CHAPITRE TROISIÈME Lb vocabulaire de la constitution D'ATHÈNES
Aristote déclarait, dans la Poétique et la Rhétorique, que la première qualité du style est la clarté, et que l'écrivain est clair, lorsqu'il n'emploie que des mots propres. Or, il ne semble pas qu'en rédigeant la Constitution d'Athènes, il ait eu de plus grande ni de plus constante préoccupation que la propriété. U ne se sert, en effet, que des termes propres et usuels ; il évite tonte circoidocution et tonte périphrase; il va même jusqu'à proscrire toute métaphore, comme si la comparaison ne lui permettait pas d'étreindre assez étroitement sa pensée.
Aussi relevons-nous dans son ouvrage, et, en particulier, dans l'exposé des institutions démocratiques d'Athènes, un grand nombre de mots techniques, qui ue se rencontrent point du tout, ou seulement à l'état d'exception, dans l'œuvre des écrivains classiques, et qu'il empruntait au formulaire dn droit public ou privé. Ainsi son style était, à la vérité, plus composite; il était, en revanche, plus précis.
Parmi ces mots techniques, ceux qui ne se lisent que dans la Constitution d'Athènes sont les suivants :
CeoY'"'"* (VII, 4)> qiî sera employé par Pollux; S(a4'T|f«i|iL<fï (XIII, 5),
jTciCïjjjidoaiî (XLV, i), qu'autorise le verbe ètiiÏtij^ioùv (i); TipoSçofieûEiï (XLIX, i), qu'explique et justifie le mot TrfdSpojj^oç, employé Sans la même phrase ;
(i) Xénophon. HelUitiqaea, V, a, aa.
LA. « CONSTITUTION' d'aTHÂNB9 », ETC. 3l3
iitTtTï|f(( (LIV, 3), formé par analogie d'après TCEVTt-nisiî (i); tpiaxovtipioï (LVI, 3) (a), itpotSsLxd; (LIX, 9), ^ikaioi (LXIIl, 3), xliiptuTTipiov (pag. XXXI da pap.), Bf/ou( et ijtTÎ;(ou; (pag: XXXIV da pap.), 5i«ppivti[iitvoï {pag. XXXVI du pap.) (3).
D'autres expressions sont moins rares, et l'on en trouve des exemples chez les écrivains classiques. Telles sont : ÏÇ1.Y" ««ifuYi'av (I) (4),
XUIjiLIlilO (VII, I) (5),
«ItlUXOTTOÇ TT|Î JtoXtTSÎaî (VIII, 4) (6).
offTpaxoçopfa (XLIIl, 5) (3),
eÛTTini. (XLIV, 4) (8),
ê:tiiTtûliov (XLVII, 5) (9).
D'autres locutions, peu usitées dans la prose attiqae, se rencontrent dans les ouvrages systématiques d'Aristote :
àpiTtfvST|V (I), qui se litdanslaPomi9ue(II, 8. 5. 1373, a, î»3)(io),
nXoutfïSiiv (III, i), rapproché d'àpitrrivBT|v dans la Politique (VI, 5, 10, 1093. h, 10);
itpo(rtiT-<it ToC BT,[tou (II, 3), expression de la Politique (VIII, 4. 5, i3o5, a, ao>;
icaocEvxxpivEiv (III, 5), également distingué de xpivfiv dans la Politique (VI, 11, 5, 1298, a, 3o);
(i> Cr. Hérodote, IV, g}; Thucydide, 111, to4, 3. — Voir plus haut, pages v} et suivantes,
(a) Platon et Démostliènes emploient le mot tpioixrJvTGptic-
(3) Uae scolie aux CheBaUer» d'Aristophane (v, iij:) rile ce mot comme appartenant à Aristote,
(4) cr. Platon, Lofa, 871. d.
(5) Démosthènes (XXIV. i!>o) emploie ce verbe an passif.
<6) cr. dans Platon. Lofa, ^, d. ÉTrCaxono; rapprocliv tk- vq^o^ùXi^. (:> Cf. Plutarque, VU iTAlcibUitU. XIEl.
(f<) Ce mot appartient i la lan)tne d'Hippocrale, (9) Cf. Plntarque. Vto de PirieU». XIII, et C. I. G. n' 4608. (10) Cf. d'ailleurs Andocidc, UI,3o; Platon, Lolt, SS5. c; laocroU, IV, 146.
ai4 LA te CONSTITITTION d' ATHÈNES »
vo|xo<puXixxETv (Vm, 4)i JQstifié par vo(i.ovûXa£ et vo^iOipitXaxiiit, mots de la Politique (III, ii, 3, 1287, a, ai);
Si!p«j^[ioî (X, a), dont les Économiques (II, 36, i353, a, 13) offrent un exemple.
