‹ La "Constitution d'Athènes" et l'œuvre d'AristoteChapitre 36 sur 47 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Le rvthme et le nombre oratoirb dans la CONSTITUTION D'ATHÈNES

A) — De l'Hiatus

Depuis laocrate, les écrivains gi-ecs ne se periiH-lteiil riiiatiis qu'après certains mots, qui se rencontreot dans pi-esquc toiitus les phrases, dout ils sont pour ainsi dire les organes essentiels, et que les ^ammairiens ont maintes fois ênuniérés. L'auteur de la Constitution d'Athènes se couf'ornie à cette t^glc. Il n'admet l'hiatus que tlans les cas suivants :

I") Après xai, l'article. Se, Ti*â, ïittita, ÛTa, i.}./.i, \>.r,ti. ]^yfii- TciïTa, açoSpa, Siâ, ittfi, (liXiffr». Encore la plupart de ces mots se pnMent-ils à une êlision, qui résout l'hiatus. Api-ès ar,. il est tantdt permis et tantftt évité.

2") L'hiatus se rencontre naturellement dans les expressions techniques, les locutions qui servent à préciser une date, les termes constitutionnels ou juridiques. Il sera, par conséquent, moins rare dans la seconde partie de l'ouvrage que dans la première,

3°) L'hiatus est assez ordinaire devant leâ formules de transition Éti àé. Iti S'e xsf, qui sont familières à Aristote ; et, enfin, il se rencontre dans l'expression : f,, lô, 3vo[lii ^,v. et dans la formule : iyahn^ TroXiTou Éû^ov. si Iréquente dans la Politique. Ces dernières libertés sont dues k l'emploi de formes usitées dans la langue philosopliique d'Aristole. En i-epreuunt ses habitudes de style, il est tout naturel qu'iiivulonlairement et presque k son insu, il se relâche de sa rigueur.

a36 LA « CONSTITUTION D* ATHÈNES »

4°) Après un xùX^v. la panse n'autorise pas l'hiatus. Cette règle est sévère, .et l'on sait qu'lsocrate lui-même ne s'était pas imposé cette obligation.

Cependant ces exigences sont moins étroites qu'elles ne t'eussent été pour un disciple d'Isocrate. Ce sont sensiblement les mêmes qui sont observées dans les ouvrages systématiques. Dans la Poétique, la Rhétorique. VÉthique, la Physique, Aristote semble y avoir prêté peu d'attention. En traitant d'une matière scientifique, qui exige l'emploi de nombreux termes techniques, il est, en efTet, diflicilc d'éviter ces rencontres de voyelles. Le philosophe ne sacrifie jamais à l'harmonie de la phrase le mot propre, ni le tour le plus convenable ii l'expression de la pensée. A mesure qu'il avance dans la rédaction d'un traité, on voit que sa sévérité se relâche. C'est qu'il s'applique de pins en plus an fond, et de moins en moins à la forme.

Le début du Traité de l'âme, de la Poétique, de chaque livre du Traité du Ciel et de VÉthique, semble plus soigné. Dans l'introduction historique de la Métaphysique, l'hiatus est rare. Il y a une différence sensible entre les diverses parties dont se compose la Politique : le pi-emier et le septième livres semblent avoir été plus rapidement écrits ou moins attentivement révisés que les autres. La dilFérence n'ont pas moins sensible entre la première et la seconde partie de la Constitution d'Athènes, la seconde étant d'un caractère plus technique que la première.

B) — Du rythme.

Dans la Pré/ace de son édition (i) Fr. Blass s'applique k démontrer que l'auteur de la Constitution d'Athènes a observé les règles rythmiques, formulées dans la Rhétorique, Nous

il) ArtêtoUlla XloiitsioL 'M-ri,wxUuv (Leipsig, Tenbner, 1893).

ET l'uîuvre d'aristote •i3'J

croyons que cette tentative est restée vaine ; in |>lii[)ai't des observations de Fr. Blass nous paraissent inexactes, et ses coDclosiong Ibrt exagérées.

Il y a, dans 1' ' AUrjVxitoi TtoXi-rtia, peu de pht-ases, où il soit possible de démêler un rythme réfpilier et persistant. Cei-taines semblent cependant avoir la forme péonique, c'est-à-dire que, dans le développement verbal, se rencontrent plusieurs péons :

MtT« Ss TaÙTOi ffUïiSv, ffraffiioai . . . (II, l),

"Kti Bè xai Stà ti [ir, ... (IX, a).

