PROLOGUE l
bonheur des amants, il est vrai, fut de courte durée. Le trésor de Tofficier fiscal mis rapidement à sec, le ménage Guidai rentrait à Paris où l'état de sganarellisme de Tex-général n'allait faire qu'empirer. M™® Guidai devenait la maîtresse du brillant Barras, et, grâce à la protection puissante de l'ex-directeur, le mari était réintégré dans son grade à Alençon. Mais réformé de nouveau pour s'être trop librement exprimé sur le guet-apens de brumaire, Guidai revient seul, cette fois, à Nice, triste, découragé, sans ressources. C'est alors qu'à bout d'expédients, il ne trouve rien de mieux que d'entrer en correspondance suivie avec lord Exmouth, commandant de l'escadre britannique, de conspirer avec les Anglais et de toucher même une somme de 3o. ooo francs pour ouvrir à la flotte ennemie le port de Toulon.
En face d'un pareil dossier, on se demande comment certain historien a pu peindre « ce vieux patriote » comme un mâle Brutus à l'inflexibilité stoïque, descendu dans Tarêne
des conspirations, comme un symbole vivant de la liberté, quand nous aurons ajouté surtout pour finir, que cet austère républicain ce concentrant en lui Tâme émue de la patrie » — tranchons le mot — était un ivrogne.
Quoi qu'il en soit, ces trois hommes, Malet, Lahorie et Guidai, emprisonnés à la Force, pleins des mêmes espérances et des mêmes haines, devaient un jour faire cause commune et s'appuyer réciproquement.
En 1809, après la bataille d'Essling, le général Malet « se met encore à son œuvre fatale. D'après les indications qui en furent données à temps par un des initiés, jeune Romain détenu avec lui% Malet, s'échappant de prison le dimanche 29 juin (jour du Te Deum à Notre-Dame pour l'entrée des Français à Vienne), arrivait sur le parvis de cette église, l'épée à la main, en grande tenue, pré-
^ François Sorbi, né à Rome, mais ayant longtemps habité l'Espagne. l\ avait été arrêté peu de temps avant la conspiration, comme suspect d^espionnage.