Sans donte, ces expresaiona techniques ne sont pas \isuelles. Mais le nombre n'en est pas grand, et elles ne sont nullement obscures; le lecteur, qui trouve dans les développements mêmes, dont ces locutions font partie, de quoi les interpréter, n'a jamais de peine à en démêler ni à en préciser, le sens.
La clarté est donc la qualité éminente du style de 1" 'Afluvoiicuv iroXiTEi'a. Telle en est même la transparence, que l'idée apparaît en pleine lumière, sans que la forme dont elle est revêtue arrête jamais les regards.
L'auteur, d'ailleurs, écrit avec aisance. Si divers que soient les événements qu'il raconte, si complexes que soient les institutions qu'il expose; si abstraites que soient les idées qu'il exprime, et générales les lois qu'il formule, il semble se jouer de toutes les difficultés, et son style ne trahit jamais le moindre effort. Il ne cbercbe pas à briller, mais à instruire. Il ne vise ni au rare ni au merveilleux, mais seulement au simple et au naturel. Le seul plaisir, auquel il soit sensible et qu'il veuille nous donner, est celui de comprendre. Il ne distrait jamais sur lui l'attention du lecteur, qu'il concentre tout entière sur sa pensée. Il ne demande qu'à se faire oublier, et il n'y réussit que trop, car nous n'admirons pas assez avec quelle habileté il manie et assouplit la langue, sans jamais en violer les lois ni en méconnaître le génie.
Le style ne doit pas seulement être clair, il doit aussi, selon le précepte de la Rhétorique, être approprié au sujet [icpcitousa X«£i;). Les révolutions constitutionnelles d'Athènes ne pouvaient être racontées en un style bas et trivial, ni les institutions de la démocratie exposées en un style tourmenté et trop haut guindé. Or l'auteur de 1' 'A6i]vkiwv TtoXiTtfa s'est tenu
BT L ŒUVRE D ARISTOTE 2l5
également éloigné de ces deax extrêmes. Son style pourrait être défini la ^irt^ ^é^;. Il s'élève au-dessus du ton de la conservation familière; mais il ne se hausse jamais jusqu'au langage de la poésie. Il s'interdît les mots composés: et, comme nous l'avons déjà remarqué, l'on chercherait vainement, dans tout son ouvrage, une métaphore ou une comparaison.
Nous ; avons pourtant relevé quelques expressions poétiques, mais elles sont si peu nombreuses qu'elles passent presque inaperçues et ne produisent aucune disparate choquante. Ce sont les suivantes :
■rijv «triav TTiï aTitrttuï âviitTEt toÎ; îcXoimiîoîî (V, 3) (l).
Ta xpdjtuXov (XV, 4) (3).
ÎYÙvot; i-Kifiptiv (XXV, 9),
in\ TTïpaî ■ÏT^T^ ^V t'pî^inv (XXXVIII, 4)-
Peut-être la première de ces expressions est-elle une réminiscence et se lisait-elle dans les poèmes de Solon. qu'Aristote avait sous les yeux en rédigeant la Constitution d'Athènes, et dont il a, au cours de son exposé, cité de nombreux fragments, n n'est pas impossible que les autres locutions aient la même origine. Nous avons démontré que l'historien ne se faisait aucun scrupule, en consultant les oeuvres d'Hérodote et de Thucydide, d*en retenir non-seulement des mots, mais même des phrases entières. Il ne devait pas en nser moins librement avec les l(^ographes, qui, ayant hérité le langage dc^ l'antique épopée, employaient fréquemment des expressions ou des tours poétiques.
Ce n'est pas, d'ailleurs, que 1' 'ASt|V«iwv TtoXitEia ne contienne un certain nom*bre de termes rares et de proviiicialismes (Y^ùTTai), qui donnent au style un caractère étranger (Uv.x6-'). Tels sont :
[u(iL-f'i|jLoipia (XII, 5), qui se lit chez Lucien (3), mais dans un
<i) Cr. Euripide, Andromaque, v. 11S7.
