‹ La Constitution d'Athènes et l'Œuvre d'AristoteChapitre 15 sur 44 · RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

RESTAURATION DE LA DÉMOCRATIE

Le régime démocratique se maintint jusqu'au désastre de Sicile, en 413. Athènes, que sa défaite mettait à la merci de Lacédémone, se décida, sur la proposition de Pythodoros, à rétablir l'oligarchie. Le peuple espérait ainsi se concilier l’alliance du Grand Roi, dont l’appui avait assuré la victoire de Sparte (e. XXIX). La Politique lui prête la même intention. Aristote y explique, en effet, que les révolutions procèdent tantôt par la violence, et tantôt par la ruse. La ruse emploie d'abord la persuasion. Par des promesses mensongères, elle fait d'abord accepter au peuple la révolution; puis elle recourt à la force, pour se maintenir contre sa résistance. Aïnsi les Quatre Cents trompèrent le peuple, en lui disant que le Grand Roi lui fournirait les moyens de continuer la guerre contre les Lacédémoniens ; et, ce mensonge ayant réussi, ils essayèrent de garder le pouvoir (1).

Le décret de Pythodoros confiait la rédaction d’une cons-

titution à trente commissaires (xo65ovla), cheisis parmi les citoyens âgés d'au moins quarante ans. Ces commissaires sont mentionnés dans la Æhétorique, à propos d’une question adressée par Pisandre à Sophocle, au sujet des Quatre Cents (2). Dans

la Politique, Aristote démontre que l'institution des commis-

(1) Politique, VII, 3, 8, 1304, b, 8.

(2) Rhétorique, l1f, 18, 1419, A 120 70 DIOV SOON ANS ÉpOTUpLE Vos ÜTÙ Iersavèo oou ei Edorey aÜT OOTED a Toic Hore mp0boU OL XATOGTAGEL TOUS TETE œxoslouc.

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Lien sont les commissaires, dont T'éta | principe de la + démocratie « et Hu un Sénat. PR

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n’en us jamais être fort élevé. cette nn appartient | en.

propre à Toligarchie (D. Elle doit. aix classée parmi | les A magistratures proprement dites, c’est-à-dire parmi celles qui confèrent le droit de délibérer, de décider ou d'ordonner. Ce sont les dernières qui sont les plus élevées, car ordonner est vE

le caractère définitif de l'autorité (2).

Ro Les commissaires, institués par le décret de PYtholoros

mn assurèrent d'abord la liberté de toutes les propositions qui | AU ‘ « - vs seraient faites pour le salut public. Ils suspendirent ou abro- Ë

gèrent toutes les lois destinées à prévenir ou à réprimer les innovations ‘constitutionnelles, Ils défendirent aux magistrats, sous peine de mort, d'en poursuivre les auteurs. Ces précau- LS tions une fois prises, les commissaires firent voter la gratuité de toutes les fonctions publiques, à l'exception de l’archontat et de la prytanie, dont le salaire quotidien était fixé à trois oboles, et l'institution d’un corps souverain d’an moins cinq mille citoyens, pris parmi les Athéniens capables de

servir l'Etat de leur personne ou de leur argent. Ce choix

(1) Politique, VI, 12. 8, 1299, b, 30.

(2) Politique, VI, 12, 3, 1299, a, 25. L’'’AÜnvalwy moktelx mentionne trente J xo66ovhot. Thucydide n’en comptait que dix (VIII, 67). Or Harpocration : (art. ouyypapec) note cette divergence entre Thucydide et les atthidographes, Androtion et Philochore. Cette constatation n’est pas dépourvue d'intérêt. Elle prouve que l'auteur de la Constitution d'Athènes a puisé de nombreux renseignements dans l’œuvre des annalistes,

Er E ŒUVRE D ’ARI ISTOTE

devait être hi par dix Gtoyens, ave dans chaque tribu et.

: âgés d'au moins quarante ans (ce. XXIX). Ce projet de Const "+ 1 “ tution était oligarchique, car les fonctions publiques Ÿ étaient Fe | ï rendues gratuites, et tous les citoyens qui n'avaient pas de. revenus et devaient travailler pour vivre en étaient écartés.

