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LA CREATION D'UN PAYS : LA THURINGE

Les règles que nous venons d'exposer ont déjà été mises en application. Un Pays nouveau est apparu dans le Reich, constitué par la fusion de plusieurs Pays anciens.

Aussitôt après la révolution de novembre 1918, le projet naquit dans l'Allemagne du Centre de fondre les divers Etats qui s'y trouvaient et de constituer, de leurs territoires, un Pays de « Tliuringe )).

D'abord, les deux Etats de Reuss se réunirent : dès le

21 décembre 1918, ils se donnaient une administration commune, et la fusion était délinitive le 4 avril 191!). Ce l*ays nouveau apparut, dès lors, en quelque sorte comme un centre de cristallisation. Le premier Etat qui parut entrer dans le mouvement fut la République d'AItenburg avec qui, d'ailleurs, Ueuss avait un grand nombre d'intérêts communs.

Mais le développement vers l'union des pays de l'Allemagne du Centre fut bientôt interrompu et sembla même, un instant, définitivement arrêté. Les hommes qui s'efforçaient d'étendre le mouvement avaient conçu le projet de créer une « Grande Tliuringe », laquelle devait comprendre des parties importantes du territoire prussien et devait avoir pour centre politique et économique, et pour capitale, la ville prussienne d'Erfiirt.

L'exécution de ce plan se heurta à la violente opposition que fait toujours le gouvernement prussien quand il s'agit de la séparation d'une partie quelconque de son territoire ; mais aussi, au refus décidé des autorités et de la population d'Erfûrt, qui préférèrent l'avantage actuel d'appartenir au plus puissant Pays allemand au bénélice éventuel de constituer un élément important dans un Pays nouveau. Le projet de créer une « Grande Thiiringe » dut donc être abandonné, et l'on s'efforça simple-

i ment, dès lors, de former un Etat qui comprît tous les pays

I de la Thuringe, mais sans rien emprunter au territoire

1 prussien.

l Des huit républiques de l'Allemagne du Centre dont on envisageait la fusion, l'une, celle de Cobourg (1) refusait d'adhérer au mouvement. Cette République, ayant, le 30 octobre, procédé à un plébiscite pour savoir si la population voulait être rattachée à la Bavière ou à la future « Thuringe », obtint 3.460 voix pour la Thuringe et 16.102 voix pour la Bavière. Le rattachement à la Bavière

(1) Depuis la révolution, Cobourg s'était, en l'ait, détachée de l'Etat de tîaxe-CoLourg-Gniha et était devenue un Etat distinct sans qu'aucune décision d'une autorité quelconque ait sanctionné cette situation.

fut donc prononcé — la Bavière consentant — par une loi du Reich du 30 avril 1920.

Quant aux sept autres Républiques : Saxe-Weimar- Eisenach, Saxe-Altenbourg, Reuss, Saxe-Gotha, Schwarzbourg-Rudolstadt, Schwarzbourg-Sondershausen et Saxe- Meiningen, elles conclurent un « traité », par lequel elles se constituaient en « Communauté » pour préparer leur fusion complète.

A cet effet, le traité prévoyait deux organes :

a) Un Conseil populaire, organe législatif de la Communauté, composé de représentants de chacune des sept diètes ;

h) Un Conseil d'Etat, organe exécutif, composé de représentants de chacun des sept gouvernements.

Ces organes avaient pour mission d'étudier et de prendre toutes les mesures préalables nécessaires à la fusion. Pour leur permettre l'accomplissement de cette mission, les Pays leur avaient transféré tous les pouvoirs législatifs et administratifs nécessaires. Les lois votées par le Conseil populaire étaient donc obligatoires sur tout le territoire des sept Pays; elles s'imposaient notamment aux gouvernements et aux autorités administratives de ces Pays (1).

Les organes communs étaient, en outre, chargés de préparer la Constitution du futur Pays.

Quand toutes les dispositions préalables nécessaires furent prises, le Reich prononça la fusion. Tous les Pays intéressés étant d'accord, une loi ordinaire suffit; elle porte la date du 30 avril 1920.

(1) Il y avait là un véritable EtAt fédéral provisoire à l'intérieur de l'Etat fédéral allemand. Pendant quelques mois, il y eut ainsi, dans l'Allemagne du Centre, une triple superposition d'Etats.

VÇfiS L'ETAT UNITAIRE 79

SECTION II

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