(s) Cf. Sophocle, ÉUttrt, v. i36j; Euripide, BiratUt/vtritax, v. Sal,
(3) K^ovDvdXuiv, 16.
ar6 LA « CONSTITUTION d' ATHÈNES »
tout autre sens, celui de « mécontentement de sa destinée m;
■Kfoac]itx6ay.T^'rto toÛToi; (XIII, 5), dans le sens de : « à ce parti s'étaient joints .. . », alors que icpoaxo<T[AïTv signifie : <( ajouterai! ornement à... »,
èE«pi[(.svo< Ta Sitla itpo tûv Supàiv (XIV, a), expression dans laquelle le moyen É|aipc<i6cii n'est pas pris dans son acception ordinaire ;
[toîpa (XIX, 4), synonyme de {jLÉpoï ;
Éîa7top£îv (XXIII, i), dont l'on ne connaissait «jne le moyen (i) ;
Û7toçépi!r9ai {XXV, I ; XXXVI, i) signifiant « être miné » ;
Ta ÉTtifleTa (XXV, a), dans le sens de : « les prérogatives qu'ils s'étaient arrogées » ;
auvapÉnxEoeai toïî yiyvojisvoiî (XXXIII, a), tournure passive, qui ne se rencontrera plus avant Sextus Ëmpiricus (a) ;
oùj; oîov,. . àXXà xai... (XL, 3), expression qui, selon Phrynikos, n'est pas attique, mais sera usitée chez Polybe ;
TtpoTeTTiXajtSâveiv (XLI, 2), qui est fréquent au moyen, mais n'est pas usité k l'actif;
ivayiT\i.a-ca (LVIII, i), dont l'on ne citait pas d'exemple avant Lucien <3):
Ces expressions sont, sans doute, très rares et tout-à-fait étrangères au dialecte attique. Elles ne prouvent pas pourtant que la Constitution d'Athènes ne soit pas l'œuvre d'Aristote. Il y a des SiTza^ dans la Politique, par exemple -^nouOev 5ï) (4) et a^^Tclèiovti (5). Est-ce à dire que ce traité soit apocryphe?
Est-il besoin de faire observer que, dans cet abus des •jXwjtuxi. se trahit l'influence de cette singulière théorie, professée par Aristote, dans sa Rhétorique, et suivant laquelle le style est plus noble, si l'écrivain détourne les mots de l'acception vul-
(0 Plutarque, VU dAlcibiade, V.
(a) AdeerBus phjrsicoa. II, tio.
<3) DialoguK des coartUanea, XXVIII.
(4) PoUtiqae, II, a. i5, 1364. b, 9.
(5> PoUtiqae. III, 10, 10, Iï86, b, 36,
DAHISTOTE 01^
gaire et leur donne an caractère étranger? Mais il faut aussi reconnaître qu'Aristote n'est pas un pur Attiqae, comme son maître Platon. Né à Stagire, colonie fondée sur les bords da Strymon et les confins de la Macédoine par des émigrés d'Andros et de Chalcis, il n'est, pour ainsi dire, qu'un demi- Grec. Athènes sera sa patrie d'adoption; mais il n'y sera qu'un étranger domicilié, un métèque; il n'aura pas accès aux alfaires publiques. Les Athéniens, d'ailleurs, le regarderont toujours avec défiance. A leurs yeux, il restera un Macédonien, c'està-dire un barbare. Il se distingue d'ailleurs des Attiques, en ce qu'il est plus savant qu'artiste. Fils de Nicomaque, physicien renommé pour ses travaux de médecine, il reçut une é*lncation toute scientifique. Logicien, il a le génie de Tabstration. Ce n'est pas un imagînatif, mais un pur intellectuel. Il n'u pas, comme Platon, le don de poésie: il ne créera pas de mythes, pour suppléer aux défaillances ou à l'impuissance de sa l'aîson ; it ne procède pas par intuition, mais par raisonnement: il n'a qu'une méthode d'investigation, l'analyse, et it ne se préoccupe pas de lier et de composer par la synthèse les vérités, qu'en divisant les difBcultés, il a découvertes. Ce n'est pas à dire que son esprit n'ait point été nourri aux lettres et aux urts. S'il n'a pas été disciple d'Isocrate, il a, du moins, subi son influence, et il n'est pas jusqu'à ses attaques passionnées, qui ne prouvent quelle impression profonde il en avait gardée (i).
