CHAPITRE QUATRIÈME
PAR QUELLES VOIES NOUS SONT PARVENUES LA CONSTITUTION D'ATHÈNES ær La POLITIQUE.
La Constitution d'Athènes et la Politique n’ont pas eu le même destin. L'antiquité connut la première aussitôt après la mort d’Aristote. Jusqu'au premier siècle avant Jésus-Christ, elle ignora la seconde.
Publiée par les disciples du philosophe, l'’Abrnvaov roktreix devint bientôt populaire dans tout le monde grec. Elle est le principal ouvrage de politique qui ait transmis à l’école péri: patéticienne la doctrine du maître; elle est la source à laquelle puisèrent le plus souvent les historiens d'Athènes, pour qui le seul nom d'Aristote était une garantie de véracité et d'impartialité; les commentateurs lui empruntèrent un grand nombre des explications, dont ils illustraient l’œuvre des écrivains classiques; les lexicographes y trouvèrent réunis la plupart des mots employés dans le droit public athénien. Au premier siècle de l'ère chrétienne, elle est souvent citée par Plutarque, qui s’y réfère dans les Vies de Thésée (c. XXV), de Solon (c. XX, XXV, XXXII, de Thémistocle (ce. X), de Cimon (ec. X), de Périclès (ce. IV, IX, X), de Müivias (c. ID). Au second siècle, Pollux la met à contribution; au quatrième siècle, elle est une des sources auxquelles puise le plus volontiers Harpocration; au sixième siècle, nous savons, par le témoignage de Photius, qu'elle est consultée par le rhéteur Sopatros. C'est même dans
les citations, qui en avaient été faites par ces écrivains, que nous
ont été conservés les fragments (1) qui, avant la découverte du papyrus, nous permettaient de deviner l'intérêt et l'importance de l’œuvre, sans toutefois nous en laisser apercevoir le dessin ni mesurer l'étendue.
La Constitution d'Athènes n'est pas seulement consultée et étudiée par les. écrivains grecs. Elle est aussi entre les mains des érudits latins. Cicéron a dans sa bibliothèque le Aecueil des Iokireïat (2), et c'est d’après ce modèle qu'il compose ses ouvrages sur la Politique.
Cette Ilokire&v ouvaywy fut naturellement acquise par la bibliothèque d'Alexandrie, qui, depuis la décadence d'Athènes, était devenue le foyer intellectuel du monde grec. Callimaque, qui la dirigeait, se préoccupa de classer les ouvrages, qui y étaient conservés, et d'en dresser le catalogue. C'est ainsi qu'il établit des tables des orateurs, des poètes et d'auteurs divers, mentionnant, après leurs noms, le titre de leurs ouvrages. Nous savons quil écrivit des notices sur Démocrite et Eudoxe. Il est donc peu probable qu'il ait négligé Platon et Aristote, les premiers philosophes qui aient fondé des écoles. S'il n’ordonna pas lui-même leurs œuvres, il ouvrit, du moins, la voie à ses disciples, qui entreprirent de les classer. C’est ainsi qu'Hermippos, dans le même temps qu'Aristophane de Byzance s’appliquait à Platon, composait un catalogue des ouvrages conservés à Alexandrie sous le nom d'’Aristote. Cet Hermippos avait écrit, sous le titre de Ileci ’Aciororéhous, une biographie du philosophe. Or, il était aussi l'auteur d'une étude sur Théophraste (3), à la
suite de laquelle il avait dressé la liste des écrits de ce philo-
(1) On les trouvera réunis dans l'édition de V. Rose : Aristotelis qui ferebantur librorum fragmenta (Leipsig. Teubner. 1886). Le même auteur en discute et nie le plus souvent l'authenticité, dans son ouvrage : Aristoteles pseudepigraphus (Leipsig. Teubner 1863).
(2) Voir de Finibus. V, 4 : « Omnium fere civitatum non Graeciae solum sed etiam barbariae ab Aristotele mores, instituta, disciplinas; a Theophrasto leges etiam cognovimus. » Cf. de Legibus, II, 6, 14.
