CHAPITRE TROISIÈME
La CONSTITUTION D’'ATHÈNES Est-ELLE ANTÉRIEURE OU POSTÉRIEURE À LA POLITIQUE ?
Aristote démontrait, à la fin de l’Ethique à Nicomaque (1), que la lecture des Constilutions est la préparation nécessaire à l'étude de la Politique. S'il est vraiment l’auteur de la Iokre@v ouvaywyn et, en particulier, de L’’Abnvaiwy rokireix, à laquelle nous prouverons que se réfèrent, en maint endroit, les Ilokrixt, l'exposé historique doit avoir été rédigé avant le traité philosophique. Or, il ne paraît pas qu'il en soit ainsi, à en juger du moins par les indications chronologiques, que contient la Constitution d'Athènes.
Nous n'avons pas à discuter ici de la date qu'il convient d'assigner à la Politique. Nous adoptons, sur ce sujet, les conclusions de V. Rose (2), établies avec une vraisemblance suflisante, Si donc les inductions de ce critique ne sont point erronées, c’est vers 340 qu’Aristote aurait commencé à rédiger ses [lopaymarteiat et à exposer son système de philosophie, longuement élaboré durant les années précédentes. Ses premières œuvres auraient été les Topiques, les Analytiques et la Rhétorique, composées vers 338. Elles auraient été suivies de l’'Ethique, postérieure à la mort de Speusippe et, par conséquent, à l’année 337. Enfin la Politique, qui en est la suite naturelle, aurait été écrite vers 334, c’est-à-dire peu de temps
après le retour d’Aristote à Athènes et l’ouverture du Lycée.
(1) Ethique à Nicomaque, X, 9, 20, 1181, a, 12. (2) De Aristotelis librorum ordine et auctoritate (Berolini. 1854).
La Constitution d'Athènes est-elle ou n'est-elle pas antérieure à l’année 334, et à quelle époque de la vie d’Aristote
la rédaction de cet ouvrage doit-elle être rapportée? La question a été souvent débattue, et nous ne pensons pas qu’elle
ait encore été tranchée. Deux hypothèses méritent surtout d'être prises en considération : ce sont celles qui ont été présentées par M. P. Foucart et M. H. Weil.
M. P. Foucart, dans une communication faite à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, au mois de février 1893, et,
depuis, dans un récent article de la Revue de Philologie (1), soutient que l’’Aëmvalwv rokreix parut entre les années 334 et 332. Son argumentation est tout entière fondée sur le texte mutilé du chapitre LIV, 6 :
Kanpoï D xai ëtépous Déxx Tods xat' évrœurov xahoumévouc, of Buotac té viva Oüouor [xai Ts mevrerno{das amdouc diorxoüoiv rAnv Ilavabnvalwv' eliot Ôè] mevrernpides ia [uëv eils Afhov (Éorr Dè xai Enrernpis évradba), Oeuréox D Boavpwva, Tpérn [dè “Houxdela, vrerdorn ÔE "Exeu(oivx, méuntn] dè [lavobñvarx, xai Toûtov oùdeuix Ev To aùr® Evliaur@] yiyve[ra]... ÔÈ... xemu... DAT... ëri Knpioopüvros &oyovros (2).
1°) La mention de l’archonte Céphisophon (329/8) ne prouve pas que l'ouvrage soit postérieur à 328. A l’époque où le chapitre fut rédigé, il n’y avait, en Attique, que cinq fêtes quinquennales : l'historien en donne la liste. Or une sixième revrernots, les ’Auoriousx, figure dans un décret de l’archontat
de Nicétés (ol. 112, 1 — 332/1). Le Conseil et le Peuple décer-
(x) Aristote. Constitution d'Athènes. Notes sur la seconde partie (Janvier 1895).
(2) « Le peuple tire également au sort dix autres sacrificateurs, qu’on appelle les sacrificateurs de l’année, et qui offrent certains sacrifices et président à toutes les fêtes quinquennales, les Panathénées exceptées. Ces fêtes quinquennales sont : la première, celle de Délos (là il y a aussi une fête septennale); la deuxième, celle de Brauron; la troisième, celle d’Héraklès ; la quatrième, les Eleusinies ; la cinquième, les Panathénées, L'on n’en célèbre jamais plus d’une dans la même année, mais.., sous l’archontat de Céphisophon »,
nent une couronne d'or à Phanodémos, auteur d’une loi qui
créait les ressources nécessaires à la célébration de la fête (x).
Elle existait déjà lorsqu'Oropos appartenait à la Béotie, mais
c'était la ville ou le temple qui en faisait les frais. Par le décret de 322, les Athéniens les prennent à leur charge. Les ’Appuipatæ deviennent ainsi une xevrernois athénienne. Elles furent célébrées, pour la première fois, la quatrième année de la même olympiade, sous l’archontat de Céphisophon (329/8).
Un décret, daté äu trente-troisième jour de la troisième pry-
tanie, accorde une couronne d’or de mille drachmes aux dix
commissaires, élus pour prendre soin de la procession, des jeux. et de la panégyrie tout entière (2). Si le chapitre LIV, 6, de l’'’Abmvaiwy molrelx avait été écrit après l'institution des ’Apottoax, l'auteur n'aurait pu passer sous silence la nouvelle fête quinquennale, à laquelle la cité attachait tant d'importance. Il semble done que l'ouvrage ait été rédigé avant 332.
20) Au chapitre LVEI, x, il est dit que le Conseil, suivant le vote du Peuple, fait construire des galères à trois ou quatre: rangs de rames (3). Le plus ancien inventaire de la marine où se trouvent des zerooex est de l’année 330/29 (4). Mais les dix-huit galères de cette catégorie ont pu être construites dans les années précédentes 334/330, dont nous n'avons pas les inventaires. Celui de 334 ne contenant aucune mention de Tetofoci, On peut en conclure que la Constitution d'Athènes est postérieure à cette date.
3°) Le membre de phrase où est nommé l’archonte Céphisophon est une addition, faite après la publication du livre.
En 329, l’énumération des pentétérides n'était plus exacte ; un
(1) C. I. G.S. ne /a53, (2) C. I. G. S. n° 4254.
à » S \ a \ " < S (3) Empeheiror dE xoi Tv rerornuéveoy TOLLWV XAÙ TOY GxEUGV xaÙ TOY , S $ k ; L VEWGOËXWV, XAÙ TOLEÏTAL XV TOIMDELS À TETOHOE. . À