(i) Durant son premier séjour k Athènes <363-347 avant Jésus Cliri^l). AristoU, tODt en suivant tes leçons de Platon, s'occupa plus parliculîèrcmfnt de rhétorique ; il l'enseigna même et encourut ainsi le mécontenlemonl «l'Isncraie. qui était alnrs à l'apogée de sa Kinire et de son inllirenee. Il ntt-iqua avec violence les compositions de l'iilnstre rhcicur (Cicéron, tU Oratore. 111, sa, i4t; Orator, ig. 63; Quinlilien, Instlltttio oralorta, III, i. 116; IV. 3. lyli). Selon Qujntilien, Arislole lournait contre Isoi-ratc ee vers du Philoctète : «iayibv siuntïv |j.tv xai 'lT'jx;iT*f,v iîv XÉvtiv. Dcnys d ' lia lica masse ••rmtilc très irrité de renimosilé qu'Aristote montre contre le rhéteur : xi! i,'h' 'AiiHT^TÉXEi jrEiOcF[jiii ^'WaiïEiv tôv JvSiï flo'jXo[*(vi.. iJagement d'UovraU. p &77). Céphisodore, dixciple et ami d'Isocrate. défendit son maître, duns une réponse en quatre livres, fort prisée de Denya, et dans laquelle il
2l8 LA « CONSTITUTION d' ATHENES »
La Poétique et la Rhétorique témoignent combien les c poètes et des orateurs lui étaient familières; il cite de mémoire Homère et les Tragiques; il juge avec autant de gottt que de science les chefs d'œuvre des arts plastiques, dont un siècle auparavant, Périclès avait orné Athènes; il note entre Zeuxis et Polygnote les différences les plus subtiles; il emprunte volontiers ses exemples et ses comparaisons à la peinture, la sculpture et l'architectave. Nous voyons, par la Rhétorique, qu'il était sensible à la beauté propre des mots. Il était éloquent, et son commerce avait, sans doute, un grand charme, car son ami Antipater devait écrire à son sujet : « A tant d'autres talents, il joignait celui de gagner les cœurs »(i)- Il n'en est pas moins vrai qu'il parlait une langue plus composite que son maître, et ne se faisait point scrupule de fondre dans le dialecte attique des provincial! s me s ou môme des termes étrangers. L'alliage a de l'éclat et de la solidité. Il n'a pas la pureté du métal viei^e, forgé par Platon et Démosthènes.
C'est ainsi que certaines expressions, inusitées chez les auteurs attiques, sont autorisées par les ouvrages systématiques. Telles sont :
i^tonoiEioflai (VI, 3); cf. Politique, VIII, 3, i, i3o3, b, 24; aiyfjvm^oiixii (XVI, 2) ; cf. Rhétorique, II, 6, i384, b, 3 ; àvajjLÎoYïffOai (XXI, 3); cf. àv«i*i/9û(ri, employé dans la Poli-
altaqnait toul ensemble Aristote et Platon. Il était aisé, disait-il, de trouver, même chez les meilleurs poètes et les plus habiles sophistes, Sv V] Sùo TtùtTfiiâi EbT|[/iÉva, ee qui semble indiquer qu' Aristote avait blâmé certaines phrases d'Iaocrate. A la mort de Hlalon, en 34;, Aristote ouvre, non pas une école de philosophie, rivale <le l'Académie, mais une école de rhétorique, oti il s'applique à réfuter les théories d'Isocrate. Il ne devait cependant compioser sa Rkétoriqae qu'après son retour à Athènes, en 335. A cette époque, Isocrate était mort et i^on école fermée. Mais Arislole se tourne alors vers la philosophie. Il ne néglige cependant pas la rhétorique. Dans le Lycée, en effet, la philosophie était enseignée le malin; l'après-midi était consacrée k la rhétorique et à d'autres sujets plus accessibles à la foule.
(f) PlutarquR. ParallèU iTAlcibUtde et de Coriolan, 111. Cf. ParatUle d'Aristide et de Caion, 11.
ET I. ŒUVRE D ARISTOTE 9ig
tiqae, VII, a, ii, i3i9, b, a5, précisément à propos du môme Clisthènes ;
eûSii^Sopoi (XLI, a); cf. Politique, VIII, 5, j, i3o6, a. io{i).
n en est encore de même des locations suivantes :
TOi*lJTT|î Si T^( H^CiUt 0Û9T,( iv TT, ICoXtTtl'tt (V, l), qui pL'Ut Ht'C
rapproché de intl SI :tcpl tûv àiXXiav {jLopîiov t*^T|T2i tiôv év toÎï CcioK, dans le traité de la Génération des animaux (;;o5, a, i);
àiXï construit en corrélation avec [jit,te (XVI, 3), comme dans la Rhétorique (I, 4. laSg. b, 6) et la Politique (VIII, j. 7, i3o8, b. II):
oùjfi (XVIII, 5), qui d'après l'Index de l'édition de Berlin, ne se trouverait que dans deux passages île la Poétique, mais qui, selon Vahlen, est plus fréquent dans l'oeuvre d'Arîslote;
difàî aÙToùî (XXI, 4). synonyme de êauToùc, comme dans Y Éthique à Nicomaque (X, 6, 3, ii^ti, b, iS);
Sfxaioç itfôî T-f,v itoXiTïiav (XXV, i), qui correspond a B!it«i'j<iùïf,ï... TT^y icpoî TY|V itoXiTEtav de la Politique (VIII. 7, 14, i3o9, a, 36):
ô ((.év ef(.., ô B' tTtpoï... (XXXVII, i), qui se rencontre dans la Politique (VIII, 9; 10, i3i4, a, 3o).
