XXXV. J
Ad chapitre III, 6, l'on trouve l'expression équivalente v; -m-i itvfltûn PouXt:. On ne peut tenir compte du chapitre de Nsuiiii' qui • vraisemblablement été remanié. Il ne reste plus qu'un i'm i) i\ 'Apïiou itjf^u ^ouX^, an chapitre XL, a; mais il semble qui- rf •oit la cllation presque exacte d'un texte de loi.
<4> Cotut. d-Atk., IV, 3.
(S) PotiOgoÊ, VI, II, 3, 1308, a, i4-
(«) PotUique. VI, lï, II. 1300, a, 93.
j8 lA « CONSTITtlTION d' ATHÈNES »
snivante, qui n'est pas elliptique, parce qu'elle est la première de l'ouTrage, qoi exprime cette idée : BtjXov Si xoù-^ù êicl tûv noX([iixûv x«i Tfliv vauTixôiv- îv TOtlroiç yàp «((.tporÉpoiç Sià jttivT(i)> lôç tineîv ScbXi^XuÔs to "p/t'» »«' TÔ îfysa^eu (l).
Nons conclurons donc de cette lon^e discussion que Dracon a pu rédiger des tais, et, en particulier, ces lois sur le meurtre, qui devaient être respectées par Solon, et publiées à nouveau sous Tarchontat de Dioclès, en 4i^ avant Jésus-Christ* mais qu'il ne promulgua aucune constitution. L'œuvre législative, qui lui est attribuée, est par conséquent apocryphe, et le chapitre de la Constitution d'Athènes, où elle est exposée, doit être considéré comme interpolé.
Il nous reste à expliquer, d'abord, quelle est l'origine de cette prétendue Constitution, et de quels éléments elle a été formée; ensuite, de quelle manière elle a été introduite dans le texte de 1' 'AOTivaiiov icali-alai.
M. Th. Reinach (a), après avoir remarqué combien les Athéniens aimaient & placer leurs innovations politiques sons le patronage du passé, rappelle que Critias, le meurtrier de Théramène et le chef des Trente, celui que Xénophon considérait comme « le plus avide, le plus violent, le plus sanguinaire de tous ceux qui avaient gouverné sous l'oligarchie (3) », avait composé une 'Ae-r,vaiwv TcoXr-reia (4). Ce n'était pas là un ouvrage d'histoire; car l'impartialité était, sans doute, la moindre qualité de Critias ; ce devait être, sous la forme d'un traité, un pamphlet pohtique, assez semblable à ce Goaver-
(I) PoUtique. II. S, S, 1373, b, i5.
(3) Voir l'article Artttote oa Crltùtë précédemment cité (ijecoe de« itade» grecque», 1891, p. i5G).
(3) Xénopbon. Mémoratitea, 1. a.
(4) Deux fragments de cet ouvrage nons ont été conservés. Dans le premier, l'auteur accuse de vénalité Thémistocle et Cléon ; le second a pour sujet un débat entre Kphialte et Cimon à propos d'une demande de secours, faite par les Lacédémoniens. Critias était aussi l'auteur d'une AaxeSai[j:ov[<ov iroXiTtia et d'une ©E-niiiôJv TroXtTtia.
ET L'ŒUVRB D'aRIBTOTB J9
nement des Athéniens, qui nous est parvenu sous le nom de Xénophon (i). Alin de justifier aux yeux de ses contempoi'ains et de la postérité la réforme olîgu^hique, tentée par son parti, Gritias aurait cherché dans le passé des faits qu'il pOt alléguer comme précédents ; il les aurait dénaturés sans scrupnle : il les aurflil même inventés, suivant les besoins de sa cause. C'est ainsi qu'il aurait fait passer sous le nom de Dracon, dont lus Athéniens vénéraient les antiques lois, un plan de Constitution conforme aux principes politiques, que les Cent coimiiissaires s'étaient efforcés de faire prévaloir dans leur Projet et leurs réformes provisoires. Aristote connaissait le pamphlet de Critias ; peut-être même y avait il puisé (fuel<|ues faits, tirés de l'oubli par l'auteur. Mais il n'avait garde de lui emprunter des renseignements, qui contredisaient ses ^propres assertions, ou étaient démentis par la réalité. Après sa mort, un réviseur plus émdit que judicieux, comparant le factnm de Critias à l'oeuvre d' Aristote, s'imagina que celui-ci avait, par omission ou ignorance, passé sous silence la Constitution de Dracon. Croyant qu'il y avait, dans le texte de l'historien, une lacune, et qu'il convenait de la combler, il inséra dans le développement lu résumé apocryphe des i-é formes constitutionnelles, indùiiieut attribuées à l'ancien législateur. Il faut rendre à Critias ce qui lui appartient et retrancher de 1' ' X^-<,tii[u>i noXiTcioi un chapitre qui en contredit les parties les plus manifestement authenliquL-s.
