‹ La conspiration de MaletChapitre 9 sur 41 · PROLOGUE %i · texte numérisé non relu

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pect placide et confortable, faisant le coin de la petite rue Saint-Denis-Saint-Antoine et du faubourg. Derrière s'étendait, enclos d'un mur avec une petite porte de sortie, un de ces jardins épargnés jusqu'alors parla spéculation qui met aujourd'hui des murs et des pavés partout où il y a des arbres et du gazoa.

En 1857, cette vieille demeure historique n'avait pas disparu : on pouvait voir encore sa façade et ses fenêtres garnies de barreaux de fer et lire au-dessus de la porte, sur une table de marbre noir bien conservée : Maison DE SANTÉ*. C'était là un Eden pour les prisonniers politiques^: on jouait, on riait, on chantait au piano les romances à la mode, et la fidélité royaliste ou républicaine se traduisait en poulardes truffées, en pâtés de foie gras et en paniers de château-margaux. Malet devait se trouver particulièrement à l'aise dans cette

* Voir Marco de Saint-Hilaire, Histoire des conspirations et attentats, Fellens, Paris.

^ Malet se trouvait en compagnie d'Armand et de Jules de Polignac, condamnés à mort en i8o4, du marquis de Puyvert, de BerthierSauvigpiy et d'anciens agents royalistes.

la LA CONSPIRATION DE MALET

peu farouche prison*, et il est à supposer qu'il n y employait pas tout son temps à faire des parties d'échecs ou à s'asseoir sur un banc du jardin pour regarder le ciel, les derniers rayons du soleil ou les premières étoiles. Tout porte à croire que sous des airs innocents et des attitudes de flânerie, le nez au vent, l'oreille aux aguets, il devait suivre avec attention les événements du dehors et chercher à y découvrir les signes favorables à l'accomplissement de ses desseins. Ajoutons que les prisonniers étaient à peine surveillés, et, comme on pouvait s'y attendre, Malet essaya bien vite d'en sortir.

D'abord il se remet à écrire. Il s'adresse à TEmpereur, puis au duc de Rovigo :

« Monseigneur,

« Je suis détenu depuis plus de deux ans pour avoir répété quelques propos, peut-être indiscrets, mais qui n'avaient rien de répréhensible dans leur principe... j'ai recours à deux motifs qui seront

^ II occupait « un rez-de-chaussée sur le jardin ». Rovigo, loc. cit., p. a3.

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