Tout au contraire, d'autres locutions, étrangères aux auti-es œuvres d'Aristote, sont usitées chez les éiirivains classiques. Mais il n'en faut rien préjuger contre raulhenticilé de la Constitution d'Athènes. En raison même da sujt^l, le vocabulaire en devait être plus varié que celui des ouvrages systématiques. S'il en eût été besoin, Aristote n'eût certes pas hésité à employer dans ses n^ayiiLix-riiai les expressions suivantes :
KQiTx, signifiant : « à condition de » (II, 3), cnunnc dans les contrats de louage du iv° siècle (a);
napaaTs«tTiY(îo6«i (VI, a), dont l'historien niuJilic le sens,
(t) Susemihl considère. Il esl vrai, ce passage c< (B) Cr. C. I. A. D" 10», 1059.
330 LA n CONSTITUTION D ATHENES »
suivant une acception de la préposition -nxfi, et qui signifie : « être l'objet d'nne manœuvre » (i);
pXoHï^-ijlMÎv (VI, a), fréquent chez Platon, laocrate et Démosthènes ;
x>TC[ppuic>(v«[v (VI, 3), familier à Platon {Lois, 919, c) et à Isocrate (XII, 63);
xaTaçoTÎÏiiv (VII, a), que conservera Plutarqne (Vie de Solon, XXV);
ppaScÛEiv (XI, a), mot de Démosthènes (III, 38);
[lETxâéoOai, à la construction absolue (XI, a), comme chez Thucydide (VIII, 53) et Platon (République, 334, «);
itfoSsvtitnv (XV, a), qu'emploiera Plutarqne (Vie de Périclès,
xin);
7tG[fuivû(jiit>v (XVII, 3), qui se lit également chez Plutanjue (Vie de Numa, XXI);
ILEStSfuaDfJLEvoï (XIX, a), dont l'actif ae rencontre chez Platon (Lois, 904, e) et le moyen chez Plutarque (Fie d'Agésilas, XII);
itpoaofY"it's««t (XIX, 5), qu'emploiera Plutarque (Éducation des enfants. XVIII);
âfiliaTEï (XX, 3), emprunté à Hérodote (V, ja) ;
(TTo/aWjiEvoi (XXII, i), dans une acception dont Platon offre un exemple (Lâchés, 178, b) ;
itapopyiCeiv, à l'actif (XXXIV, i), justifié par le passif, qui se rencontre chez Démosthènes (XXVI, i^) ;
xaxonpxYlJiovii; (XXXV, 3), qui appartient à la langue de Xénophon et d'isocrale;
àvTEfYpïifEiv (XXXVI, a), employé au passif par Démosthènes (XXV, 73):
oirouSiÇeiv, construit avec une proposition infiuitive (XXXVIII, a), comme chez Xénophon (Helléniques, VI, 3, 11);
(1) Cf. itaoaarpa-rTiYEÏv employé dans un autre secs par PIntarqne, Vie de Phoeton, Vil; VU iPAUxandre, XXXIX.
BT L ŒUVRE D AR18TOTB 031
t(<(t>So)MpTup(a (LIX, 6), que Ton retrouverait dans Platon (Jhéétète, i48, b).
n est d'autres expressions, qui semblent dt^roger à l'usage d'Aristote. Par exemple :
cEÙtoTtXtK s qui jugent sonveraineinent s (III, 5) est justiBé par la Politique : oûSt Tàt Stovofa; elvai |xév«( -taÛTa; «faxTixàt TSf
Tàï KÙTOTtXtîï Xdt ràç aÛTÙiv EvIXEV SElUffZï Xal SldVClT^Ei; (IV, 3, 5,
i3a5, b, 17. Cf. Topique», I, 6. 9);
xup((oî, « en dernier ressort » (III, 6), est légitime, puisqu'Aristote attribue le nifime sens à l'adjectil' xOiioî;
iXÉYEta (V, 3), alors qn'Aristote se sert habituellement de iXÉ-j-ciav ; mais les deux termes sont synonymes, et il n'y a point de raison pour qu'il se soit interdit la première forme.
La locution ivrot t^iùiv (hvùv (XLIX, 3) semble être étrangère à la langue d'Aristote, mais elle n'a rien d'insolite ni d'anormal.