L'hypothèse est ingénieuse. Certes Critias n'aurait eu aucun scrupule à dénaturer la vérité, à faire circuler sous le nom de Dracon une constitution inventée de toutes pièces, pour justîiier ses propres théories. Mais la preuve n'est point faite, et rien ne nous autorise encore à rendre Critias responsable de cette supercherie.
Une autre hypothèse, développée par von Wilaïuowil/-
(1) Voir sut cri ouvrat(f : HÉHiiiiH: Dl'KUCH ; lie libella t/ai Xemiiilmiifi» ftrlur linXniix 'AfjT|Vaico¥ {en pi-iparation).
8o LA « CONSTITUTION D* ATHÈNES »
Moellendorf (i), mérite d'être discutée. Aristote est l'auteur de r'AÔ7ivat<Dv icoXiTe(a. Mais, dans cet exposé des révolutions constitutionnelles d'Athènes, il n'a point prétendu faire œuvre d'historien indépendant. La recherche personnelle lui est étrangère. Il n'y recourt que par exception, lorsqu'il consulte, les poèmes de Solon sur le" caractère de l'homme et les intentions du législateur. Il puise ses renseignements aux sources les plus variées, Hérodote, Thucydide, la chronique, et un exposé partial (tendenzschrift) de l'histoire constitutionnelle d'Athènes, dans lequel la vérité historique avait été systématiquement altérée. Nulle enquête préalable sur la véracité des témoins, qu'il interroge. Aucune critique des documents, que lui a légués le passé.
Ce dernier écrit, qui aurait été l'une des sources de l"A6vjvata)v ToXiTeia, aurait été une histoire de la Constitution athénienne, publiée durant l'automne de 4^4' comme manifeste du parti modéré des Trente. L'auteur aurait été Théramène, qui se serait proposé de démontrer, par l'exemple du passé, que son parti était fondé à interpréter dans le sens de l'oligarchie la TcctTptoç icoXtTe(a. 11 aurait ou bien inventé de toutes pièces les réformes attribuées à Dracon, ou bien tiré de l'oubli cette antique Constitution, tombée en désuétude après Solon. C'est à cet ouvrage qu'Aristote aurait emprunté son chapitre relatif à Dracon, et il s'en serait aussi inspiré dans le récit des événements accomplis au cinquième siècle. Ainsi s'expliquerait son attitude à l'égard de Périclès et des démagogues.
Nous ferons au système de von Wilamowitz-Moellendorf la même objection qu'à la théorie proposée par M. Th. Reinach. Nous n'avons aucune raison d'admettre que l'auteur du pamphlet soit Théramène. Le factum est, sans doute, l'œuvre du parti oligarchique; c'est une interprétation oligarchique de la TrdtTptoç
(i) Voir Touvrage Âristoteleê und Athen. a vol. (Berlin, 1893).
ET l'œuvre D ABISTOtE 8l
i n'avons pas le droit d'afllrmer davantage. Nous I à melti-e sur ce pamphlet un nom connu, celui d'un Th<!Tanioiie ou d'un Critias. Mais ce ne serait là qu'une conjecture.