Comme le dit Aristote dans la Politique, c’est la pauvreté qui distingue essentiellement la démocratie; et la richesse, :

l'oligarchie : partout où le pouvoir est aux riches, majorité ou minorité, règne l'oligarchie (1).

Ce corps souverain, d'environ cinq mille citoyens, ne fut. \ jamais constitué. Provisoirement, le pouvoir fut exercé par les citoyens sous les armes, au nombre d'environ cinq mille. Ceux-ci désignèrent cent commissaires, chargés de rédiger une nouvelle constitution. Le projet qu'ils élaborèrent confiait la direction des affaires à un Sénat, dont les fonctions devaient être gratuites et annuelles, et qui recruterait parmi ses membres les titulaires de toutes les magistratures importantes. Les Cinq Mille étaient divisés par le sort en quatre sections. Dans chacune d'elles, les citoyens âgés d'au moins trente ans formaient un Sénat. Il y avait ainsi quatre assemblées, qui, à tour de rôle, siégeaient pendant un an. Chaque sénateur pouvait s'adjoindre un assesseur, ayant l’âge légal : il devait être présent à toutes les réunions, sous peine d'une amende d’une drachme (c. XXX).

Ces dispositions ne furent pas appliquées. En fait, le pouvoir fut exercé par un Conseil de quatre cents membres, choisis, à raison de quarante, parmi les candidats de chaque tribu. Provisoirement les stratèges étaient élus parmi les Cinq Mille; mais, à l’avenir, le Conseil devait nommer dans son sein une Commission de dix membres, investie d’un pouvoir discrétionnaire. Les Cinq Mille ne furent choisis que pour la forme. L'oli-

garchie était établie (411 avant Jésus-Christ, ce. XXXI-XXXIT).

(1) Politique, IT, 5, 7, 1279, b, 39.

1e ‘cations furent rompues. L'auteur de

ne nous ee. Es Re Her

ag l'occasion a tee en sea ét Due qui divi

sèrent les oligarques. Parmi les causes de révolutions, ue

portent en elles les oligarchies, il compte la ‘turbulence des

oligarques, qui se font démagogues, car l'oligarchie a es ses =

démagogues. Il cite alors l'exemple de Chariclès, qui fut un

démagogue parmi les Trente, et de Phrynikos, qui ac AEARE

même rôle parmi les Quatre dents (2). Noa

Le gouvernement des Quatre Cents ne dura guère que quatre mois. Après la défaite navale d'Erétrie et la défection de l'Eubée, les Athéniens le renversèrent et remirent le pouvoir aux Cinq Mille, c'est-à-dire aux citoyens en état de s'armer

eux-mêmes. En même temps, ils décrétaient la suppression des

salaires pour toutes les charges. Les principaux auteurs de Fa

cette révolution étaient Aristocrate et Théramène. L’historien

loue le nouveau régime. « La cité fut alors bien gouvernée,

car l’on était en guerre, et c'était aux citoyens capables de

s'armer eux-mêmes, qu'appartenaient les droits politiques » (2). Or l'attribution des droits politiques aux citoyens qui sont capables de s’armer eux-mêmes est précisément l'un des principes de la politique d’Aristote. Traitant des expédients auxquels recourent les divers gouvernements, il dit que les démocraties assurent une indemnité aux pauvres, qui assistent

au tribunal et à l'Assemblée, et promettent l'impunité aux

(1) Politique, VIIL, 5, 4, 1305, b, 22.

(2) Const. d'Ath., XXXIII, 2.

Me te äroits on appartiennent à mere qui A Vars

Sun l'a ones et c'est parmi ‘eux que sont choisis s les. magis- trats (2). Il en fut de même chez les Grecs, après la chute de la royauté. Les premières républiques n° étaient formées que de guerriers portant les armes. À l'origine, (4 étaient des cavéliens,

Carta cavalerie faisait’ alors toute Ja force és armées. Mais à

mesure que les États s’agrandirent et que l'infanterie prit plus

d'importance, le nombre des hommes jouissant des droits poli-

tiques s’accrut dans une égale proportion (3). Aristote avait

déjà, en critiquant les théories d'Hippodamos de Milet, exprimé

la même idée sur la nécessité de recruter parmi les citoyens en état de s'armer les stratèges, les gardes de la cité, et, en un mot, tous les principaux magistrats (4). |

