‹ La conspiration de MaletChapitre 4 sur 41 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

suite un commandement aux Sables-d'Olonne.

Détail piquant de son existence, le futur conspirateur est amené, en i8o5, durant son commandement dans la Vendée, à surveiller lui-même une conspiration contre le gourvernement, et son attitude dans la circonstance n'indique nullement, comme on eût pu s'y attendre, un farouche adversaire du régime impérial ; on peut même ajouter qu'il fit alors du zèle pour déjouer les projets des conjurés ^

Mais déjà le futur conspirateur est un homme important, il se mêle à toutes les sociétés secrètes et devient bientôt membre influent delà Société des Philadelphes \ sorte de franc-maçonnerie politique et militaire où se donnaient rendez-vous tout l'état-major des incompris et des réformateurs de la société, et aussi toutes les ambitions affamées ou déçues,

* Le même, loc, cit., p. i8a.

2 Un des grands chefs, sinon le grand chef suprême, fut le général Moreau. Cependant, à en croire Nodier, le chef de la société de Philadelphes, imaginée par Higomcr Bazin, aurait été le colonel Oudet. Le signe de reconnaissance des frères était un ruban rouge et une étoile maçonnique à cinq branches pointues.

dont le but, plus ou «loin^ avoué, en tout cas, était le renverseflaent de l'Empire.

Tête chaude, esprit frondeur, habile, intrigant, avec le besoin de faire du bruit, de retentir, tel nous apparaît déjà le héros de notre récit ; et il est facile, dès maintenant, d entrevoir que Tentreprenant général est bien évidemment prédestiné aux aventures, et qu'il ne va pas se capitonner dans l'existence prosaïque et régulière d'un tranquille bourgeois s'intéressant. Tété, aux procédés de jardinage et vivant, l'hiver, au coin de son feu, entre sa femme et son enfant, les pieds sur les chenéls et fumant stoïquement sa pipe. Il commence à conspirer ; il est arrêté par ordre de Napoléon, détenu dix mois et mis à la retraite. Réiacarcéré peu de temps après à la Force * pour

* Force (ancienne prison de la) à Paris, comprenant plusieurs corps de bâtiments en bordure de la rue du Roi-de- Sîcile n^ a (la grande Force) réservée aux iiOB9»es, et une autre prison avec façade sar la rue Pavée n^ aa (la petite Force) réservée aux fesEimes. Ce fut d'abord un hôtel habité par Charles d'ÂBJou, frère de saiat Lo«is. Rebâti anxvi^ «iècle, il était passé enhéiitage au duc de la Force qmi, en I7â4j le vendit à l'État. Traiififormé en pri-sosi civile, il vit regorgement de la princesse de Lamballe et les massacres de sep-

PROI-OGUE 9

de nouveaux complot S S il s'y lie avec deux généraux, LahorieetOuidal, qui, après lui vont jouer les deux principaux rôles dans le futur drame,

Victor-Claude-Alexandre Panneau de Lahorie était né à Gavron, dans la Mayenne, en 1766. C'était un homme « de taille moyenne, marqué de la petite vérole, à cheveux et

tembre. Remplacé par la maison cellulaire Mazas, la prison d« la Force fut démolie, en i85o, pour faire place à la rue Malher : c'est le nom d'un jeune officier tué dans les journées d« juin 1848.

* n s^agit delà conspiration de 1808, qui n'entre pas dans le cadre de notre récit, qui resta à l'état de théorie et n'eut même pas un eommencement d'exécution. La proclamation, destinée à être envoyée aux troupes, débutait ainsi : « Soldats nous n'avons plus de tyran. Ivre d^org^ueil et transporté de folie, c'était peu pour lui d'avoir, par des guerres perfidement suscitées, convertie Levant et le Nord de débris, de sang et de deuil, etc.. Le Sénat en proclamant la déchéance du tyran et l'abolition de sa ridicule dynastie, a répondu à la juste impatience des Français. . . Appelé à diriger momentanément la force armée, je compte sur votre patriotisme, etc., » La proclamation se terminait par le cri de : Vive la République ! Les vagues renseignements qu'on possède sur cette conjuration sont dus à un nommé Poilpré, qni s'était retiré à Orléans, rue Bannier, et qui a laissé un manuscrit qui ne concorde guère avec les pièces des Archives, lesquelles laisseraient croire que la police avait donné à cette conspiration plus d'importance qu'elle n'en comportait réellement. « Trahi par un des conjurés, le général fut arrêté ; il fut le seul : on se fit a«i€u»e recherche sérieuse des autres agitateurs ». Saulnier, loc. cit., p. 9.

lO LA CONSPIRATION DE MALET

favoris noirs, à physionomie bienveillante et douce », nous dit Madame Adèle Hugo au sujet du parent et du parrain de son mari.

Engagé volontaire en 1783, il était devenu chef de brigade en 1800. Il avait collaboré à la conspiration de Moreau; et quand ce dernier eut quitté la France, Lahorie, condamné à mort par contumace, se cacha, pendant plusieurs années, tantôt chez un ami, tantôt chez un autre. Mais à force de changer de retraite, il avait épuisé toutes ses connaissances et ne savait plus à qui s'adresser, quand le proscrit fut recueilli au numéro 12 de l'impasse des Feuillantines*, près de l'église Saint- Jacques-du-Haut-Pas, chez M"^® Hugo. Pendant dix-huit mois Lahorie vécut là ignoré, invisible, tranquille, attendant le moment où les événements lui rendraient la liberté.

L'Empereur était à Tapogée de sa gloire, et la police, habilement tâtée par des amis du gé-

* Le couvent des Feuillantines, fondé en 162a par Madame d'Estourmel, et aujourd'hui converti en propriétés particulières.

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