MeTB Se TaÛTa ffuvÉÊaivtv tioÎ^XiS -tfa/OTspav e^vai t/^v -uiavviSi' xai

fip Sii TÔ ti[luij;eïv TiScXfùi xal Sià tô noXXoù;. . . (XIX, i),

M<-rà Si «Ot« -r>v(6aivsv àviwSa,. . . (XXVI, a).

Eat-il besoin de faire remarquer que toutes les phrases, si nombreuses, qui commencent par les formules jjiiTà os -TaCi-a ou [itrà Be tïût» (TunsSaive*, ont la forme péoniqae?

... Trpoo-opYi99î*tïî Tû Y'^^l'-"';'' KXto|jitvnï k\iiti]i.hiM tov flamXta

OTOXOV t/OVTOl , . . (XIX, 5),

I* rythme anapestique est beaucoup plus rare ; il n'est cependant pas sans exemple :

Aicvti^t 8e xal TT,v /Mfio™ xatà BT|[i.ouç tfiixovTJ aipT,, îina jiîv

T«.v . . . (XXI, 4).

D'autres fois, le rythme est dû à la répétition d'éléments métriques plus complexes :

Metb 8'e xaÛTst auvÉê-rj ffraffiioai tout -te Y^<opi[iouç x«l tô itXT|Soî itoXùv jjpdvov . . . (II, r).

. , . Stioiç ivaf p^'f "^'^^î t" 9É9(j i3l ^iiTTo>iîi irpoî tt^v tiôv Tuapavofj^oùvriov iipi»,Y . . . (III, 4).

. . . kni aï TOÏï Eriù[ji.ixiiiv ijirav ot SavEicTjjiûi, xaOÎTrEp sf^iTiTai, xaX >) ^wpa Si ÔXifiuv ^v ... (IV, 5).

... Ta jj.iv ^îTitiftwvTSî, Ta Bè ivaxpi'vovTÊî . . . (XI, l).

Le rythme est ici rendu plus apparent par ïhomoioteleaton.

... Ta Se iTÙfjnravTa crùv ûîî i TraTïjp -np^Ev Èvo; Seî ievTT|KOïTa (XIX, 6).

ToÛTbiv Se •fStOji.ivtoy S'r|[j.OTixci>TÉpa ito^ù ^r^q SdXuivo; Éy^veto -r] ^oXi- «f«... (XXII, 1).

... ïittiiij-av S' eiî AaxeBai|iova, ^OTiflEfav [ieTa7rE|iitô[i£voi xal /fî" (laTa SoiveiïV'vo. (XXXVIII, i).

Blass mentionne des rythmes plus complexes, mais dans lesquels les mètres empiètent les nns sor les autres; dont l'unité par conséquent, n'est pas saisissable, et dont l'effet musical est nul.

La règle formulée dans la Rhétorique, et suivant laquelle il est préférable de commencer le xùïXov ou la phrase par un péon

ET L ŒUVRE D ABISTOTE

premier et de la terminer par un péon quatiuiuo n'est <iiu' rarement observée :

. . . ;,ï j-àfiy b vdjioî itibr, . . . (XXII. 6).

Les deux péons ainsi opposés appartiennent souvent à deux :(')Xa difTérents :

... ÈTtî TT,v Toi; -noXÉnou xŒTaiufftï. Oi Sï itapaXaStivTEî... (XXVIII. l).

Le péon premier seul commence parfois plusieurs xiôÂa consécutifs : XXVIIl, 4 :

01 Be HE pi Tov. . . J ■AiXàSiàtaCta... )

Il peut aussi commencer et finir le xcSio» : XVI, lo :

Ëa revanche, le péon quatrième, qui commence un très grand nombre de phrases, se rencontre souvent au commencement et à la fin du xùXov : XI, a :

"AjAd 5t x«l auvféaivsï aÙTiS ... Sià tÎî tôIv /pe"iv iitoxoitiï.

... MsTi 5è Taùta .... -riit T,Ytpiov[aç, . , tW 'outiu Jt«Ta9;/ïiiit!v tY,v

i]T«(*o^(«* (XXIV, i).

Les deux péons correspondants peuvent apiiartcnir à deux KûXa différents : III, i :

""Uf/ov Sa ta [*tv TtpcÛTov S(3 fHou, (lerà S^ raÙTa SixitTiiav.

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