‹ La conspiration de MaletChapitre 36 sur 41 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

je leur dis : ce Eh bien ! Messieurs, vous prétendez et vous dites avoir fini votre révolution ! Vous me croyiez mort, dites-vous, je n'ai rien à dire à cela... Mais le roi de Rome ! vos serments, vos principes, vos doctrines !... Vous me faites frémir pour Tavenir... » Et alors je voulus un exemple pour éclairer du moins et tenir en garde les esprits. Il tomba sur le pauvre Frochot, le préfet de Paris, qui assurément m'était fort attaché \ Mais à la simple requête de Tun de ces saltimbanques, au lieu d'efforts qui étaient l'obligation de sa place, d'une résistance désespérée qui eût dû le faire mourir à son poste, il convenait avoir tout bonnement ordonné de préparer le lieu de séances du nouveau gouvernement* !... »

En effet, le 23 décembre, parut un décret en vertu duquel le comte Frochot était destitué solennellement de ses fonctions de con-

^ « Je suis sûr que, sans ropiniàtretc du duc de Feltre, le préfet de la Seine n'eût pas succombé. » Rovigo, loc. cit., p. 42.

* Mémorial de Sainte-Hélène y Bourdin, Paris, 184a, t. II, ch. iXf p. 38i.

lyo LA CONSPIRATION DE MALET

seiller d'État et de préfet du département de la Seine, pour avoir méconnu l'hérédité et la sainteté de la couronne*.

Napoléon raisonnait logiquement : il s'agissait de sa dynastie ; « mais, comme dit Chateaubriand, aurait-il trouvé le raisonnement aussi juste s'il s'était agi de la race de saint Louis ^ ? )) N'avait-il pas, lui aussi, foulé aux pieds les choses saintes dont il invoquait la garantie? Cela lui allait-il bien à lui qui, le 1 1 avril 1 8 1 4 , renonçait solennellement au trône pour lui et ses héritiers, et qui, dans son apparition de fantôme du i®** mars i8i5, prétendait avoir régné pendant ses onze mois de séjour

* Il fut remplacé par le comte de Chabrol, qui oublia, à son tour, la sainteté des serments. Il fut l'un des premiers à déposer ses hommages aux pieds de Louis XVIII. Paris lui doit beaucoup d'améliorations ; il protégea les arts, et il fut lui-même inventeur de la peinture émaillée sur lave volcanique.

Quant au malheureux préfet, qui avait été victime de la conspiration, il fut prié par Napoléon, aux Cent-Jours, d'accepter la préfecture des Bouches-du-Rhône. Il rentra ensuite dans la retraite, conservant une partie de la pension que le conseil général de la Seine lui avait votée en 1814. Il mourut le 29 juillet 1828, dans son domaine d'Etuf, près d'Arc en Barrois, laissant la réputation d'un magistrat intègre et d'un homme de bien. On peut voir son tombeau au Père-Lachaise.

2 Mémoires d' outre-tombe , Garnier, Paris, vol. III, p. 824.

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