(3) Voir Diogène de Laerte, Il, 55.
sophe (1). Il n’est pas admissible qu'il ait négligé d'énumérer les œuvres du maître, comme il avait fait celles du disciple.
Cette liste d'Hermippos fut le modèle des catalogues, qui nous sont parvenus, Diogène de Laerte, dans ses Vies et Opinions des philosophes illustres, dit qu’'Aristote avait composé un très grand nombre d'ouvrages, dont la liste suflit à prouver l'étendue et la variété de ses connaissances (2). Il cite alors cent quarante-six écrits, après chacun desquels il indique, par un chifre, le nombre de livres qu'il comprend. La liste est suivie de l'indication stichométrique des lignes, contenues dans cette encyclopédie. Les Ilokureix sont nommées à la fin de la liste (n° 143); elles sont, y est-il dit, au nombre de cent cinquante-huit (3). Diogène n'avait pas fait entrer indistinctement dans ce catalogue tous les ouvrages attribués à Aristote. Il en avait auparavant discuté l'authenticité (4). Aussi son témoignage doit-il avoir pour nous une grande autorité.
Nous possédons une autre biographie, écrite par un anonyme et qui est également suivie d’un catalogue (5). V. Rose, dont la
conjecture est approuvée par Heitz (6), croit qu'Hésychius en
(x) Ce renseignement nous est donné par une scolie à la fin de la Métaphysique de Théophraste.
(2) Diogène de Laerte, V, 21. LUS
(3) M. roEwY Suoty Deoucatv P£ <Cxotvai] xat Toto, Ônpoxpatixat, OAyapyixat, Tupavvuxat, aprotoxoatixai. Les mots Snuoxparixal KT: sont peut-être les rubriques sous lesquelles étaient groupées les Iloktteïior. Si ces mots sont ordonnés suivant le classement adopté par les bibliothécaires, la Constitution d’Athènes était peut-être la première du Recueil. Dans l’ordre alphabétique, elle aurait également occupé un des premiers rangs.
(4) Diogène de Laerte, Ne OH GUYYLALUATOY, à Toy aptôpèv éyrèds fixer TOY TET, AXOGIWV, TX ôca YE ivauglheute ro Xd Yo xaù &\ a le at AVaYE pETat GUYYLÉLUUT ? aUTOÙ xai arowbéyuata, aypapou POV EUGTOYAUATE.
(G) Cette biographie et ce catalogue se trouvent dans le Codex Ambrosianus L. 93, sup. membr. (in 4. s. X/XD), qui a servi d'original au Codex Amirosianus R. 117, sup. Ce sont ces textes que cite Ménage dans ses notes sur Diogène de Laerte. PRES in Diog. Laert. p. 201). Voir V. Rose. Arislot. pseudepigr. p.
(6) Hertz. Die Verlorene Schriften des Ge (Leipzig. Teubner. 1865).
est l’auteur, et qu’il a reproduit, à quelques différences près, la liste de Diogène, à laquelle il a seulement ajouté les titres qu'il avait pu recueillir d’ailleurs. Or, Hésychius mentionne les Ilokreïu à peu près dans les mêmes termes que Diogène (1). Le philosophe Ptolémée, identifié par Christ avec Ptolémée Chennos, qui, selon Suidas (2), aurait vécu dans la seconde moitié du premier siècle après Jésus-Christ, avait déjà, longtemps avant Diogène, dressé une table des écrits d’Aristote (3). Cette liste de Piolémée, que l’on croyait perdue, a été retrouvée dans un ouvrage arabe du x siècle, dont l’a extraite Casiri, qui en a publié la traduction latine. Le texte arabe contenait des titres grecs, parmi lesquels la mention de cent soixante et une Constitutions (4). Le chiffre diffère du nombre adopté dans les deux autres catalogues. Mais ce n’est là qu'une légère variante, en dépit de laquelle le fragment de Ptolémée confirme les témoignages de Diogène et d'Hésychius.