'ûç ÊTuot eI*eîv (XLIX, 4 et LXVII. I), au lieu de ic dTUEîv, qu'emploie d'ordinaire Aristote, est justifié par la Rhétorique (I, a, 1357, a, a6) et la Métaphysique (III, 5, 1009,. b, 16).
Au chapitre V, 3, l'on ne saurait objecter le rapprochement de là ic^SY|jioiTa et de i^ oûtrfs, car l'expression rà irpxvjjia-roi n'est pas ici synonyme de tk /p^iiaToi ; elle signilîe proprement non la fortune (oû<riii), mais la situation.
MtXXtiv est construit avec l'infinitif présent (VII, 4)> alors qn'Aristote le fait d'ordinaire suivre du futur. Mais le présent D'est pas rare (Cf., en effet, Platon, Protagoras, 3ia, b; Xénophon, Anabase, II, i, 3).
L'emploi de ^ùsci dans cette phrase : o\ xal tv, ^jiei ti^v imçavûï xal çfloi toî; Tupiwoit T\isa.i (XVIII, 4) semble contredire k la distinction établie par Aristote dans c-e passage de la Politique : ^ùnt -fàp tùv ^xatkix BiaiptpEo (liv tel, tcû livti B' EÏvari ■av aJTov (I, 5, a, la.'tg, b, i5); mais ne s'agit-il pas ici des
22ÎÎ LA « CONStiTtJTION D* ATHENES »
qualités morales, autant que de la naissance, et le mot ^uat^ n'est-il pas le seul qui puisse exprimer cette idée? C'est ainsi que l'historien écrivait plus haut : *Hv h' b S^Xwv ttj [lev <pu(T£t
Xal T7^ 86$Vi TWV TipojTWV (V, 3).
*T7C6p6àXXe<r0ai (XXXVI, 2) a ici le sens de « diflTérer ». Or, Ton a remarqué qu'Aristote exprime cette idée par àvaêàXXedôat (Rhétorique, III, 10, i4ii> b» i4)* Mais ne lit-on pas, dans la Constitution d* Athènes : àvaêaXXofjLevwv ttjv àiroYpa^r,v (XL, l), et n'est-ce pas que les deux verbes sont synonymes?
Enfin, il est vrai que l'adverbe Trapaurixa (XXVIII, 4) ^® s® rencontre pas dans les ouvrages systématiques. Mais c'est là un mot d'un usage courant.
Il en est de même de 8iq renforçant un superlatif (XL, 3). Assurément, c'est pur hasard si Aristote ne lui a pas fait jouer le même rôle dans ses npayfiLaTeTai.
En résumé, le vocabulaire de la Constitution d'Athènes est plus varié, et, par conséquent, moins pur que celui des œuvres systématiques. Cette différence s'explique par la nature même des sujets et aussi parce que l'ouvrage devait être publié. Le vocabulaire des npaYfjiaTeiai est assez pauvre. Les mots qui le composent sont comme les signes d'une algèbre qui se prêtent à des combinaisons infinies, bien qu'ils soient en nombre restreint. C'est, en effet, une algèbre que la langue des œuvres didactiques. Elle n'a plus l'incomparable richesse ni la prestigieuse beauté de l'idiome platonicien. Elle en a la simplicité, la clarté, l'aisance; elle en a perdu la grâce, l'élévation, l'éclat et la poésie. En revanche, elle peut exprimer les idées les plus abstraites et formuler les lois les plus générales; elle est un puissant instrument d'analyse; elle ne sert pas seulement au philosophe à consigner les résultats de l'investigation scientifique, elle lui permet aussi d'étreindre plus étroitement la vérité, de la contempler sous tous ses aspects, d'en démêler toutes les conséquences. Mais, en la rendant capable d'abs-
BT l'œuvrb d'aristotb aa3
traction et de généralisation, Aristote en a éliminé un grand nombre de mots concrets; il l'a, par conséquent, appauvrie: et il s'en faisait d'autant moins faute que ses inyAat:^ uV-taient pas destinées an public, mais réservées à ses disciples. Quand il voulut esposer aux Athéniens les éléments de sa doctrine ou leur faire connaître les résultats de ses recherches sur l'histoire constitutionnelle ou les institntions de leur cité, il reconnut que cette algèbre, claire. pour ses élèves, obscure ponr le vulji^aire, ne lui suHisait plus; il sentit la néicssité d'enrichir son vocabulaire; et, son propre fonds épuisé, il puisa des mots aux sources les plus variées et parfois les plus troubles. 11 n'a jamais été ni incorrect ni barbare, mais il s'est souvent écarté de la sévère tradition attique. Si le vocabulaire de la Constitution d'Athènes est plus étendu et plus composite que celai des nfa-fyjx-:cî<u, il ne s'en distingue, du moins, par aucun caractère essentiel.