Après le renversement des Quatre Cents, le peuple, trompé par ses conseillers, commit la faute de condamner les stratèges, qui avaient été victorieux aux îles Arginuses, et de rejeter, sur les instances de Cléophon, les propositions de paix faites par Sparte, après cette défaite. L'année suivante (405 avant Jésus- Christ), il essuya le désastre d’Ægos-potamos, qui rendit Lysandre maître d'Athènes. Les Athéniens étaient alors divisés

en trois partis : les démocrates désiraient Île maintien du

(1) Politique, VI, 10, 8, 1297, b, 1

(2) Politique, VI, 10, 9, 1297, b, 12.

(3) Politique, VI, 10, 10, 1297, b, 16. Nous avons déjà cité le passage dans lequel Aristote établit que la cavalerie est l'arme de loligarchie (VI, 5, r, 1289, b, 27). .

(4) Politique, II, 5, 5, 1268, a, 21.

d DS W, L AD

; A « CONSTITUTION RÉ, » CIRE me

“régime populaire : les aristocrates, organisés en. associations, er les exilés, rentrés à Athènes, souhaitaient l'oligarchie ; enfin,

AS les partisans de Théramène s’attachaient : à l’ancienne Constitu- ,

tion, qu'ils prétendaient restaurer. Bien qu'il fût stipulé dans | le traité que les Athéniens garderaient les institutions de leurs

pères, le vainqueur appuya les oligarques, et le peuple dut

rétablir l'oligarchie (e. XXXIV). En combattant la démocratie,

Lysandre se montrait fidèle à la tradition de Sparte, ainsi

définie par Aristote, dans la Politique : Les peuples, qui ont

tour à tour exercé l’hégémonie de la Grèce, ont fait prédominer dans les États soumis à leur puissance leur propre Constitution, tantôt l'oligarchie, tantôt la démocratie; ils se souciaient seulement de leurs propres intérêts, et point du tout de ce qui importait à leurs tributaires (1). Aussi les gouvernements succombent-ils parfois à des causes de destruction, qui leur sont extérieures, par exemple, quand ils ont auprès d'eux un État constitué sur un principe opposé au leur, où quand cet ennemi, tout éloigné qu'il soit, possède une grande puissance. Témoin la lutte de Sparte et d'Athènes : partout les Athéniens renversaient les oligarchies, et les Lacédémoniens, les constitutions démocratiques (2).

Sous la pression des vainqueurs, le peuple désigna donc trente magistrats, qui furent investis de tous les pouvoirs. Les Trente recrutèrent un Conseil de cinq cents membres et les autres fonctionnaires parmi les candidats présentés par les Cinq Mille. Ils s’adjoignirent dix archontes pour le Pirée, onze geôliers et trois cents gardes.

Leur gouvernement fut d’abord modéré. Ils abolirent les lois d'Éphialte et d'Archestratos contre l'Aréopage, ainsi que toutes les lois de Solon, dont l'interprétation prêtait à la discussion. C'était ôter au peuple le droit de trancher les contes-

() Politique, VI, 9, 11, 1296, a, 32.

(2) Politique, VIIL, 6, 9, 1307, b, 20.

cites, nes re ‘affaiblir. ee ennemis que pour accaparer

leurs biens ils n ‘exécutèrent pas moins de quinze cents per- sonnes. Dans la Politique, Aristote, traçant leurs devoirs aux

chefs des oligarchies, les engage à faire de nombreuses dépenses

pour la cité. Le peuple, alors, ne se plaindra plus de ne pes

arriver aux emplois, et sa jalousie pardonnera sans peine à: qui doit payer si cher l'honneur de les remplir. Ainsi, pour leur installations les magistrats devront faire de magnifiques sacrifices, construire des monuments publics, donner des banquets et des fêtes, Mais aujourd’hui, dit le philosophe, les chefs des oligarchies, loin d'agir ainsi, font précisément tout le contraire; ils cherchent le profit autant que l'honneur. Et il termine par ce trait de satire : « Aussi peut-on dire avec vérité” que les oligarchies ne sont que de pelites démocraties (1) ».