En résumé, la Constitution d'Athènes, publiée après la mort d'Aristote, par l’école péripatéticienne, fut immédiatement connue et étudiée par tous les philosophes et les lettrés, et conservée parmi les ouvrages du maître, dans la bibliothèque d'Alexandrie. Si l’on en croit un catalogue de Saint-Pétersbourg (5), il en
existera encore une copie égyptienne au in siècle de notre
(x) No 135: Ilokureias nohewy idtoTixdv xai OnoxpaTixdv xa OAYyapyixdv
x ai AOIGTOX ATX DV XOÙ TUPAYVEXOV PV.
(2) Art. IIrokepatoc.
(3) Dans la Vie anonyme du Codex Marcianus 257 (bombycin du XIV: 5.), il est dit, à propos du testament d’Aristote : Kai Teheuta éxeice Sua0 x à éy yoapov xaTakimov, n gépetar rapx Te Avboovixw xaÙ IIrokemaic ET TOÙ RIVAXOS THY ŒÜTOÙ SUYYEALLËT OV (fol. 2773). Nous savions, d’autre part, que Ptolémée avait composé ce catalogue : Elias, in Arist. cat., p. 22, 11, Br’, (dit: Tôv *AotGTOTE XV coyyeappéruv ToÀGY OVTY, re Toy zetuèv, O6 past Trois 0 guides Àg0s (Rose : ot L\dcogos), aVXYEXTY AÜT@Y TO! NSALEVOS xai Tov Biov adToù xai Tv duabectv (Rose : uaxnv).
(4) N° 8x : IloAtetor pa.
(5) ZuxpeL. Ein griechischer Buecherkatalog aus Egyplen (Rheinisches Museum, XXI, p. 431 et suivantes).
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ère, Il n’est donc pas surprenant qu’elle nous ait été rendue par l'Egypte. Au re siècle après Jésus-Christ, quand s’épuisaient déjà les controverses soulevées par la philosophie du Lycée, quand naissait une nouvelle école péripatéticienne, préoccupée surtout, non plus de discuter la doctrine, mais d'expliquer l’œuvre d’Aristote, l’on classa les ouvrages transmis sous son nom; l'on s’efforça d'en distinguer ceux qui lui étaient indûment attribués ; l’on établit la liste de ceux dont l'authenticité n'était pas contestée. Les Constitutions étaient rangées parmi ces derniers. Le nombre, indiqué dans les catalogues, est, sans doute, trop grand pour ne pas éveiller des doutes ; il est évident que certaines parties du Recueil étaient apocryphes; mais cette condamnation ne saurait être étendue aux plus importantes, ni surtout à la Constitution d'Athènes. La critique moderne semble donc fondée à accepter le jugement de l'antiquité.
Les œuvres systématiques, les üxpoioex, ont eu une fortune toute différente, et ne nous sont point parvenues par Alexandrie. Certaines étaient, du vivant même d’Aristote, sorties de sa bibliothèque. Les commentateurs Ammonius, Simplicius, Jean Philopon, David, Galien, nous apprennent, par exemple, que la libéralité de Ptolémée Philadelphe avait encouragé les falsifications des ouvrages du philosophe; que, de tous côtés, on lui apportait des traités apocryphes: et qu'il y avait, dans la Grande Bibliothèque, deux livres de Catégories et jusqu'à quarante livres d’Analytiques (1). Ces imitations suflisent à prouver que les deux originaux étaient connus des philosophes. Ammonius (2) nous avertit que les disciples Eudème et Phanias écrivirent à l’envi de leur maître sur les sujets qu’il avait traités, et sous les titres
mêmes qu'il avait choisis. Théophraste compose des Topiques (3).
(2) C’est par Jean Philopon (in Cat. 39, a, 20) que nous est donné ce renseignement. Il dit, en effet, qu’il y avait, dans la bibliothèque d'Alexandrie une édition en pu BLoÀ. Mais il faut vraisemblablement corriger 4 en n.