Une autre preuve vient encore confirmer cette conclusion, c'est que les termes par lesquels Aristote désigne, dans la Politique, les éléments constitutifs de l'État, ont exactement la même acception dans la Constitution d'Athènes. Nous avons remarqué, à propos de la prétendue réforme législative de Dracon, que la distinction établie dans la Politique entre les mots vD[j.oi on tta^toi et l'expression Ti;i; tt^ï noi.it tîa^ était observée dans 1' 'A4T,vg[tuiM TtoXtrEt'x, à l'exception précisément du chapitre relatif k Dracon. De même encore les mots nïtETiî et «lîïîaSoti sont appliqués dans les deux ouvrages au mode de recrutement des mêmes magistrats Nons avons vu aussi que. parlant des Cinq Mille, l'auteur approuvait le nouveau régime parce qu'il n'accordait les droits politiques qu'aux citoyens en état de s'armer. Or, cette catégorie de citoyens est désignée par les mots oi ix tôIv ÏtiIcov (XXXIll, 2); et, dans la Politique, où il conlîrme ce jugement, Aristote se sert, à deux reprises, de la périphrase oi ri îjcïa i/ivTtç (VI, 10, 8, l-i<j', b, i. et II,
324 LA « CONSTITUTION d'aTHÈNEB »
5, 5, 1368, a, 3i). Ailleurs, il distingue entre □[ ^tcXit
6l ùjrXiteuKOTeî (VI, lo, 9, 1295, b, 13). Ce dernier terme n'est-il
pas l'équivalent exact de oi èx toiv STtXojv? Enfin, nous avons
démontré, par de nombreux rapprochements, que les expressions
ot [iwoi, vj (lÉoTi itoX[Te[«, ol liti£ixEî(, avaieut une si^ificatiou
absolument identique dans l'ouvrage historique et dans le traité
philosophique.
D'autres comparaisons peuvent être faites, qui ne paraîtront pas moins décisives. Dans la Politique, le mot Sy|[u:; désigne le peuple, en tant qu'il représente le parti démocratique, opposé aux partis aristocratique et oligarchique. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, on lit. II, 6, i5, 12^0, b, 18 : Tia^r/^i^n fif o 5ïi[toî Sià Tô [Lixiyti-i TTiî jjLeY[VrT(ç àf/Ti;... Or, il en est de même dans la Constitution d'Athènes : tijti 3è xûpioî b S-fjpioî Ytvôjjievoî ii5ï itpaY|t«Twv, iveoTTÎnaro r-J|v vÙv oEiiav TtohrsUv... (XLI, l). Quant au peuple, considéré comme formant la majorité et détenant la souveraineté, sous le régime démocratique, Aristote le désigne par le mot ;t).fieoç. La Politique définit ainsi la démocratie : BTifJLoxparia Bé ésTiv, Srav ^ xûpiov -rb 7tiî|6û! (III, 5, 5, lajg, b, 21). Même acception dans 1' 'A6T|Vct[(iiv TroXitEfa : IneiTs pouXojjLcvuv AaxiSai|ji,oviuiv îx ^excldoi àîriÉvai ttp' oïç ï;(Ou(iiv ixâ-ripoi xal. sIp-^vTiv âyEiv, Ivioi (*È¥ IffîtoùBaî^ov, tô Be itliîOof oùx otc^^xouctev... (XXXIV, l). Cest ainsi que & Bt|(aoï et Tb :tï.T|8oî peuvent être rapprochés, sinon comme synonymes, du moins comme désignant un même objet considéré de deux points de vue difTérents : xai xaeiirt»Tsi pattiXeùî EX TÙJv éniEixÙJv... 6 B'e TÙfavvo; éx toû BTJpiou xal toû irX^^flouî Énl Toù( f^iupiyoui; (Politique, VIII, 8, a, i3io, b, la);,.. Tphov S' w liâXiarà çasiv iojjuxsvai rb itlîjfloî, ■>] eïç to SixaffTTipiov Itpsffiç' xùpioç yàp (uv ô SîijiOï TT|ç iji^^ipou xûpioï YÎYvtTa[ tï|ç ;toXiTSi«ç (CoHSt. d'Ath, IX, a), 'HTTcojiEvoî Se Taî( STaipEiarç 6 KXï[0-6Évr|î Tt^om\yiftTr) ràv B-ripiov, àTcoS<Soiï Tû 7tXT,6tt TV ■«ûXiTEfav (Const. d'Ath. XX, I). A côté de To TrÀT|Ooç, l'expression ol icoXkol se rencontre de part et d'autre, avec le même sens (Politique, III, 5, i, 1379, a, 3o ;
