La Forest à Champagny, Madrid, 15 mai, t. 1°", p
5. Murat à l'Empereur, Madrid, 16 mai, 2 h. du malin (c’est-à-dire après la réunion de la junte d'Etat), Corr. Murat., n° 311. La junte d’État, que l'infant D. Antonio avait présidée jusqu'au 3 mai, avait été organisée par Ferdinand avant son départ pour Bayonne. Elle comprenait, outre les ministres O’Farrill, Azanza, Gil de Lemos et Seb. Piñuela, le président du conseil des finances Caballero, le doyen du conseil de la guerre Las Ama-
Cortès, mais on ne s'arrêta point à ce parti: ce n'était pas cela que Napoléon paraissait désirer". Puis la junte d'Etat se prononça en principe, et en s'appuyant d'ailleurs sur Îles instructions de l'Empereur’, contre l'idée de choisir ellemème, de concert avec le conseil de Castille, tous les membres de l'Assemblée, marche qui aurait pourtant eu l'avantage « d'être plus expéditive, de laisser moins de place aux intrigues, de procurer une meilleure réunion d'hommes instruits dans Lous les genres ». On décida donc qu'il y aurait au moins un certain nombre d'élections : le procédé, écrivait La Forest, «sera un peu plus lent et plus difficile, mais... produira un simulacre de représentation plus imposant »*. Murat nomma aussitôt une commission de huitou dix membres, pris dans la junte d'État et le conseil de Castille, et chargés de faire des propositions précises sur le mode de nomination des députés. Le 16 au soir, la commission présentait son rapport au grandduc et à la junte, et le marquis de Caballero, président du conseil des finances et ancien ministre de grâce el justice, était chargé de rédiger une circulaire conforme aux décisions
rillas, le doyen du conseil de Castille Arias Mon y Velarde, le conseiller d'État Montarco; Corr. Mural, n° 290. Murat déclarait n'avoir eu en général qu'à se louer de lattitude de la junte depuis qu'il la présidait. 1 EnPES TO
1. Une assemblée de Cortès eût au reste été numériquement beaucoup plus restreinte, La Forest exposait longuement, le 15 mai, les raisons pour lesquelles on avait renoncé à tenir des Cortès, « sauf à n’omettre dans les choix à faire aucune des villes ayant droit de députation aux Cortès »:1° Les Castilles auraient été trop représentées. 2° Il n’y aurait pas eu la proportion de députés des trois ordres fixée par l'Empereur. 3° La tenue des Cortès « serait constitutionnelle..…… elle ne serait sous aucun point de vue nationale. 4° Il s’agit moins de recourir à la magie d’un vieux mot sur les oreilles du commun peuple que de respecter les progrès de la raison en Europe et en Espagne même. 5’ Les Cortlès pourraient bien être aussi engouées de leurs antiques droits que le conseil de Castille se montre routinier. » La Forest est volontiers obscur, chaque fois qu'il juge l'obscurité habile où qu'il n’a pas d'opinion bien nette.
2. « Je m'en rapporte à l'opinion de la junte sur les moyens de faire choisiles députés. » Corr. Nap., n° 13856.
3. Tout ceci d’après le rapport précité de La Forest, Madrid, 15 mai.
4. H'n’y a pas accord entre les chiffres de Murat (dix, Corr. Murat, n° 311) et de La Forest (huit, rapport du 15 mai).
prises. Cette circulaire, prête dès le 18, futenvoyée le 19 dans les provinces, par le ministre de grâce et justice D. Sebastien Piñuela'. ;
Le grand-duc et la junte, de qui était censée émaner la circulaire”, y désignaient eux-mêmes un certain nombre de députés, en ayant soin de comprendre dans ces nominations d'office tous les Espagnols qui, pour des raisons diverses, se trouvaient déjà à Bayonne ou sur la route : «Il faut s'attendre », avait écrit La Forest dès le 15, « à ce qu’aucune députation de province ne prendra l'initiative des mesures que veut l'intérêt de toutes, considérées comme monarchie... On fera nommer à convenance une quinzaine de députés qui auront du gouvernement l'instruction particulière de proposer les questions d'intérêt monarchique. » La circulaire du 19 ne s’en tenait pas à cela; elle nommait formellement une cinquantaine de députés’, archevèques, évêques, généraux d'ordres religieux, grands d'Espagne, ütres de Castille, officicrs généraux ou supérieurs et conseillers de Castille. Elle indiquait les évèques qui devaient choisir les vingt curés représentants du bas clergé, et ne laissait en réalité à élire, par des corps très peu nombreux (ayuntamientos, chapitres, députations à fueros, hauts conseils, universités, consulats et corps de commerce) que quatre-vingt-trois députés‘. « Cet
1. La Forest à Champagny, rapports des 15 et 19 mai, Corr. La Forest, t. 1°, p. 19-26. Murat à l'Empereur, 16 mai (Corr. Murat, n°° 311 et 312), 17 mai (n° 313), 18 mai (n° 314).