(2) Armmonius, in Categ. f. 3, a.
(3) Simplicius, in Categ. f. 105, a. Cf. Cicéron, de Finibus, I, 2.
Pasiclès, neveu d'Eudème, est l’auteur d'un ouvrage sur les Catégories. Eudème possédait la Puouxn axodaos; en effet, dans une lettre, dont Simplicius (1) nous a conservé un fragment, Théophraste lui envoie une rectification à un passage du cinquième livre, qu'il lui avait demandée. Nous savons, par Asclépius de Tralles, qu'après avoir écrit la Métaphysique, Aristote l’'envoya à son disciple Eudème de Rhodes; que celui-ci ne voulut pas livrer au public une œuvre inachevée; et qu'après sa mort, ceux qui héritèrent l'ouvrage tentèrent d'en combler les lacunes par des emprunts faits à ceux des écrits du philosophe qui étaient en leur possession(2). Cicéron avait les Topiques dans sa bibliothèque de Tusculum; et c’est pour en expliquer le contenu à son ami, le jurisconsulte C. Trebatius (3), qu'il composa, sous le même titre, son propre traité sur les lieux communs. Mais ce n'étaient là que des exceptions. La plupart des ouvrages systématiques,
(1) Simplicius, in Phys. f. 216, a.
(2) Voir le ms. 1904 de la Bibliothèque Nationale, cité par RAvaAIssoN, dans le tome ler de son Essai sur la Métaphysique d’Aristote (Paris, 1837).
(3) Cicéron, Topiques, I, 1. Il s'adresse à Trebatius : « Cum enim mecum in Tusculano esses et in bibliotheca separatim uterque nostrum ad suum studium libellos quos vellet evolveret, incidisii in Aristotelis Topica quaedam, quae sunt ab illo pluribus libris explicata. Qua inscriptione commolus, continuo a me librorum eorum sententiam requisisti. Cumque tibi exposuissem disciplinam inveniendorum argumentorum, ut sine ullo errore ad eam ratione et via perveniremus ab Aristotele inventa, illis libris contineri, verecunde tu quidem, ut omnia, sed tamen ut facile cernerem te ardere studio, mecum, ut tibi illam traderem, egisti. Cum autem ego te non tam vitandi laboris mei causa quam quia tua id interesse arbitrarer, vel ut eos per te ipse legeres, vel ut totam rationem a doctissimo quodam rhetore acciperes, hortatus essem, utrumque, ut ex te audiebam, es expertus. Sed a libris te obscuritas rejecit. Rhelor aulem magnus haec, ut opinor, Aristotelia se ignorare respondit. Quod quidem minime sum admiratus, eum philosophum rhetori non esse cognilum, qui ab ipsis philosophis, praeler admodum paucos, ignoretur. Quibus eo minus ignoscendum est, quod non modo rebus iis, quae ab illo dictae et inventae sunt, allici debuerunt, sec dicendi quoque incredibili quadam cum copia, tum etiam suavitate ». Les Topiques devaient être compris dans la collection d'Alexandrie. Nous relevons, dans le Catalogue de Diogène, plusieurs titres qui peuvent s'appliquer à cet ouvrage : n° 55 : üpou T0 TÜV TOTIXGVY
25 p \ \ “ / À : HS \ \ a, B, y, d, €, ç, C; n°59: Tà mod Tüv TÜrwy x; n° 60: Tomxüv mods Tobc
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5o LA ( CONSTITUTION D'ATHÈNES D
et, parmi eux, la Politique, ne furent pas publiés avant qu'Apellikon eût acquis la bibliothèque d’Aristote. Cicéron, nous l’avons vu, cite les Ilolkureiu; mais il ignore la Politique (1); et c’est de la République de Platon qu'il s'inspire, dans son de Republica. Les Stoïciens accusaient les Péripatéticiens de ne pas connaître la dialectique; or, c’est Aristote qui l'avait fondée comme science. Il faut donc admettre que la plupart de ses disciples n'avaient pu étudier les traités, dans lesquels il en avait exposé les principes (2). IL n'est pas jusqu’au commentateur David, qui ne semble avoir mieux connu les Ilokuxeiu que la Politique. Et, de fait, elle n’est point citée avant Alexandre d’Aphrodisias, qui vivait sous le règne de Septime Sévère.