BT I. (KL'VKi; D ARISTOTB
Connl, dAth.. XXVII, i). On a noté que le mol 5/Xoî, si fivquent dans la Politique (es. VII, 3, a, i3ao, a, lo) ne se trouvait pas dans la Conalilation d'Athènes. Or, il nous semble qu'il était employé dans Tun des premiers chapiti-es, aiyoui*d'hui perdus, de l'ouvrage. En effet, Plutarque, citant Aristotc, à propos de Thésée {Vie de Thésée, X\V), s'expi-iiue ainsi : 5t( Si itfÙTOç àTutxÀive xpbç tôv Sj^Xoi, wç 'ApuruoTÉÂTi; itt^fi... Ne semble-Ml pas rapporter les termes mêmes de 1' 'AOtivaiiuiv tioXiteiiz ? Dans ce dernier ouvrage, l'épithète 5T|[jL0T(>tiiî se lit avec le sens de « partisan de la démocratie » (VI, a; XXXIV, 3), comme dans la Politique (II, 3, ta, ia66, a, 3a; Vi, ii, 8. lagë, b, a4; Vil, 3, 3, i3ao, a, i3). L'acception de « favorable à la démocratie (X, i; Xlll, ^)» n'a riçn d'anormal.
Le parti aristocratique est désigné, de part et d'autre, par l'expression oi y*""?'."-*' • éttî tîï lùtt yvMiijjiwï çtiovEixi'aç xai çTisEiç Kx\ 5ii Twv vdjiuiï itEiaSudai Seî (poiiT-riiv (Politique, VIII, ;7, 5, i3o8, a, 3i); ... èêoûXovTo yào ««l tûv •fvtupf)*"'^ "■"■'■ '^'"^ ÔT|[iiiTiKiûv oi iroXXoi (Consl. d'Ath., XVI. 9). Mais il est remarquable que l'expression équivalente oi iitufavcEç ne se lit que dans la Constitution d'Athènes.
L' 'A5^f|Vat»Dv TtoXiTsia appelle les riches ot irloùaioi (II, a) ou 01 cïitofoi (II, a), comme le Politique (II, 4t 3. "61). b. 3; VII, 6, 4> i=^< ^> i^)- '^I ^i^ ^^^ ^^ même pour les mots ol tuévt^teî, désignant les pauvres (Const. d'Ath., II, 3; et Politique, VII, 7, 5, 1394, b, a3). Mais nous devons reconnaître que l'expression oi âicopot {Politique, VII, J, 5, I394> b, 33) ne se rencontre pas dans la Constitution d'Athènes. Au parti oligarcbique est appliquée, dans les deux ouvrages, la dénomination oi ôX{y°i (Const. d'Ath., V, i; Politique, VIII, i, 9, i3oa, a, i4). Le mot il'yjni^ a aussi, de part et d'autre, la même acception {Const. d'Ath.. VI, 4; Politique, II, 4- a, 1366, b, 7). Il en est de mt>me do juitovexTtïv {Const. d'Ath., V, 3; Politique, 11, 4. la, 1367. b, 7) et de itXwMsEta (Conar d'Ath.. VI, 3; Politique, III.
Q26 LA « CONSTITUTION d'aTHÈNES »
7, 2, 1282, b, 29). Enfin, est-il besoin de rappeler que l'idée de souveraineté est, ici et là, exprimée par l'adjectif xupioç (Const. d'Ath., IX, 2; Politique, III, 6, i, 1281, a, 11), et que toutes les magistratures, mentionnées dans les deux ouvrages, y sont désignées par les mêmes termes? La Constitution d'Athènes et la Politique appliquent donc exactement les mêmes dénominations aux mêmes institutions et aux mêmes magistratures. Toutes les différences, qui peuvent être relevées dans le vocabulaire des deux ouvrages, et que nous avons- nousmêmes notées, ne peuvent prévaloir contre une aussi parfaite concordance. Ce ne sont pas là des rencontres fortuites. Il est manifeste que deux écrivains n'auraient point désigné par les mêmes mots les mêmes éléments politiques. Si les mêmes expressions se lisent dans l'exposé historique et le traité didactique, c'est que l'un et Tautre sont inspirés par les mêmes idées, se rattachent aux mêmes principes, et relèvent de la même doctrine; en un mot, parce qu'ils ont été conçus par une même pensée, et composés par un même • auteur.