Les excès commis par les Trente furent blâmés par Théramène. Aristote constate, en effet, dans la Politique, que la désunion règne parfois entre" les oligarques. La démocratie, dit-il, est plus stable et moins sujette aux changements que l'oligarchie. En effet, dans l’oligarchie, la division peut naître soit parmi les oligarques eux-mêmes, soit entre les oligarques et le peuple (2). Théramène conseilla donc aux Trente de cesser leurs violences et d'admettre les meilleurs citoyens aux affaires. Les oligarques refusèrent d'abord; mais, craignant qu'il ne devint le chef du parti populaire et ne les renversät, ils dressèrent une liste de trois mille citoyens, auxquels ils promirent de donner les droits politiques. Nous devons rappeler ici le passage de la Politique, dans lequel c'est Chariclès, qui est

(1) Politique, VII, 4, 6, 1321, a, 4o.

(2) Politique, VIII, 1, 9, 1302, a, 8.

Ho LA ( CONSTITUTION D'ATHÈNES

nommé comme ayant été un démagogue parmi les Trente (1). Ce texte ne contredit point, d'ailleurs, la Constitution d'Athènes ; car Aristote n'entend pas dire que Théramène n'ait pas joué le même rôle parmi les oligarques.

La proposition des Trente ne satisfaisait pas Théramène. Pourquoi, disait-il, ne conférer les droits politiques qu'à trois: mille hommes? Le nombre des bons citoyens était-il donc si peu élevé? La Politique donne raison à Théramène. Lorsqu'il juge la Constitution de Solon, Aristote dit que l’on ne saurait écarter la masse des citoyens de toutes les charges, ni les priver de toute distinction publique : ils deviendraient, en effet, les ennemis de l'État (2). Théramène reprochait encore aux Trente de prétendre imposer une domination aussi lourde à un peuple, dont ils eussent été impuissants à réprimer la révolte. Les tyrannies ne peuvent, en effet, se maintenir que si elles disposent de forces assez grandes pour résister à la volonté du peuple. Il n’est, dit Aristote, dans sa Politique, qu'un point essentiel que la tyrannie ne doit jamais oublier : c'est d’avoir toujours la force nécessaire pour gouverner, non pas seulement avec l’assentiment, mais aussi malgré la volonté générale. Renoncer à cette force, ce serait renoncer à la tyrannie même (3). Mais, au lieu de suivre les sages conseils de Théramène, les Trente l’accusèrent auprès des Lacédémoniens et leur demandèrent des secours. L'harmoste Kallibios vint done, avec sept cents soldats, occuper l’Acropole. Cependant Thrasybule s'’emparait de Phylé avec les émigrés. Les Trente marchèrent contre lui et furent battus. Ils résolurent alors de désarmer les citoyens et de perdre Théramène, En conséquence, ils firent approuver du Conseil deux lois : l’une,

qui leur conférait le droit de mettre à mort quiconque n'était

(x) Politique, VIIL 5, #4, 1305, b) 22.

(2) Politique, II, 6, 6, 1281, b, 28.

(3) Politique, VIIL, 9, 10, 1314, a, 34.

; ent re et XXXVID. Fe rene se 5 comme les tyrans et, en particulier, comme Pisistrate, qui avait désarmé le peuple pour. affermir son pouvoir QG). Aristote tabl, ‘en effet, que l’oligarchie a les mêmes défauts que la

tyrannie; le ne se propose d'autre but que d'acquérir des

BE richesses, afin d’entretenir sa garde et de goûter les jouissances | £ Die luxe ; en même temps, elle se défie de la multitude et ui M oiccostmes (2). SOS RL SE |

Pendant que les Trente prenaient ces mesures extrêmes, les bannis, déjà maîtres de Phylé, s’emparaient de Munichie, Victoire facile, car, suivant l'observation d’Aristote, dans sa

Politique, les habitants du Pirée étaient plus attachés à la démocratie que les Athéniens (3). Les Trente se portèrent contre les émigrés, mais furent vaincus. Dès le lendemain, les Athéniens de la ville abolirent le gouvernement et investirent un comité de dix citoyens de pleins pouvoirs pour terminer la guerre.