Nous ne croyons pas non plus qu'Ai'istote soit l'auteur du chapitre relatif à Dracon. Il a pu consulter le manifeste des uli^rques, loi emprunter mfime des faits, négligés par des t'c^i^ains moins prévenus; il n'est pas admissible qu'il ait été la dujie du pamphlétaire, ni qu'il ait considéré comme authentique une constitution apocryphe, et prêté à Dracon des réformes dont aucun historien d'Athènes n'avait jamais fait mention. Von "Wilamowitz-Moellendorf allègne, sans doule, qu'Aristote n'avait ni l'esprit critique, ni l'indépendance du véritable historien. Mais celte hypothèse , plus arbitraire encore que la précédente, ne mérite même pas d'être discutée. Ce n'est pas tout. Nous nous sommes appliqué à démonti-cr que la Constitution d'Athènes, au moins sous sa première foi'me, était antérieure à la Politique. Si notre tentative n'est pas demeurée vaine, si le philosophe empruntait k son histoire de l'État athénien quel([ucs'uns des exemples, dont il illustrait ses théories, comment se fait-il qu'il n'ait même pas nommé Dracon? Comment s'exphque le silence des polygraphes, qui ont cité, paraphrasé, résumé l'A'jTivKiiov itoXiTEia? Pourquoi enfin le chapitfc relatif à Dracon serait-il précisément omis dans ré}t[TO[j.-r) d'HérakIeidès ? Autant de questions que von Wilamowitz- Moellendorf laisse sans réponse. Autant de preuves, par conséquent, qui contredisent son hypothèse ; autant d'arguments, qui réfutent son système.
Il y a, d'ailleurs, dans les deux théories, dont nous venons de condamner les cxagêi'ations, une pai't de vérité, que nous ne saurions méconnaître. Nous croyons, nous aussi, que la source à laquelle ont été puisés les éléments de l'interpolation, est un ou V l'âge, composé peu de temps après l'échec des
8a LA « CONSTITUTION d' ATHENES »
Quatre Cents et des Trente, par un partisan de l'oligarchie, que n'avaient point désabusé les éyénements, et qui refusait de se rallier à la démocratie restaurée. A une époque assez rapprochée de la mort d'Aristote, — Fallusion de VAxiocJws prouve, en effet, que l'intei^polation est fort ancienne, — im réviseur ignorant crut que le récit de l'historien était incomplet et qu'il devait à la vérité de réparer cet oubli. Il exposa donc, dans un court chapitre, la Constitution que le factum attribuait à Dracon, et fit passer ce résumé 'dans le texte de l'historien. Les modernes jugent avec sévérité, et ont peine à s'expliquer ces procédés; mais il ne faut pas oublier que les anciens n'avaient pas nos scrupules et ne se faisaient pas faute de remanier les œuvres de leurs écrivains.
Afin de mieux dissimuler son interpolation, le réviseur imita de son mieux le style de Thistorien, lui emprunta mainte expression, transcrivit même quelques-unes de ses phrases; et, afin d'éviter toute contradiction, et d'effacer toute disparate, fit au reste du récit et au chapitre de résumé de nombreuses retouches.
Le préambule, dans lequel nous avons remarqué que les mots Mexà 81 Tauxa xp(5vou rivbç où tcoXXou 8teX66vTOç ne se rapportaient à aucun fait précédemment raconté, semble imité du chapitre II :
c. II. 1 : Mexà Se Tauxa ffuvé6ï| ffTafftàffat Toùç ts YV(opt(i.ouç xat to icXï|Goç TToXùv j^pdvov.
c. IV. 1 : Mexà 8è Tauxa XP^^®^ Tivbç où TToXXou 8teX66vTOç... Apaxcov Toùç 6eff(i.oùç lÔTjxev.
Un peu plus loin, nous relevons une syllepse familière à Aristote : el Se tiç tûv pouXeurwv, oTav sSpa pouX7|ç y^ èxxX7|(Tiaç t], exXeficot ttjv ffùvoSov, àTreTivov... (l).
(i) Const. d'Ath.f IV, 3. — Cf. entre autres exemples de la même figure :
EIcoOsv yàp xav kl<x'KQLi'ifiri xb tcXtjÔoç, uffxepov (xiaeiv toùç Tt TcpoayaycJvTaç •Tcoieïv aÙTOÙç tûv {Jt.Y| xaXbSç è^ôvTcov (c. XXVIII, 3).