2, Imprimé sans titre : « El serenisimo Señor Gran-Duque de Berg, ete. Dios guarde, ete, Madrid, … de Mayo de 1808 — Sebastiàn Piñuela.» Exemplaire (entre autres) aux Arch. des Aff. étr., Corr. diplom., Esp., vol. 674, fes 477-478.
3. Exactement 49, dont 2 conditionnellement (les 2 représentants de Majorque et des Canaries), et 47 sans aucune réserve, savoir :2 archevêques,6 évèques, 6 généraux d'ordres, 10 grands d'Espagne, 10 titres de Castille, 9 ofliciers généraux ou supérieurs, 4 conseillers de Castille ; la circulaire autorisait en outre un alcade de Casa y Corte, déjà présent à Bayonne (supposait-on) à assister avec les conseillers de Castille à l’assemblée de Bayonne,
4. Savoir 37 députés des 37 villes ayant siège aux Cortès (dont 10 devraient selon l'usage désigner obligatoirement des nobles /caballeros}, et 27 des roturiers ou des nobles,même des grands d'Espagne, des civils ou des militaires, des domiciliés ou des non-domiciliés, etc., etc., à leur choix) ; 6 dépu-
ouvrage », écrivait La Forest le 19 mai, « paraît se ressenür un peu de la précipitation avec laquelle il a été fait et... 1l serait possible qu'il n’y eût pas un tiers de l'assemblée appartenant au Tiers-État qu’il représentera: » Mais l’habile homme ajoutait: QIL n’en peut résulter au surplus aucun inconvénient. Tous les gens éclairés de cette monarchie, soit de la noblesse, soit du Tiers-État, manifestent une égale ambition de réformer et un désir commun de voir relever leur patrie».
Malgré toute la hâte qu'on avait mise à Madrid à convoquer le « simulacre de représentation », on craignait fort, même avant l'insurrection générale, que l'assemblée ne pèt s'ouvrir à la date du 15 juin fixée par l'Empereur. Murat, en dépit de son optimisme superficiel, le constatait dès le 16 mai*°. La Forest, dont l’optimisme était à la fois plus affecté et plus prudent, tout en déclarant que «la convocation d'une assemblée à Bayonne » faisait « une heureuse diversion », ne cachait pas qu'il lui tardait « de voir réunir des informations sûres des diverses extrémités du royaume, postérieurement à l’arrivée de l’acte qui convoque une assemblée générale à Bayonne »*. Le 31 mai, au moment où arrivait la nouvelle du soulèvement de l’Aragon, La Forest écrivait sans doute : & Il parait jusqu'ici que les députés convoqués à l'assemblée de Bayonne se mettent en route successivement. » Mais il ajoutait : « Le ministre de grâce et justice devrait connaître à point nommé chaque nomination, chaque acceptation, chaque départ. T] lui
tés des provinces à fueros; 16 chanoines ou dignitaires des églises métropolitaines, 2 membres de chacun des conseils des Indes et de la guerre, un de chacun des conseils des ordres, des finances, de l’Inquisition, 3 députés des Universités majeures. (Salamanque, Valladolid, Alcala), 14 des consulats et corps de commerce,
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2. Corr. Murat, n° 312. La note optimiste est donnée au contraire le 93 :
à 2 ‘+ € Or ù rerne a A ini 6 « Chacun se dit : nous allons avoir un gouvernement et une administration, et deux ou trois cents grands d’Espagne vont cesser de nous tyranniser Une constitution libérale va enfin assurer les droits de la nation. Voilà ONE O ù oénére a Û ; / » à PT 4 ; > .
comme GRAN généralement partout, » Murat à l'Empereur, 25 mai, Corr. Murat, n° 324.
sk La Forest à Champagny, Madrid, 23 et 26 mai, Corr. La Forest, 1. Ier, p. 38-41 et 46-49.
