorte.

« Il fut entraîné par elle, plutôt qu'il ne la dirigea. Suivant ses propres expressions, il suivit ce la troupe le long du chemin » ; à un moment il la quitta pour aller voir une dame de ses amies qui l'avait visité quelquefois dans sa prison, M"^® Simonis. Il la trouva qui déjeunait avec d'autres dames. Il causa quelque peu

* « Quant à Tautre préfet Bochéiampe, on le vit rôder en curieux autour de PHôtel de Ville et du Ministère » jusqu'à son arrestation. Desmarest, loc. cit., p. a5a.

avec elles, puis il se rendit sur la place de l'Hôtel de Ville et contempla le monument.

« C'est à quoi il borna son rôle comme préfet de la Seine.

« Sa cohorte, il l'avait perdue : l'Hôtel de Ville était silencieux ; personne n'était là pour recevoir le nouveau chef du département, Bochéïampe, dans le fond, plus soucieux de conserver une liberté dont il avait été si longtemps privé que de conquérir la préfecture qu'on lui avait octroyée, se sentit inquiet.

(L Dédaigneux des grandeurs, oublieux du rôle important qu'on lui avait confié, il ne se souvint que d'une chose, c'est qu'hier encore, il était détenu politique, qu'aujourd'hui il était en liberté, et que les libérés ne pouvaient demeurer à Paris sans carte de sûreté. De l'autre côté de la Seine, il vit la préfecture de Police ; il s'y rendit pour solliciter cette carte et s'enquit du bureau où on les donnait.

« La préfecture de police était en effervescence. A ses questions on ne répondit que par cet ordre donné par un inconnu : « Voilà quatre

A LA PLACE VENDOME lai

hommes.* Allez ! faites dire au concierge de là-bas de ne laisser entrer personne étranger au bureau. »

(( Le préfet de la Seine fit demi-tour et n'exécuta pas Tordre qu'on lui donnait.

a En camarade compatissant — c'est luimême qui le déclara — il ne voulut pas garder la bonne nouvelle que, décidément, il y avait quelque chose de changé pour les prisonniers d'hier.

(c II retourna à la Force et, joyeux, annonça à son ami Mûller, prisonnier d'Etat comme lui, que ses misères allaient finir.

a — Mûller, lui dit-il, soyez tranquille ; tous les prisonniers d'Etat vont sortir.

« Puis il s'en fut.

« A quelque temps de là, il fut arrêté avec Guidai*. »

Boutreux, Guidai et Bochéïampe n'avaient pas seuls dépisté, un instant, la police. Nos lecteurs n'ont pas oublié avec quel art de pres-

^ Maurice Dumoulin, loc. ct^,.p. 189.

tidigitateur Râteau avait, la veille, quitté son costume de caporal pour revêtir celui d'officier d'ordonnance. Or, en voyant Malet arrêté, le jeune militaire dont le rôle décoratif avait été plutôt effacé, avait de suite détalé à toutes jambes de Thôtel de la place, à la faveur de la foule. 11 avait vite hélé un cocher et donné ordre de le conduire passage Saint-Pierre.

Pendant que le cheval trottinait, il s'était débarrasé de son uniforme, et il avait même cassé une vitre dans sa précipitation.

Aussi, arrivé au bout de sa course, le cocher ne fut pas moins stupéfait qu'avait pu l'être, la veille, son compagnon Georges, en déchargeant le même client, quand il vit le gaillard qu'il « avait pris » place Vendôme, en brillant uniforme, sortir du fiacre, seulement vêtu de son shako et de sa chemise, discuter avec lui le prix du carreau, et entrer, dans cette tenue sommaire, sous une porte du passage.

A la hâte. Râteau escalada les trois étages, reprit, en un tour de main, son uniforme de

caporal, et redescendit en courant, sans donner aucune explication à Gajamano de ce nouveau changement à vue * .

Et Lafon ?

Le rôle, joué parle confident de Malet dans la matinée du 12 octobre, a été passé sous silence par tous les auteurs qui ont écrit sur la conspiration . Il est de fait que si Ton demande aux Archives nationales les pièces composant le dossier de Malet, on n'y trouve rien. Et pourtant, un homme qui a reçu les confidences de l'abbé Lafon, nous voulons parler du général César Caire de la Harpe, précepteur de l'Empereur de Russie ^^ nous a laissé sur les agissements de l'imprésario occulte de la conspiration, les plus curieux détails : « Placé auprès de Guidai à la préfecture de Police, il fut chargé

* Le soir même il fut arrêté.

^ L'abbé Lafon avait rendu visite au général C. G. de la Harpe, en mai 1814, dans le but d'être recommandé par lui à l'Empereur de Russie.

par celui-ci de se rendre place Vendôme, à rÉtat-major de la place, où devait être Malet, afin de savoir pourquoi l'envoi des ordonnances avait cessé. En arrivant, il trouva la porte obstruée par des soldats. Un officier, auquel il s'adressa, le conduisit devant le lieutenantcolonel Laborde, occupé alors à rédiger un procèS'Verbal. Ce dernier lui ayant demandé avec humeur ce qu'il voulait, Lafon répondit qu'il venait pour demander des renseignements sur des parents qui étaient dans l'armée de Russie, et se plaignit vivement qu'on eut tant de peine à se les procurer. Laborde impatienté le renvoya en lui disant de revenir dans un autre moment. Lafon, se doutant qu'il était survenu quelques empêchements, profita de l'avis. Déjà il avait gagné le jardin des Tuileries, lorsque deux soldats, l'arrêtant, le conduisirent devant Laborde. Alors il renouvela ses plaintes, et Laborde, dans ce moment très affairé, ordonna de le laisser aller. Il fit annoncer dans les gazettes qu'on l'avait trouvé pendu dans la foret de Sénart et trouva le moyen

A LA PLACE VENDOME laS

d'être placé dans un collège comme instituteur*. y>

L'idée ne vint à personne de contrôler la véracité des communiqués de Lafon àla presse parisienne : la mystification fut complète, et la police ne fit aucune recherche. Ce diable d'homme, caché d'abord sous un faux nom à Louhans, comme nous l'avons déjà dit, parvint à se faire nommer instituteur, puis régent du collège de cette ville; et Ton vît ainsi un homme dont la tète avait été mise à prix par l'Empereur, salarié et nourri par lui comme fonctionnaire jusqu'à la Restauration. De retour dans la capitale à cette époque, décoré de la Légion d'Honneur par Louis XVIII, il eut ses entrées aux Tuileries, devint précepteur des pages, et plus tard, pensionné de la Monarchie, toujours bien posé dans la société royaliste, il vieillit ainsi à l'abri du besoin, et mourut paisiblement dans son lit en i836*

^ Voir l'Intermédiaire des chercheurs et curieux, n<> du id ftvril 1878, XI, 197, sous la signature de M. Paul Nipson.

Il était onze heures du matin, lorsqu'un garde de Paris de planton entra place du Carrousel dans la cour de l'hôtel d'Elbeuf, résidence de l'archichancelier Cambacérès*. Il tira une lettre d'un grand portefeuille de cuir qui lui battait les flancs et la remit au concierge avec ordre de la porter immédiatement à Son Altesse.

L'archichancelier était en train de se faire faire la barbe. Dès les premières lignes il crût rêver :

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