Les Dix ne remplirent pas leur mandat, mais demandèrent à Lacédémone du secours et de l'argent. Pour frapper la cité d’épouvante, ils mirent à mort un citoyen considérable, Demarétos, et se maintinrent grâce à la garnison lacédémonienne, commandée par Kallibios, et à l'appui des cavaliers, qui

-(1) Voir plus haut les passages de la Politique, qui rappellent ou expliquent cette précaution de Pisistrate (VIIL, 8, 7, 1311, a, 8; 9, 9, 1314, a, 23;

(2) Politique, VIII, 8, 7, 1311, a, 8.

(3) Politique, VIII, 2, 12, 1303; b, 9 Drastdçouot dE éviore ai RO x où Dtœ Toùc TOUS, OTAY un DAE ëyn r 100% Tps TO pay Eva TOÀLV, 0toy.

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LA € CONSTITUTION Lee » ji j ; * #

\ : \ Ta MT: ; ge s'opposaient le Le énergiquement au retour. des bannis. Nous ae * | | savons, en effet, par un passage del la Politique précédemment & | cité, que les cavaliers sont particulièr èrement favorables au. | régime oligarchique (). Mais tous les partisans de la démo- | cratie se rangèrent du côté des bannis, déjà maitres du Pirée 2 APS et de Munichie. Le peuple renversa donc les dix commissaires et en nomma dix autres, qu'il choisit parmi les meilleurs citoyens. Rhinos et Phayllos, les chefs de ce comité, s’enten- ‘dirent avec Pausanias, roi de Sparte, et les dix conciliateurs, es que celui-ci fit venir de Lacédémone, pour rétablir l'accord entre les partis et restaurer la démocratie: La convention, ‘acceptée par les partis, sous l’archontat d’Euclide (Go3 avant Jésus-Christ), permettait aux partisans de l’oligarchie de quitter Athènes et d'aller s'établir à Éleusis; l’amnistie était assurée à tous les citoyens, à lexception des Trente, des Dix et de leurs agents; les dettes de guerre restaient à la charge des partis qui les avaient contractées (ec. XXXVIII et XXXIX).

Les anciens partisans des Trente furent effrayés. Comme ils hésitaient à faire leur déclaration de départ, Archinos, par un acte de bonne politique, les retint de force à Athènes, en supprimant les derniers jours du délai fixé pour l'inscription.

Il ne montra pas moins de sagesse en accusant d'illégalité le décret de Thrasybule, qui conférait le droit de cité à tous ceux qui étaient revenus avec lui du Pirée, et parmi lesquels se trouvaient de nombreux esclaves. Il traîna aussi devant le Conseil et fit mettre à mort sans jugement le premier des citoyens récemment rentrés à Athènes, qui témoigna sa rancune et voulut user de représailles. Grâce à ces mesures, les passions s'apaisèrent, et bien que la convention stipulât que chaque parti devait acquitter sa dette, les Athéniens s’enten-

dirent pour rendre aux Lacédémoniens l'argent que leur avaient

(x) Politique, VI, 3, 2, 1289, b, 36.

FÊTE L'œuvre D’ ARISTOTE a

es fus (Christ), les nie se Ets avec ceux

de leurs concitoyens qui avaient émigré à Éleusis (c. XL).

C'est à ces événements que se termine le récit des révolutions politiques, qui forme la première partie de la Constitution d'Athènes. IL est résumé dans un chapitre (XLD) où sont énumérées les onze Constitutions, qui ont régi Athènes jusqu’ en 4or. La dernière était encore en vigueur au VERS où était composé ou révisé le traité. : A

A cette énumération se mêlent quelques appréciations. Ainsi. l’auteur fait remarquer que Ja cité commit ses plus grandes fautes après l'époque d'Éphialte, | lorsqu'elle était poussée par les démagogues, et employait tous les moyens de conserver son empire maritime. Or ce jugement est confirmé par un passage de la.Politique, que nous avons analysé plus haut et dans lequel Aristote, passant en revue les diverses formes de la démocratie, définit le régime sous lequel la souveraineté n’appartient plus à la loi, mais à la multitude. Quelques traits de ce tableau trahissent une intention satirique, et nous ne doutons point que le philosophe n’y fasse allusion à la Constitution athénienne. C'est, dit-il, lorsque la souveraineté passe de la loi à la multitude qu’apparaissent les démagogues. En effet, quand le peuple est monarque, il rejette le joug de la loi et accueille avec faveur les flatteurs, qui l’engagent à régner en despote. Le démagogue et le flatteur se ressemblent, car tous deux ils ont un crédit sans bornes, l’un sur le tyran, l’autre sur le peuple corrompu. Le démagogue rapporte toutes les affaires au peuple, afin de le déterminer à substituer la souveraineté des décrets à celle de la loi. Il ne peut, en effet, que gagner à ce que le peuple devienne tout-puissant, car il dispose de lui grâce à la confiance qu'il lui inspire. Le gouvernement dans lequel les démagogues prennent un tel ascendant n'est plus, à vrai dire,

