‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 25 sur 47 · KT L ŒUVRE D ARISTOTE I · texte numérisé non relu

KT L ŒUVRE D ARISTOTE I

paraît pas être à sa place dans le chapitre de rûsunié. qui sert de conclasion à ta première partie de l'ouvrage. Il y est dit que c'est justice, si le peuple s'est emparé des attributions judiciaires du Conseil, parce qu'il est plus malaise de currompre une foule qu'un petit nombra de citoyens (i). N'est-ce pus là une déclaration franchement démocratique'.' Il est, croyotis-iious, facile de répondre à cette objection. Il snilit, eu elFet, d'observer que l'auteur reconnaît ici une des nécessités du régime populaire. Le peuple, étant souverain, ne peut laisser échapper une prérogative aussi importante, ni négliger un insti-uiiient de gouvernement aussi puissant, que le droit de tout juger sans appel et d'exercer par le tribunal un coiiti-ùle elfieace sur la gestion des magistratures. Ce n'est nullenieut à dire que la démocratie soit, aux yeux de l'historien, supérieure à l'aristocratie ou à l'oligarchie; et la meilleure preuve en est que nous l'avons vu blâmer Périclès d'avoir accordé un salaire aux juges, et d'avoir, par cette mesure, si favorable pourtant au\ progrès de la démocratie, ouvert la voie k la curruption. De même, dans la Politique, Aristotc concède que, dans une démocratie, il est nécessaire de rétribuer l'exercice des magistratures (^) ; et cependant il déclarait, dans VÉthiqae, que la seule recompense qui doive être donnée aux magistrats, c'est l'honneur et la considération : ceux qui ne se contentent pas de ce noble salaire deviennent des tyrans (3).

L'historien de la Constitution d'Athènes n'est donc partisan d'aucun régime absolu, mais d'un compromis entre les trois régimes aristocratique, oligarchique et déiuoci-a tique. C'est, paiconséquent, à la classe moyenne (si ^iaat] qut; doit <>tre atU'ibuû le pouvoir, et c'est aux citoyens modérés, rep ré sentants de

(t) Conat. <rX(A., XLl, a.

<3) PoUtique. VI, lo, 8, lag:, a, 3S.

(3) ÉIhUjae d Nicomaqœ. V. 6, 5.

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Téquité (o\ kizieixiîç), que doivent être confiées les magistratures. S'il n'y a pas là de système, il y a, du moins, des principes nettement définis, et Ton aperçoit clairement Tidéal, vers lequel l'auteur tournait sans cesse ses regards.

Avant de démontrer que ces préférences sont tout à fait conformes aux théories professées dans la Politique, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de les ï»approcher des idées exprimées dans YHistoire de la Guerre du Péloponèse, et d'indiquer brièvement quelle influence décisive Thucydide a exercée sur Aristote. Il ne lui a pas seulement fourni de précieux renseignements, transmis les règles essentielles de la méthode historique, donné l'exemple d'une sévère impartialité et d'une admiration sincère pour Athènes ; il ne lui a pas seulement appris à envelopper de fortes pensées dans une phrase brève et solidement construite, il a porté, sur les mêmes hommes et les mêmes institutions, des jugements presque semblables et motivés par des considérations presque identiques.

Thucydide (i) ne penche tout-à-fait ni du côté de l'aristocratie ni du côté de la démocratie. Il sait le fort et le faible des deux régimes. Ghios et Lacédémone lui semblent bien gouvernées, et la Constitution de ces cités était aristocratique. « Les habitants de (^hios, dit-il, sont les seuls avec les Lacédémoniens qui aient, à ma connaissance, été heureux et *sages ; plus leur ville prenait d'accroissement et mieux ils y assuraient le bon ordre (q). » Il admire Périclès, bien qu'il soit le chef du parti populaire, parce qu'il a toujours été modéré et qu'il a su, sans violer la Constitution ni transgresser les lois, faire

(i) Nous n'avons pas ici à résumer toutes les idées politiques de Thucydide. Il nous suilit d'en énoncer les principales, afin de montrer dans quelle mesure Aristote s'en est inspiré. Nous renvoyons le lecteur à la lumineuse Introduction, que notre maître M. A. Croiset a placée en tête de son édition de Thucydide (Paris, Hachette, 1886), et qui contient quelques-unes des plus belles pages qui aient été écrites sur le grand historien .

(2) Thucydide. Hist, VIII, 24, 4.

m l'œutrb d'aristote i8i

respecter son autorité (i). Il hait la violence. Clëon lui paraît ridicule et odieus. Quand ce démagoffue est contraint de partir pour Pylos et qu'il se vante de réduire les Laccdêmonicns, Thucydide raconte que les Athéniens riaient de la fatuité de son langage, mais que les gens sensés s'applaudissaient, on d'être débarrassés de Cléon, ce qui semblait le plus certain, on de vaincre leurs ennemis ('»). Les excès coiniuis par les Quatre Cents sont formellement condamnés (3). Lorsque l'historien espose, à propos des troubles de Corcyrc, les dissensions auxquelles étaient alors en proie les cités grecques, il llétrit les abus des deux partis opposés, et plaint les modérés de ne pouvoir vivre en paix au milieu de ces agitations (4). Il loue sans réserve le gouvernement qui succéda à roligar(.-)iie des Quatre Cents. « Alors, pour la première fois, au moins de mon vivant, les Athéniens furent bien gouvernas, car c'était un mélange heareusement tempéré d'oligarchie rt de démocratie, et ce régime releva enfin la ville du mauvais état où elle était tombée (5) ».

L'analogie entre les idées de Thucydide ot d'Aristote est évidente, et le philosophe relève directement de riiistorien, dont l'influence se trahit jusque dans les théories de VÉt/iiqae et de la Politique.

(i) Thucydide, HUt., II, 65, 5 ; "Ooov tt yàs /sdvoï ^f^'irrr, tt,; mX((uç Vi TÏ, Efpï|VT|, jjLeTiiwç i\\-{ilxa xal ào^iaXhiç Siei^ùXïîev ai-c-r^v... Cl. plus bas, 8 : xaTEÏ^E to TtÀ-?|ÇlSî îXEufiÉftuî jtai oùx -^f"^ [jlï/Xov ùti' olÙtoÛ ij «OtÔî ^je...

{>) Thucydide, HUt, IV. i8. 5.

(3) Thucydide. Hi»t.. VIII, 70. i.

(4) Thucydide, HUt., l I, 8a, 8 : Ti Se (jlÉm tiTiv tioX-twv >vjî' àfis^TÉptuv

Y, St[ où îuV/JolviïOïTO /, oOoViO T0-; TTSllElVai SlIs'Ju'sMTQ ,

(5) Thucydide, HM.. VIII, gj, a : Kit 'rty ï]xnrr« Sr, toï ^tsm-tov /povûv ÈTtf y' ÈfLoû 'A'JïjVaîo! ^afvovrai eu ttisXiteù^ïïteî' |j,ÉTpix -^ii >■ te i; toÙ; i/i'vouî ita'i Toùî TtoXXo'J; ;0T>tl<ï9lî éYÉVETO, xii Èx irovï^stuv tiilv Ti-fi-^^xtiat YeVO|tM<UV TOÛTO TTlàÎTOV ivrjïÊfKt T-r,v JïoXlV.

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