La phrase, dans laquelle est défiai le râle de l'Aréopage, est manifestemeat calquée sur la phrase correspondante du chapitre III :
,î.v .Ixe
Toù SiarripEÎv toùï vdfjLOu;, Siùxel Ts nXtîoToi xcil ta ftifta^a tiùv èv
c. IV, 4 : -H Bl potiX-r, t, iï 'Aftfou :câYOii ^ùXolÏ -^v TiTiv vdfiu)^ xai 5ieTr,f.ei tiç às/if Sïtwe xaT*
Un dernier rapprochement ne paraîtra pas moins concluant :
c. IV. 5 ; 'ETtl 51 T( :av ot Bav*MT[tol, xaOaT
EipVOM,
c. U. 2 : 'H Se Ttasa -pi Si' ÔXi'yuiv ^v, xal eI [J.T| Ta; |j.i<t6Û0£|; ânoSiSoîïv, àY<ÛYi|j.oi xccl aùrol xoti oi n«î5«f *Y'T*°'^°' ""' *î* ! o*io[jiol
Eniin, est-il hesoin de rappeler que les mots ir£VTiixo(i.o[j.iBi[ivci, 'ntTTfûî, CEuffTTjç (i), qui n'ont ici aucune signification, sont tirés du chapitre VU , où est expliquée la division censitaire établie par Solon.
Le chapib^ IV n'est, dans la forme, qu'un centon. L'imitation est manifeste. Elle explique même pourquoi le résumé de la Constitution de Dracon est aussi href et aussi peu proportionné au long exposé des réformes de Solon. Cest è dessein, nous semble-t-il, que l 'interpolât cur a été concis. S'il a resserré son développement enti-e d'aussi étroites limites, c'est afin de pouvoir le composer de tenues et de plirases emprontés au texte de l'historien. Les mots xïOîhî^ E7vr,Tai (a) prouvent qu'il avait conscience de sa gancLeric; ca voulant l'excuser, il ne la rend que plus évidente.
(i> Consl. tTAtk.. IV, 3.
<•) CoMt. d^Alh.. IV, 5.
La première phrase du chapitre IIl : 'llv S'i; relu -riiî i.^yjxixq noli-CEiaç rriç Trpi ifixovr^; -uoiaBE, a été remaniée par l'interpolateur. Il convient d'y retrancher les mots : tîjç Tcpb ipixovrot. An chapitre VII, 3, dans la phrase : Ta f.i^-f^fxa-nx SisîXev eU TÉTTapa tÉXT|, xafliiTEf 5LTipï;TD xir. TtfûTEpov, eIç TrevTaxO(iiO[j,iSi|j.vov xai iitnéa xal CEUftTTiv jcai ÛT|Ta..., il faut également supprimer la proposition : xaOàitîp SiT|pTjTo xai npQTEpov. Enfin, l'interpolateur a corrigé le chapiti'e XLl, dans lequel est résumée la première partie de Touvrage, afin d'y mentionner l'œuvre législative de Dracon : M^-ri 3è taùry^v ^ Èitl Apwovroî, îv -îj xaX vdjiouî àvéfpaf|av tcsojtov (i). Il est, d'ailleurs, à remarquer qu'ici la retouche a été mal faite. Le premier régime qui soit mentionné est celui qui fut établi par Ion (npiiTT, fi,'ev yxf kyiwstù xaTâdTasLî Tùiv è; if/."'!! "Iwvûî xai tiûv |J.6t' aùtoù 5uvo:KT|trâvt(uv) (a). Ce n'était pas là une Constitution ; la première fut l'œuvre de Thésée, comptée comme SeuTÉpa xarâuTaoïî, mais comme TtpioTT,
JtOÎllTEta : itUTÉpK Be X.OÙ TipiÛTY, fJLExà T(I!JTÏ|V É^OUCiï ItoilTïl'oiÇ TK^IV ^1
èiil ©TitrÉiot Y£vo|j.svr| (3), La seconde est celle de Dracon; la troisième, celle de Solon : Metb Se Taû-r-riv tj tTui Aoàxovrot. . . Tfi'tTi B' ï] [lExà TT|V (iTaCTiv 7] £711 S'iiuiïOî-., (4). Pourquol le nom de Dracon nest-il pas, comme celui de Solon, précédé d'un chillre; en d'autres termes, pourquoi ne lit-on pas : AiuTÉpa Se [i£-rà TaÛTTjv ïj Ètu'i Asixovtoî... tpi'fïi B 7] [iêià t?|V ïriaiv rj È?tl ÏÏdXfovjç...? Cette négligence n'est-elle pas encoi'e un nouvel indice qui dénonce l'interpolation?
(1) Const d ilk , \LI, a,
(a) Const dAth \LI, a.
(3) Const dAth \LI, a.
(4) Const dAth XLl, a.