une démocratie, mais une démagogie. Ce n'est même plus

128 LA € CONSTITUTION D'ATHÈNES ÿ

une Constitution, car il n’y a de Constitution que là où la loi est souveraine. La loi doit décider des affaires publiques, comme le magistrat tranche les affaires particulières; et, puisque les décrets ne peuvent jamais statuer d’une manière générale, l'État, où tout se fait à coups de décrets, ne peut être considéré comme une démocratie digne de ce nom (1). Ailleurs encore, recherchant quelles sont les causes de révolutions dans les démocraties, Aristote cite, en première ligne, la turbulence des démagogues. Dans les affaires particulières, ils contraignent, par leurs dénonciations, les riches à se réunir et à conspirer. Car la crainte rapproche même les pires ennemis. Dans les affaires publiques, c'est la foule qu'ils poussent à se soulever. Le philosophe cite alors plusieurs exemples, puis il conclut ainsi : L'obseryation d’autres faits encore démontre que, dans la démocratie, ia marche ordinaire des révolutions est celle-ci : tantôt les démagogues, voulant se rendre agréables au peuple, soulèvent les classes supérieures de l'État par les injustices qu'ils commettent envers elles, soit en demandant le partage des biens, soit en les chargeant de toutes les dépenses publiques; tantôt ils se servent de la calomnie pour obtenir la confiscation des grandes fortunes. La puissance des démagogues est d'autant plus dangereuse qu'il est devenu facile de ‘apter la faveur populaire. A l’origine des cités, il fallait, pour devenir chef du peuple, sortir des rangs de l’armée. Grâce aux progrès de la rhétorique, il suffit d’être habile à parler (2).

Lorsque l'auteur de l ’Aünvaiwy molreix a cité la dernière Constitution, celle qui était encore en vigueur de son temps, il ajoute que, depuis la restauration de la démocratie, le peuple n'a cessé d'accroître son pouvoir. Il gouverne tout par ses décrets et par les tribunaux, dont il s’est rendu maître. Les attributions judiciaires, qu'avait autrefois le Conseil, sont

(:) Politique, VI, 4, 4-7, 1292, a, 4 et suivants. (2) Politique, VIII, 4, 1-5, 1304, b, 21 et suivants,

ps ce et Hs . est. “ee

de Se lappât es et par < de G) : ». . Pour attirer

le peuple à l'Assemblée, Agyrrhios fit donner à à chaque citoyen ; . présent un Salaire d’une obôle ; ; Hérakleidès de Clazomène, de deux oboles; et le même AE fol de trois OUPIES Le ou ce, 5

eut ainsi intérêt à être assidu. MAD VES ee re = Nous doutons que ce développement soit à sa place à la RS 5 ie d’un résumé; il conviendrait mieux, ce semble, au chapitre LR précédent, où l’auteur racontait comment fut restaurée la démo- % cratie, Quoi qu'il en soit de cette question, le jugement, qui est ici porté sur les empiètements de la démocratie, est de tous points conforme aux théories développées dans la Politique. Aristote, expliquant comment la démocratie dégénère en démagogie, montre que tous ceux qui croient avoir à se -plaindre des magistrats, en appellent au jugement exclusif du peuple ; celui-ci accueille volontiers la requête ; et, ainsi, tous les pouvoirs légaux sont anéantis (2). Aïlleurs, il parle des confiscations, que les démagogues font prononcer par les tribunaux (3). Ces confiscations sont surtout fréquentes dans les démocraties, où le peuple est fort nombreux, et où il est nécessaire de rémunérer les citoyens, qui assistent aux assemblées. Lorsque l'État n'a pas de revenus propres, il faut lui créer des ressources, soit par des contributions spéciales, soit précisément par les confiscations, que prononcent des tribunaux corrompus. Or c’est là une cause de ruine pour bien des démocraties (4). Aristote considère que le Conseil est une institution démocratique ; mais il remarque que le pouvoir en est annulé dans

les démocraties où le peuple s'assemble en masse, pour décider

(2) Const. d’Ath., XLI, 2.

