‹ La constitution allemande du 11 aout 1919;Chapitre 16 sur 84 · LA COMPOSITION DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION DE L'ASSEMBLÉE

L'Assemblée Constituante a été élue suivant un suffrage peut-être le plus démocratique qui fut jamais.

Tous les Allemands étaient électeurs, hommes et femmes, officiers et soldats, assistés et faillis, pourvu qu'ils eussent 20 ans. Tous les électeurs étaient éligibles, pourvu qu'ils fussent allemands depuis au moins un an.

Le vote avait eu lieu au scrutin de liste, sans panachage possible, mais -avec faculté pour les partis de présenter des listes communes.

La répartition des sièges avait eu lieu suivant le système de représentation proportionnelle connu sous le nom de système d'Hondt.

Ces élections avaient amené à l'Assemblée 423 députés, dont 39 femmes.

A l'extrême droite, les Deutschnationalen forment un groupe de 42 membres. Ce sont les anciens Conservateurs dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ont été peu sensibles aux enseignements de la guerre. C'est le parti des grands propriétaires fonciers et des grands industriels. Politiquement, ils s'avouent (en décembre 1918) monarchistes, encore qu'ils aillent jusqu'à accepter une monarchie parlementaire. Economiquement, ils ne demandent aucune réforme. Réactionnaires en politique, ils sont, en matière économique, résolument conservateurs. Leurs chefs, Clemens v. Delbrûck, ancien ministre de l'Empereur, ancien chef du cabinet civil de l'Empereur, Duringer élèveront la voix chaque fois qu'il faudra défendre l'ancien régime, s'opposeront à tout affaiblissement de la Prusse, combattront toute institution démocratique.

A leur gauche, siègent les 2'2 membres de la Deutsche Volkspartei. Le nom est nouveau ; les idées sont à peu près celles des anciens Nationaux-Libéraux (1). C'est le

(1) V. Jean de Granvilliers, Essai sur le libéralisme allemand, Paris, 1914.

parti (les hommes d'affaires. De la forme future du gouvernement, ils ne disent rien ; en fait la plupart d'entre eux sont restés monarchistes, mais c'est une question accessoire. L'essentiel, c'est que, dans un État tranquille et ordonné, la liberté de la propriété et du commerce soit complètement assurée et garantie. D'ailleurs on ne ferme pas complètement les yeux aux réalités contemporaines et on se réserve d'examiner certaines réformes qu'il serait inutile de vouloir enrayer : monopoles nouveaux, collaboration des ouvriers... On est nationaliste, et on ne signera qu'une paix qui sauvegardera la prospérité économique de l'Allemagne; on est démocrate, en ce sens qu'on est pour la stricte égalité juridique. La fraction est présidée par Slresemann, dont tout le monde reconnaît l'extrême habileté à manœuvrer sur l'échiquier parlementaire.

Voici maintenant le Centre, avec 89 députés. De tous les partis, c'est probablement celui qui, depuis sa fondation, est resté le plus fidèle ;\ lui-même. Son programme n'a pas changé : il contient quelques propositions qui en font la solide armature et pour lesquelles le parti est prêt à donner de toutes ses forces : union des Eglises et de l'Etat, école publique confessionnelle, liberté de l'enseignement... Sur les problèmes économiques et politiques de l'heure présente, le Centre certes a des opinions ; mais il finira toujours par en céder ce qui sera nécessaire pour sauvegarder les principes essentiels de l'État religieux et de l'enseignement libre. Parmi les élus du Centre, il y a Fehrenbach, qui présidera l'assemblée et qui sera chancelier ; il y a Trimborn et le professeur Beyerle ; il y a Erzberger, à qui une infatigable activité et une inépuisable fertilité de ressources assureront dans le gouvernement un rôle, pendant quelques mois, peut-être prépondérant, et qui, en tant que Ministre des Finances, réalisera une réforme fondamentale du système fiscal allemand.

Puis viennent les 74 Démocrates. Leur parti est né, après la Révolution de 1918, de la fusion de l'ancien parti

progressiste avec le groupe des Nationaux-Libéraux qui n'allèrent pas à la Volkspartei . Leur programme est celui du libéralisme classique : souveraineté nationale, suffrage universel, égalité de droit de tous les citoyens, droits individuels, liberté de la propriété et du commerce. Il n'admet l'intervention de l'Etat que dans des cas tout à fait exceptionnels. Le parti cherche h grouper tous les allemands favorables à la république bourgeoise et résolus à la défendre contre la réaction et le socialisme révolutionnaire. La fraction compte, parmi ses membres, quelques-uns des hommes dont la valeur personnelle s'imposera à l'assemblée et qui joueront le rôle peut-être le plus important dans l'élaboration de la Constitution : Haussmann, président de la Commission de Constitution, Frédéric Naumann, dont l'idéalisme se donnera libre cours quand il établira, avec Beyerle, la liste des droits et devoirs fondamentaux des Allemands, Dernburg, ministre des Colonies sous l'ancien régime, ministre des finances de la Révolution, Koch (Cassel), futur ministre...

Les Social-Démocrates sont 163. Ils forment la fraction la plus nombreuse de l'Assemblée, mais, habitués aux négations faciles de l'opposition, ils paraissent peu préparés au rôle positif, d'ailleurs extraordinairement difficile, que leurs succès électoraux les appellent soudainement à jouer, ils restent théoriquement fidèles au programme d'Erfurt et au dogme marxiste de la lutte des classes, mais ils affirment leur foi démocratique, repoussent toute dictature, et ne comptent, pour réaliser les réformes socialistes, que sur le suffrage universel et le régime parlementaire. C'est de la fraction social-démocrate que sortiront les trois Chanceliers qui gouverneront l'Allemagne pendant que siégera l'Assemblée Nationale : Scheidemann, Bauer, Hermann Muller : c'est à cette fraction que comptent Legien, Président de la C. G. T. allemande, Wissel qui, ministre, s'efforcera vainement d'organiser un contrôle systématique de l'économie privée, les ministres Noske, David, le député Sinzheimer, qui

rédigera le remarquable rapport, sur les Conseils d'Ouvriers...

Vient enlin la fraction des Indépendants, qui compte 22 membres. Us reprochent aux Social-Démocrates de trahir la cause du socialisme. Quant à leur propre programme, ils ne le précisent pas eux-mêmes plus que les SoeialDémocrates. Ils se bornent à exiger que la socialisation soit immédiatement commencée alin de briser la domination capitaliste, de porter la production à son plus haut degré possible et de distribuer les produits entre l'ensemble des citoyens. Leurs porte-paroles sont Gohn et Ilaase, l'ancien Commissaire du Peuple, qui mourra assassiné en juillet 1919.

Pour résumer, on peut dresser le tableau suivant des forces respectives des partis dans l'assemblée nationale :

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