A la mort d’Aristote, ses manuscrits et sa bibliothèque passèrent à Théophraste, qui resta le chef de l’école péripatéticienne d'Athènes. Quand Théophraste mourut, en 287, trente-cinq ans après son maître, ses livres furent donnés, par testament, à son disciple et ami Nélée, qui les transporta à Skepsis, ville
d'Asie, située en Eolie, près de la Troade (3). Là ils devaient
(1) Telle est, du moins, l'opinion de Madvig (Excursus VII ad Cic. de Finibus, p. 855) : «Non dubito profiteri Ciceronem mihi videri Dialogos Aristotelis populariter scriptos et Rhetorica (quibus hic Topica adnumero), tum Jlolirelas legisse; difficiliora vero, quibus omnis interior philosophia continebatur, aut omnino non attigisse, aut si aliquando attigerit, non longe progressum esse, ut ipse de subtilioribus Aristotelis sententiis aliquid habere possit explorati ».
(2) Voir Cicéron, de Finibus, II, 12, 41: « Tum ille : His igitur ita positis, inquit. sequitur magna contentio quam tractatam a Peripateticis mollius (est enim eorum consuetudo dicendi non salis acuta propter ignorationem diadecticae) Carneades tuus egregia quadam exercitatione in dialecticis summaque eloquentia rem in summum discrimen adduxit. » Cf. Tusculanes, IV, 5,9 : « Quia Chrysippus et Stoïci, cum de animi perturbationibus disputant, magnam partem in iis partiendis et definiendis occupati sunt, illa eorum perexigua oratio est, qua medeantur animis nec eos turbulentos esse patiantur. Peripatetici autem ad placandos animos multa afferunt, spinas partiendi el definiendi praetermittunt. » Dans le de Finibus, V, 5, 13, parlant du péripatéticien Lykon, Cicéron dit : « Lyco, oratione locuples, rebus ipsis jejunior. »
(3) Diogène de Laerte, V, 52, cite le testament de Théophraste : To ÔE Joploy To ëv Ertayeipou quiv Üripyov bou Kakvew, Ta DE Bi6Aix ravra NnAei.
rester, pendant près de deux siècles, en la possession des descendants de Nélée, qui n'avaient aucun goût pour la philosophie. Environ trente ou quarante ans après la mort de Théophraste, les rois de Pergame eurent l'ambition de composer une bibliothèque, qui pût rivaliser avec celle d'Alexandrie. Il est vraisemblable qu'ils s’emparèrent des livres de leurs sujets. Skepsis était placée sous leur domination; les descendants de Nélée durent, pour sauver leurs volumes, les cacher dans une cave, où ils restèrent exposés à toute sorte de dommages, jusqu'à la mort du roi Attale, survenue en 133 avant Jésus- Christ. Pergame fut alors abandonnée aux Romains. Les livres furent tirés de leur cachette et vendus, moyennant un prix très élevé, à Apellikon de Téos, riche habitant d'Athènes, chef du parti de Mithridate, et attaché à la secte péripatéticienne. C'est ainsi que revinrent dans la ville, où ils avaient été composés, les ouvrages d'Aristote et de Théophraste. Ces manuscrits étaient en désordre. Les uns étaient gravement endommagés ; les autres, incomplets. Apellikon en fit de nouvelles copies, s’étudiant à suppléer aux lacunes et aux parties devenues illisibles. C'était, en effet, un érudit; il était l’auteur d’une biographie d’Aristote, écrite pour réfuter certaines assertions mensongères de ses historiens; mais, au témoignage de
Strabon (1), il n’était pas philosophe, et ses copies étaient