(2) Politique, VI, 4, 6, 1292, a, 28.

(3) Politique, VII, 3% 2, 1320, à, 4.

(4) Politique, VII, 3, 3, 1320, a, 17.

Dufour, — 9,

LA « ONSRTATIONl D'ATHÈNES »

ASP li mème de toutes | les dates surtout lorsque sa présence à l'assemblée est rétribuée ; ses réunions sont alors fréquentes, cet il juge tout par lui-même G). PR RE 162 NA explication donnée par l’auteur de la Cie a Athènes, ins qu'un petit nombre d'hommes est moins corruptible qu' une foule, peut sembler ironique (2). Il n'en est rien, pourtant. Le effet, FAT. dans la Politique, Aristote, se demandant s'il vaut mieux, quand la loi est muette, s'en remettre à à l'autorité d’un seul Dr homme, supérieur à tous les autres, où au jugement de la majorité, reconnaît que chacun des membres de cette majorité est inférieur, sans doute, à cet homme, mais qu’il en est des États comme des repas où chacun paie son écot; ils sont toujours plus complets que ne le serait le repas fait, au prix de la cotisation, par un convive isolé. Aussi la foule est-elle, la plupart du temps, meilleur juge qu'un individu, même supérieur. De plus, toute grande quantité, comme, par exemple, une masse d’eau, est toujours moins corruptible; la majorité est donc moins accessible à la corruption que la minorité. La colère ou toute autre passion peut fausser le jugement d’un individu, au lieu que la majorité tout entière ne peut être furieuse ou aveuglée (3).

Quant au salaire de l’Assemblée, Aristote en parle à plusieurs reprises, dans la Politique. Nous avons déjà résumé les réflexions, que lui inspirent les expédients, auxquels ont recours les divers gouvernements, pour faire prévaloir Je parti sur lequel ïls s'appuient. Les démocraties, afin de favoriser le peuple, accordent une indemnité aux pauvres, qui siègent au tribunal et dans l’Assemblée, et assurent l'impunité aux riches, qui n’y assistent pas. Or, pour que le régime politique soit

(x) Politique, VI, 12, 8, 1299, b, 39.

(2) Ne serait-on pas tenté de rapprocher cette justification des éloges ironiques, adressés à la Constitution athénienne par l’auteur du pamphlet de la Ilokirelx *AÜrnvatwv, attribué à Xénophon? d

(3) Politique, ILL, 10, 5-6, 1286, a, 24.

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Les alors Sos part à Ne tree Dares re nus es Le

pouvoir n° ‘appartiendra jamais qu aux uns, à l'exclusion des

| % autres @). Enfin, rappelons le passage précédemment cité, et

‘dans lequel le philosophe | condamne les démocraties, où les

= démagogues, pour rémunérer les citoyens, qui se rendent à

l'Assemblée, frappent les riches de contributions spéciales ou font confisquer leurs biens par des tribunaux corrompus (2). L'Ethique est d'accord avec la Politique, pour blâmer le salaire des fonctionnaires publics. Le magistrat, à qui est confié le pouvoir, est le gardien de la justice et de l'égalité. Il ne

s’attribue jamais plus que ce qui lui revient, puisqu'il est

juste. IL ne se donne jamais une part plus considérable des.

biens qui sont à répartir, à moins qu'il ne doive en avoir davantage. Par suite, il travaille, non pour lui, mais pour autrui. Il mérite donc une récompense, qu’il faut lui accorder, l'honneur. Ceux qui ne se contentent pas de ce noble salaire deviennent des tyrans (3).

(1) Politique, VI, 10, 8, 1297, a, 35.

(2) Politique, VII, 3, 3, 1320, a, 17.

(3) Ethique à Nicomaque, V, 6, 7, 1134, b, 6.

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