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est impossible de nous satisfaire à cet égard, tant les habitudes de l'administration et des administrés sont indolentes en Espagne. » |
Mais la généralisation de l'insurrection ne put bientôt plus laisser grand espoir à l'ambassadeur. Beaucoup de villes (surtout dans les provinces éloignées de Madrid) ne firent pas d'élections ; certains députés élus ne purent se mettre en route, d’autres s’excusèrent ou ne répondirent pas « pour ne pas se compromettre »”. Le 4 juin 1808, le maitre des requêtes Fréville, qui servait d’auxiliaire à La Forest, ayant enfin obtenu quelques renseignements précis du ministre de grâce et justice, soumettait à Murat les « résultats » suivants :
Sur huit archevêques ou évêques, il n'y en a que deux, l’archevêque de Burgos et celui de Pampelune, qui aient annoncé l’intention de partir. Quatre se sont excusés sous divers prétextes, les deux autres ont gardé le silence. Entre six généraux d'ordre, un seul a donné une réponse affirmative. Parmi les titres de Castille, plusieurs ont été désignés et se sont excusés successivement ; on n’en voit qu'un petit nombre qui aient donné l'assurance de leur départ. Plusieurs des villes chargées de nommer des députés gentilshommes, et quelques-uns des consulats où chambres de commerce n’ont pas répondu. On trouve dans le même cas sept des évêques autorisés à choisir chacun un curé, et dix-neuf des villes ayant droit de suffrage aux Cortès. La réponse de la Navarre et du Guipuzcoa porte que leurs députés permanents ne se croient pas revêtus des pouvoirs nécessaires pour envoyer à l’assemblée de Bayonne les membres qu'ils étaient chargés d’élire. Il faut observer en outre qu'on doit s'attendre à voir encore plusieurs de ceux dont on a notifié la nomination alléguer diverses excuses; elles se multiplieront en raison des troubles qui ont éclaté dans les provinces, et il est à craindre qu'il n’y ait une différence choquante entre le nombre des députés appelés et celui des Espagnols qui se rendront réellement à Bayonne. C'est d’après cette considération que je me permets d'entretenir V. A. de ces détails, pour qu'elle soit à portée de décider s’il ne serait pas
1. La Forest à Champagny, Madrid, 31 mai, Corr. La Forest,t. I, p- 49-53.
2. La Forest à Champagny, 6 juin 1808, Corr. La Forest, t. I", p. 60-63.
utile de charger le ministre de grâce et justice de présenter dans la journée une liste supplémentaire, en choisissant à Madrid et dans des lieux peu éloignés des hommes à qui l'on supposät de la bonne volonté et l'intention de partir sur-le-champ".
Mais Murat, qui était d’ailleurs alité, fit attendre sa déeision. Il se demandait si l'Empereur, qui faisait précisément connaitre alors à l'Espagne son intention de placer Joseph sur le trône de Madrid”, n’ajournerait pas l’assemblée espagnole devenue moins utile. Le grand-duc restait dans un état d’indécision, que La Forest regrettait vivement : & II y a moins d'inconvénient à déranger une trentaine de députés de plus qu'à laisser péricliter un arrangement auquel S. M. l'Empereur peut avoir de très bonnes raisons de tenir”. » Enfin Murat donna l'autorisation nécessaire, et le 7 juin le ministre Pinuela et La Forest choisirent une trentaine de nouveaux députés auxquels fut envoyé l’ordre « de se mettre en route pour Bayonne immédiatement et sans excuse ». Parmi ceux-là, certains obéirent, comme le chanoine D. Juan Llorente, le futur auteur de l’AHistoire critique de l'Inquisition d'Espagne”. D’autres au contraire parvinrent encore à se dérober. Le comte d’Altamira, grand écuyer de la cour, se fit d’abord beaucoup prier; puis, au lieu de prendre la route de Bayonne, il se réfugia à Olmedo avec neuf autres députés : il écrivit de là
1. Fréville à Murat (alors malade), Madrid, 4 juin 1808, Arch. nat., AF 1v 1680.
2. Par la proclamation du 25 mai (Corr. Nap., n° 13989) et par les publications que l'Empereur avait fait faire dans la Gazette de Madrid (à Murat, Bayonne, 2 juin 1808, n° 14051). Cf. Corr. Murat, n° 338 (à l'Empereur, 5 juin 1808). Cette dernière lettre montre que Murat s'attendait à l’arrivée très prochaine de Joseph, arrivée que, dans toute leur correspondance de mai, La Forest et lui-même avaient déclarée très urgente pour bien des raisons. Ils en attendaient la renaissance du crédit, la fin de l'agitation, etc.