(1) Sur cette histoire de la bibliothèque d’Aristote, nous avons deux témoignagés fort importants : celui de Strabon (XII, 608, 54), et celui de Plutarque (Vie de Sylla, XXVT). M. Ravaisson (Essai sur la Métaphysique d'Aristote, t. I) a très justement observé que le récit de Plutarque est un abrégé de celui de Strabon. Il est cependant plus impartial, et, par conséquent, moins aflirmatif. Peut-être Strabon avait-il, comme son ami Boethos, été le disciple d’Andronikos, et cherche:t-il à rehausser le mérite des travaux de son maître, en exagérant l’ignorance où l’on était des principaux écrits d’Aristote. L’abréviateur d’Athénée dit, au début du Banquet des Sophistes (1, 2), que Ptolémée Philadelphe acheta à Nélée tous les livres d’Aristote et de Théophraste, dont il avait hérité, pour les transporter dans la bibliothèque d'Alexandrie avec ceux qui venaient d'Athènes et de Rhodes. M. Ravaisson pense que Nélée avait seulement vendu des copies et légué à ses descendants les manuscrits originaux. De quelque manière qu’il doive être interprété, le
remplies d'erreurs. En 86, Sylla assiégea et prit Athènes. Il explora en personne la bibliothèque d’Apellikon, s'en empara et la transporta à Rome. Les livres furent confiés à un bibliothécaire, et plusieurs des Grecs qui résidaient à Rome purent en approcher; entre autres, Tyrannion, ami de Cicéron et chaud admirateur d’Aristote. Ce Tyrannion avait été précepteur de Strabon; et Boethos, qui étudia la philosophie péripatéticienne avec ce dernier, avait eu pour maître Andronikos de Rhodes. Celui-ci eut, grâce à son élève, accès dans la bibliothèque, où étaient déposés les ouvrages d’Aristote, et entreprit de les publier. IL classa les traités d'après l’analogie des sujets, en corrigea le texte, en dressa la table. Son édition répondait à un besoin pressant. Des libraires peu scrupuleux avaient, dans une pensée de lucre, fait circuler des copies défectueuses, prises à la hâte par des scribes ignorants. Cependant les manuscrits originaux étaient si endommagés, et les corrections d’Apellikon avaient été si arbitraires, que le travail d’'Andronikos ne pouvait être définitif. Il n’en fut pas moins le premier modèle des éditions modernes. L'ordre dans lequel sont classés les traités vient, en effet, de Rome, non d'Alexandrie (1).
Andronikos avait ouvert aux études de philosophie péripatéticienne une ère nouvelle. Les œuvres systématiques d’Aristote ne cessèrent plus, jusqu'aux temps modernes, d’être lues et
commentées. Tandis que le Æecueil des Constitutions, autrefois
témoignage d’Athénée corrige les exagérations de Strabon. IL est vraisemblable que plusieurs des ouvrages d’Aristote étaient sortis de l’école et étaient conservés à Alexandrie. N'est-ce pas, d’ailleurs, ce que Strabon luimême semble indiquer, quand il dit qu’ « Aristote enseigna aux rois d'Egypte à composer une bibliothèque »? Le philosophe ne put, en effet, les instruire que par l’exemple, qu’il leur avait donné en classant ses livres ; car, à l'époque où Ptolémée ouvrit la bibliothèque du Bruchéion, il était mort depuis plus de vingt-et-un ans. ‘
(x) Telle est, du moins, l’opinion de SPENGEL : Ueber die Reihenfolge der Naturwissenschaftlischen Schriften des Aristoteles (München. philol. Abhandl. 1848).
où elle fut Fa A ts ns du te one. re PU R démentir le témoignage de l'Antiquité, ASE | révoquer en doute l'œuvre de Vhistorien, et à rejeter, comme En AponspRe, la Constitution d'Athènes. | *
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